Les Habits Noirs Tome V - Maman Léo
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome V - Maman Léo». Краткое содержание книги:
– Ah ça! ah ça! murmura la veuve, qui s’agitait sur le pied du lit, je ne rêve pas, car je viens de me pincer jusqu’au sang. Est-ce qu’on parle allemand ou grec? Je veux être pendue si je comprends un mot de ce que vous nous chantez là, ma bergère!
– Et toi? fit Valentine en se penchant à l’oreille du prisonnier.
– Moi, je veux tout ce que tu veux, répondit Maurice, mais je ne comprends pas non plus.
Valentine continua, cherchant ses paroles, et avec une sorte de timidité:
– Ne me forcez pas à penser que mon effort ne tend qu’à me tromper moi-même; je n’ai pas beaucoup d’espoir, c’est vrai, car je suis obligée de m’appuyer sur quelque chose de terrible. Mais dussions-nous succomber, Maurice, ne vaudrait-il pas mieux mourir en combattant? et ne préférerais-tu pas, toi si brave, le martyre au suicide?
– Si fait! répondit vivement le prisonnier dont les yeux brillèrent.
Maman Léo, en même temps, frappa ses deux mains l’une contre l’autre et s’écria:
– C’est l’affaire du Coyatier, alors? Voilà que je comprends à demi! Eh bien! Saquédié! je n’aime pas plus le martyre que le poison, et à moins qu’on ne me lie les pieds et les pattes, je ne vous laisserai pas vous jeter dans la gueule du loup, c’est moi qui vous le dis!
XXVI La maison de Remy d’Arx
Le gardien s’arrêta devant la porte, en dehors, et dit fort poliment:
– Les vingt minutes sont mangées, il faudrait penser à s’en aller.
– Déjà! firent à la fois Valentine et Maurice.
– Votre montre avance, l’homme, répondit la dompteuse, qui avait repris son air déterminé. Encore une petite seconde, s’il vous plaît, on est en train de prêcher le jeune homme pour qu’il se fasse une raison dans son infortune.
Le porte-clefs ayant accordé deux minutes de grâce, la dompteuse reprit tout bas en s’adressant à Valentine:
– Fillette, tu me fais l’effet comme si tu jouais avec le feu de l’enfer. Le diable et ces gens-là, vois-tu, c’est la même chose!
– Maurice n’a pas peur d’eux, murmura Valentine.
– Lui! mon lieutenant, avoir peur! s’écria maman Léo. S’il les tenait en Algérie, au champ d’honneur, il les avalerait comme de la soupe! Ce n’est pas pour vous faire reculer que je parle, non, c’est bien la vérité que Fleurette a dite tout à l’heure: «Nous sommes tous ici comme au milieu d’un naufrage.» Quoi donc! quand la perdition est là tout à l’entour et qu’on ne sait plus à quel saint se vouer, il faut bien donner quelque chose au hasard et même au diable; seulement j’ai mon idée: pendant que le Coyatier travaillera, je n’aurai pas mes mains dans mes poches.
– Prenez garde, bonne Léo, fit Mlle de Villanove, la moindre marque de défiance anéantirait notre dernière chance de salut.
Elle s’était levée, et son geste imposa silence à la dompteuse, qui allait parler encore.
– Sur cette dernière chance, dit-elle, j’ai mis tout mon avenir, tout mon bonheur, tout mon cœur. Mes jours et mes nuits n’ont qu’une seule pensée, je travaille, je prie, et il me semble parfois que je réussirai, moi, pauvre fille, à tromper l’astuce de ces démons… Etes-vous bien décidé, Maurice?
– Qu’ai-je à perdre? demanda le jeune prisonnier en souriant.
– Alors, tenez-vous prêt à toute heure. Il ne s’agit ni de liens brisés, ni de barreaux attaqués avec la lime, suivez seulement celui ou celle qui viendra et qui vous dira: Il fait jour.
– Leur mot d’ordre! balbutia la veuve en pâlissant.
– Je vois que nous n’y allons pas par quatre chemins, dit Maurice avec une sorte de gaieté désespérée.
– Quand on prononcera ce mot à votre oreille, reprit Valentine, je serai là, bien près, et s’il y a péril, je le partagerai.
– Si c’est comme ça que tu le consoles…, commença maman Léo.
– Un mot encore, interrompit Valentine; pour se marier, il faut avoir un nom, et je n’en ai pas. Celui que je porte n’est pas à moi, j’en suis sûre.
– Saquédié! saquédié! s’écria la veuve, voilà ce qui me donne la chair de poule, c’est l’idée qu’on va perdre du temps à faire ce mariage, au lieu de filer au grand galop sur n’importe quelle route. Ces noces-là, moi, je les enverrais je sais bien où, et quant à l’histoire d’avoir ou de ne pas avoir un nom, dame! quand il s’agit de la vie…
Les lèvres de Valentine touchaient en ce moment le front de Maurice.
– Je suis Mlle d’Arx, murmura-t-elle d’une voix si basse qu’on eut peine à entendre; j’ai à venger mon père, j’ai à venger mon frère. Ils me croient folle, ils ont raison peut-être, car j’ai pris, moi, pauvre fille, un fardeau qui écraserait les épaules d’un homme. Ce n’est pas à une fuite que je vais, c’est à une bataille. Mon mari doit le souffle de sa poitrine à mon frère Remy d’Arx; mon mari doit être de moitié dans ma vengeance, et c’est pour cela que je risque sa vie avec la mienne. J’aurai mon nom pour avoir mon mari, et ne craignez pas un trop grand retard: avant une demi-heure, je saurai comment je m’appelle et je pourrai prouver la légitimité de ma vengeance.
Elle s’était redressée si belle et si fière que maman Léo et Maurice la regardaient avec admiration. Il leur semblait à tous deux qu’ils ne l’avaient jamais vue.
Mais tout à coup sa physionomie changea, parce que le gardien reparaissait à la porte.
Elle secoua rondement la main du prisonnier en disant tout bas:
– Bonsoir, cousin, à vous revoir! je sais bien qui est-ce qui ne fera pas tort aux provisions de la maman ce matin. De vous trouver comme ça dans la peine, ça m’a ôté l’appétit pour toute la journée. Venez, la mère!
Et elle poussa dehors maman Léo tout étourdie, mais sur le seuil elle se retourna.
Sa main toucha sa poitrine et ses lèvres, comme si elle eût envoyé à Maurice tout son cœur dans un dernier baiser.
Le fiacre attendait devant la porte de la prison. D’un regard rapide, Valentine interrogea les deux côtés de la rue et ne vit rien de suspect.
Elle monta la première.
Maman Léo dit au cocher en haussant les épaules:
– Voilà pourtant les gamins d’aujourd’hui!
Elle ajouta tout haut en montant à son tour:
– Que tu mériterais bien une taloche pour te comporter avec l’impolitesse de laisser une dame en arrière!
– Et la taloche vaudrait de l’argent au marché des gifles, pensa le cocher, qui avait déjà mesuré plusieurs fois avec admiration l’envergure de maman Léo.
– Vous avez raison, murmura Valentine, qui tendit la main à sa compagne; j’ai oublié un instant mon rôle; mais il est bien près de finir, et je ne le reprendrai plus.
Elle abaissa la glace qui fermait le devant de la voiture pour dire au cocher:
– Rue du Mail, n° 3, et brûlez le pavé, vous aurez un bon pourboire.