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Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]

Электронная книга - «Le donjon [=La forteresse noire / The Keep - fr]». Краткое содержание книги:

Adressé durant l'hiver 41 au Q.G. des armées du IIIe Reich, cet incroyable message, venu d'une antique forteresse de Transylvanie, est signé du capitaine Woermann, un soldat d'expérience…
Aussitôt le major SS Kaempffer lui est envoyé. Homme de fer, il va cependant découvrir la peur face au spectacle des cadavres atrocement déchiquetés. Et sa garde de SS est impuissante : chaque nuit fait une nouvelle victime, gorge sectionnée…
Alors Kaempffer, qui ne veut ni fuir ni renoncer, appelle à la forteresse un vieil archéologue et sa fille qui ont été tous deux initiés aux sciences interdites…
Mais d'où vient qu'à cet instant, au Portugal, un homme reçoit en rêve l'ordre impérieux de se rendre là-bas ? Il partira.
Bientôt tout est prêt pour un combat aux dimensions de l'humanité…
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— Non.

— Un amoureux, peut-être ?

— Bien sûr que non !

— Pourquoi dites-vous cela ?

— Parce que…

Magda hésita. Elle n’osait pas lui avouer qu’elle avait abandonné tout espoir de vivre avec un homme. Sauf dans ses rêves, peut-être. Tous les hommes rencontrés dans le passé étaient mariés à présent, et ceux qui étaient restés célibataires avaient leurs propres raisons pour qu’il en fût ainsi. Mais une chose était certaine : tous les hommes qui avaient traversé son existence étaient de bien pâles créatures en comparaison de celui qui était assis devant elle !

— Parce que j’ai passé l’âge où l’on accorde de l’importance à ce genre de choses ! dit-elle finalement.

— Vous êtes une enfant !

— Et vous, vous êtes marié ?

— Pas pour le moment.

— Vous l’avez donc déjà été ?

— Plusieurs fois, oui.

— Jouez-moi autre chose ! dit-elle, exaspérée de voir Glenn la taquiner au lieu de lui répondre franchement.

La musique fut de courte durée, et la conversation reprit rapidement le dessus. Ils abordèrent toutes sortes de sujets, et Magda se rendit compte qu’elle parlait de tout ce qui la touchait de très près : les Tziganes et leur musique, le folklore rural roumain, mais aussi ses rêves, ses espoirs, ses idées. Glenn l’encourageait à poursuivre toutes les fois qu’elle s’interrompait, et il l’écoutait, sincèrement intéressé par tout ce qu’elle lui disait. Contrairement aux autres hommes qui, à la première occasion, prenaient la parole pour ne plus jamais la céder.

Les heures s’écoulèrent, et bientôt la nuit tomba sur l’auberge. Magda se mit à bâiller.

— Pardonnez-moi, dit-elle, je suis trop bavarde. Je ne parle que de moi. Mais vous, d’où venez-vous ?

Glenn haussa les épaules.

— J’ai grandi en Europe de l’Ouest, mais vous pouvez dire que je suis britannique.

— Vous parlez exceptionnellement bien le roumain, comme si c’était votre langue maternelle.

— Je suis souvent venu dans ce pays et j’ai vécu auprès de plusieurs familles roumaines.

— Vous ne trouvez pas qu’il est un peu risqué pour un sujet britannique de se trouver actuellement en Roumanie ? Les nazis ne sont pas loin.

— En fait, je n’ai pas de citoyenneté, dit-il avec une certaine hésitation. J’ai des papiers émanant de divers pays mais je n’appartiens à aucun. Dans ces montagnes, cela n’est pas nécessaire.

Un homme sans patrie ? Magda n’avait jamais entendu parler d’une chose pareille.

— Prenez garde, il n’y a pas beaucoup de roux chez les Roumains.

— C’est vrai, fit-il en se passant la main dans les cheveux. Mais les Allemands sont au donjon et la Garde de Fer évite les montagnes. Je ferai très attention tant que je demeurerai ici mais cela ne devrait pas durer très longtemps.

Magda éprouva une certaine déception – elle aimait l’avoir à ses côtés.

— Combien de temps resterez-vous ? lui demanda-t-elle vivement – un peu trop vivement, peut-être.

— Suffisamment longtemps pour effectuer une dernière visite avant que l’Allemagne et la Roumanie ne déclarent la guerre à la Russie.

— Ce n’est pas…

— C’est inévitable, et cela se produira bientôt.

Il se leva.

— Où allez-vous ?

— Je vais vous laisser vous reposer. Vous en avez besoin.

Il se pencha vers elle et lui tendit la mandoline. Un instant, leurs doigts se touchèrent. Magda ressentit une sorte de choc électrique, mais elle ne retira pas sa main pour entretenir cette délicieuse sensation de chaleur qui envahissait son corps tout entier.

Et elle se rendit compte que Glenn connaissait le même trouble – à sa propre manière, bien sûr.

Brusquement, il se dirigea vers la porte. Elle se sentit un peu désemparée. Elle aurait voulu lui demander de rester, lui prendre la main. Mais elle ne se voyait pas faisant une telle chose et eut presque honte d’y avoir pensé. Des émotions nouvelles naissaient dans son corps et son esprit. Comment pourrait-elle les maîtriser ?

La porte se referma, et Magda fut en proie à un profond désarroi. Elle resta assise quelques minutes puis se dit qu’il valait mieux qu’elle se reposât. Elle avait besoin de dormir, pour être parfaitement en forme quand le moment serait venu.

Car elle avait décidé que, ce soir, Papa ne serait pas seul à affronter Molasar.

XXI

LE DONJON
Jeudi 1er mai
17 heures 22

Seul dans sa chambre, le capitaine Woermann avait vu les ombres s’allonger sur le donjon avant la disparition totale du soleil. Et son malaise s’était réveillé. Les ombres n’auraient pas dû le perturber. Après tout, il n’y avait pas eu de victimes pendant deux nuits d’affilée, et il n’y avait pas de raison pour qu’il en allât autrement ce soir. Malgré cela, le pressentiment était là.

Le moral des hommes s’était considérablement amélioré. A nouveau, ils se comportaient en vainqueurs. Ils avaient été menacés, quelques-uns étaient morts, mais ils s’étaient obstinés et tenaient toujours le donjon. Maintenant que la fille était partie, un nouvel accord s’instaurait entre les soldats en gris et les uniformes noirs. Ils ne se mêlaient pas vraiment les uns aux autres mais une nouvelle camaraderie était née, celle du triomphe. Woermann se trouvait bien incapable de partager leur optimisme.

Il regarda son tableau. Il n’avait plus le moindre désir d’y travailler et ne voulait pas en commencer un autre. Il n’avait même pas le courage de sortir ses couleurs pour effacer l’ombre du pendu. Cette ombre l’obsédait littéralement. Elle lui paraissait chaque fois plus distincte, et la tête semblait dessinée avec davantage de précision. Il détourna les yeux. C’était absurde.

Non… ce n’était pas si absurde que cela. Il régnait toujours quelque chose de malsain dans ce donjon. Il n’y avait pas de victimes depuis deux jours mais le donjon n’avait pas changé pour autant. Le mal n’avait pas disparu, il était seulement en retrait. L’air ambiant, les murailles, tout était toujours aussi oppressant. Les hommes pouvaient se taper dans le dos et se féliciter. Woermann, lui, ne le pouvait pas. Il regardait son tableau et savait avec certitude que la série des victimes n’était pas achevée : elle n’était qu’interrompue et pouvait reprendre à n’importe quel moment – ce soir, peut-être. Nul n’avait été vaincu ou chassé. La mort était toujours présente, qui attendait l’instant propice pour frapper à nouveau.

Il frissonna. Quelque chose allait se passer, il le sentait au plus profond de lui-même.

Encore une nuit… donnez-moi encore une nuit, c’est tout ce que je demande.

Si la mort voulait bien attendre demain matin, Kaempffer prendrait le chemin de Ploiesti. Woermann pourrait alors imposer de nouveau sa propre loi. Et il ferait évacuer le donjon au premier incident.

Kaempffer… il se demanda ce que ce cher Eric pouvait bien faire. Il ne l’avait pas vu de tout l’après-midi.

Le SS-Sturmbannführer Kaempffer était penché au-dessus de la carte ferroviaire de Ploiesti. Le jour déclinait et ses yeux se fatiguaient à discerner les lignes minuscules des voies de chemin de fer. Il valait mieux arrêter maintenant plutôt que de poursuivre à la lumière crue de l’ampoule électrique.

Il se redressa et se frotta les yeux. Cette journée n’avait pas été inutile car il avait amassé pas mal d’informations. Il lui faudrait partir de zéro avec les Roumains. Tous les détails de la construction du camp lui seraient confiés, même le choix exact du site. Il pensait d’ailleurs avoir découvert un emplacement satisfaisant : il y avait une série d’entrepôts abandonnés à l’est du nœud ferroviaire, qui pourraient constituer les premiers éléments du camp de Ploiesti. Des clôtures en fil de fer barbelé pourraient être édifiées en quelques jours, et la Garde de Fer se chargerait de rassembler les Juifs.

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