Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]
- Автор: Вилсон (Уилсон) Фрэнсис Пол
- Серия: Adversaire #1
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: France Loisirs
- ISBN: 2-7242-1428-5
- Переводчик: Jacques Guiod
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
Magda se trouva dans l’incapacité de répliquer bien qu’elle fût furieuse des familiarités qu’il prenait avec elle. Malgré cela, elle ne retira pas son bras. Son contact la faisait frissonner, agréablement.
Papa n’avait, quant à lui, pas envie de se retenir :
— Vous ne devez parler de cela à qui que ce soit ! Notre vie est en jeu !
— Ne vous en faites pas, dit Glenn, dont le sourire disparut. Les Allemands et moi n’avons rien à nous dire.
Il se tourna alors vers Magda.
— Vous ne voulez pas vous asseoir ? C’est pour vous que j’ai apporté cette chaise.
— Papa ?
— Je crois que nous n’avons pas le choix, fit-il, résigné.
Glenn ôta sa main quand Magda prit place sur la chaise, et elle éprouva sur-le-champ une singulière impression de vide. Elle le vit faire pivoter l’autre chaise, s’y installer à califourchon et appuyer les coudes sur le dossier.
— Magda m’a parlé cette nuit du vampire du donjon, dit-il, mais je ne suis pas certain d’avoir retenu son nom.
— Molasar, dit Papa.
— Molasar répéta lentement Glenn, perplexe. Mo…la…sar. Oui, c’est cela… Molasar. Vous ne trouvez pas que c’est un nom étrange ?
— Peu commun, dit Papa, mais pas vraiment étrange.
— Et cela ? dit Glenn en désignant la petite croix que serraient toujours les doigts tordus. Vous avez bien dit que Molasar la redoutait ?
— Oui.
Magda remarqua que Papa s’efforçait de ne lui transmettre aucune information.
— Vous êtes juif, n’est-ce pas, Professeur ?
— Oui.
— Est-ce qu’il est courant que des Juifs portent des croix ?
— Ma fille l’a empruntée… pour faire une expérience.
— Où l’avez-vous eue ? demanda-t-il à Magda.
— Auprès d’un des officiers du donjon, répondit-elle tout en se demandant où cette conversation allait les mener.
— C’était la sienne ?
— Non, il m’a dit l’avoir prise sur l’une des victimes.
Magda commençait d’entrevoir la logique de son interrogatoire.
— C’est bizarre, fit Glenn en se tournant à nouveau vers Papa, cette croix aurait dû protéger le soldat qui la possédait. Une créature redoutant la croix aurait dû s’éloigner de cet homme et se trouver une autre victime, un soldat ne disposant d’aucune protection.
— La croix était peut-être sous sa chemise, dit Papa, ou dans sa poche. Ou peut-être même dans sa chambre.
— C’est possible, fit Glenn avec un sourire, c’est possible.
— Nous n’avions pas pensé à cela, Papa, dit Magda, qui saisissait toute idée susceptible de raviver l’esprit de son père.
— Il ne faut rien laisser de côté, dit Glenn. Ce n’est pas à un chercheur que je devrais le rappeler.
— Comment savez-vous que je suis un chercheur ? lui lança Papa, une lueur dans les yeux. A moins que ma fille ne vous l’ait dit.
— C’est Iuliu qui me l’a dit. Mais il y a un autre élément que vous avez négligé : c’est tellement évident que j’ai honte à vous le dire.
— Eh bien, ayez honte ! dit Magda.
— D’accord. Pourquoi un vampire terrorisé par la croix vivrait-il dans une demeure dont les murs en sont incrustés ? Vous avez une explication ?
Magda et son père échangèrent un regard.
— Vous savez, dit Papa avec un doux sourire, je suis venu si souvent dans ce donjon que je ne vois même plus les croix !
— C’est tout à fait normal. J’y suis venu plusieurs fois moi-même et, au bout d’un certain temps, elles semblent se fondre dans la roche. Mais la question demeure : Pourquoi un être éprouvant tant de répulsion pour la croix s’en entourerait-il d’un nombre aussi extraordinaire ?
Glenn se leva et jeta sur son épaule la chaise pliante.
— Bien. Je crois que je vais demander à Lidia de me préparer mon petit déjeuner pendant que vous essayerez de trouver une solution à ce problème. Si solution il y a.
— Pourquoi vous intéressez-vous tant à ce donjon ? demanda Papa. Que faites-vous ici ?
— Je ne suis qu’un voyageur, dit Glenn. J’aime cette région et je m’y rends régulièrement.
— Vous paraissez plus qu’intéressé par le donjon. Et vous semblez fort bien le connaître.
— Je suis certain que vos connaissances sont bien supérieures aux miennes, dit Glenn en haussant les épaules.
— J’aimerais savoir comment m’y prendre pour empêcher mon père d’y retourner cette nuit, dit Magda.
— Je dois pourtant y aller, tu le sais bien. Pour revoir Molasar.
— Je ne veux pas qu’on te retrouve la gorge ouverte, comme les autres.
— Ce ne serait pas la pire chose qui pourrait vous arriver.
Étonnée par ce brusque changement de ton, Magda se tourna vers Glenn et découvrit qu’il n’y avait plus rien de lumineux dans son visage. Il regardait fixement Papa. Cela dura quelques secondes, puis il sourit à nouveau.
— Le petit déjeuner doit être prêt. Nous nous reverrons certainement très bientôt.
Il posa alors une main sur le dossier du fauteuil d’infirme et le fit pivoter de 180 degrés.
— Que faites-vous ? s’écria Magda en se levant brusquement.
— Je veux vous proposer un spectacle différent, Professeur. Ce donjon est par trop sinistre, et cette journée est bien trop belle pour ne voir que lui.
Il indiqua le fond du défilé.
— Regardez vers le sud et vers l’est au lieu de toujours vous tourner vers le nord. Ces montagnes sont, en dépit de leur sévérité, parmi les plus belles du monde. Voyez comment l’herbe verdit et comment les fleurs poussent entre les rochers. Oubliez un peu le donjon.
Ses yeux captèrent un instant l’attention de Magda, puis il disparut au coin de l’auberge.
— Quel étrange personnage, dit doucement Papa.
Magda partageait son impression mais elle éprouvait également une certaine gratitude pour Glenn. Pour des raisons connues de lui seul, il s’était mêlé à leur conversation et était parvenu à rendre un peu de bonne humeur à Papa. Il avait agi avec beaucoup de délicatesse, mais pourquoi ? Qu’avait-il à faire des tourments intérieurs d’un vieux Juif de Bucarest ?
— Il a soulevé des points intéressants, poursuivit Papa. Des points très intéressants. Comment ont-ils pu m’échapper ?
— Et à moi ? fit Magda.
— Bien sûr, ajouta-t-il, ce n’est pas lui qui a personnellement rencontré une créature que l’on croyait jusqu’ici n’être que le fruit d’une imagination morbide. Il lui est aisé de se montrer plus objectif. A propos, comment l’as-tu connu ?
— Cette nuit, alors que je me tenais au bord de la gorge pour guetter ta fenêtre.
— Tu ne devrais pas me couver autant ! Tu sembles oublier que c’est moi qui t’ai élevée, et pas le contraire !
Magda ignora son intervention.
— Il est arrivé à cheval, à toute allure comme s’il voulait s’engouffrer dans le donjon. Il ne s’est arrêté que lorsqu’il a vu les Allemands et la lumière.
Papa parut réfléchir un instant à ce qu’elle venait de dire puis il changea de sujet de conversation.
— A propos des Allemands, je préférerais rentrer au donjon avant qu’ils ne viennent me rechercher.
— Est-ce que nous ne pourrions pas…
— Nous enfuir ? Mais bien sûr que si ! Tu n’as qu’à me rouler sur le sentier de montagne jusqu’à Campina. A moins que tu ne réussisses à me hisser sur un cheval ! lança-t-il, acide. Nous pourrions aussi demander au major SS de nous prêter l’un de ses camions pour faire une petite excursion, je suis certain qu’il s’empresserait de nous obliger !