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Les fous de Baalbek

Электронная книга - «Les fous de Baalbek». Краткое содержание книги:

Malko n’osait plus bouger, même d’un millimètre. L’explosion pouvait se produire s’il tendait encore plus le fil. Mais la première tension pouvait aussi avoir été le système d’armement de la machine infernale, se déclenchant alors si on relâchait le fil…
Dans les deux cas, il était cloué au sol.
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— D’où viennent ces chars ? demanda-t-il.

— Nous les avons laissés en partant et Amal les a récupérés, expliqua « Johnny ». Ils ont concentré ici tous leurs moyens. Les ULM sont dans le hangar avec les pilotes.

Une Range-Rover traversa soudain le terrain à toute vitesse et s’immobilisa en face du bâtiment. Aussitôt, des hommes armés surgirent de tous les côtés. Deux passagers descendirent du véhicule et pénétrèrent dans le hangar. Pendant un court instant, Malko aperçut l’intérieur illuminé. Au premier rang, un ULM d’une dizaine de mètres d’envergure, recouvert de peinture camouflée verte et jaune. Train tricycle, petit habitacle, moteur derrière le pilote et double dérive. Sous les ailes, on voyait nettement les longs tubes des roquettes. Quatre de chaque côté. De quoi faire un massacre.

Derrière, il devina deux autres appareils semblables. Puis la porte se referma.

Le « guide » ne leur avait pas raconté d’histoires. Celui-ci les tira par la manche.

— Il ne faut pas rester. Il y a des patrouilles.

Malko battit en retraite. Cent mètres plus loin, le « guide » les abandonna. Ils regagnèrent la voiture en silence, pataugeant dans les flaques de boue. « Johnny » l’observait du coin de l’œil.

— Vous en avez assez vu ?

— Bien sûr, dit Malko, se remémorant le plan de la base secrète.

Il n’y avait qu’une voie d’accès, les autres côtés étaient barrés par des remblais de terre. Le guide avait expliqué que des chicanes faites de piquets étaient scellées dans le sol.

Ils repartirent vers le nord. Déjà, il y avait beaucoup plus de circulation. Comme ils quittaient le quartier, personne ne leur demanda rien.

— Nous allons à l’ambassade ? demanda « Johnny ».

Malko regarda sa Seiko-Quartz. Sept heures moins dix. Moins de deux heures avant l’heure H. Il passa mentalement en revue les solutions possibles. Une opération commando était trop longue à organiser avec l’obligation d’avoir des feux verts de Washington et de Gemayel. Une attaque d’hélicoptères armés était également hasardeuse. Attendre que les ULM décollent et les abattre sur le chemin de leur objectif représentait un risque certain. Ce qui le décida fut un proverbe chinois qu’il avait lu, il y a bien longtemps, dans la bibliothèque du château de Liezen en compagnie d’Alexandra : « Pour se débarrasser d’un serpent, il ne faut pas lui couper la queue, mais la tête. »

« Johnny » le contemplait pensivement, plutôt détaché. Malko se tourna vers lui. Le plan qu’il venait d’échafauder était fou, mais s’il réussissait, il résolvait le problème.

— Allons au stade Camille Chamoun, proposa-t-il. Je vais vous expliquer mon idée.

Chapitre XIX

Ils remontaient vers le nord, par Hazmiyé. L’avenue Camille Chamoun se trouvait à l’ouest, parallèlement à eux, et au nord de Chiyah. Malko se tourna vers « Johnny ».

— Si nous laissons partir les ULM de Hadet, dit-il, nous risquons une catastrophe. Il faut les détruire sur place. Or, jamais Robert Carver n’obtiendra les autorisations nécessaires. Donc, il faut agir nous-mêmes.

Le Palestinien freina devant un barrage encore peu encombré, tenu par une position italienne. Cet ancien quartier de réfugiés était déprimant. Les véhicules dérapaient sur le sol détrempé, créant des embouteillages monstres.

— Quelle est votre idée ? demanda « Johnny » en redémarrant.

— La benne à ordures qui se trouve dans le garage près de la mosquée Hussein est sûrement déjà piégée, puisque les deux opérations doivent être simultanées. Il suffit de s’en emparer et de l’utiliser contre la base des ULM.

— Comment allez-vous la récupérer ?

— Si vous êtes d’accord, je vais proposer à votre jeune ami Farouk d’attaquer le garage où la benne est cachée.

En le motivant, bien entendu. Ensuite, j’aurai besoin de votre aide …

Le Palestinien lui jeta un regard perçant sous ses lourdes paupières :

— Qu’est-ce qui vous fait penser que je pourrai vous aider ?

— La logique, dit Malko. Si vous refusez, tout ce qui a été fait jusqu’ici, y compris la mort de votre ami Nabil, risque de ne servir à rien. Par contre, si vous participez, je peux vous assurer que la « Company » ne l’oubliera pas.

— Et en quoi puis-je vous aider ?

— Une fois la benne récupérée, je veux l’amener à l’endroit où se trouvent les ULM et la faire exploser, ce qui les détruira. Sans vous, je ne franchirai jamais les barrages et je ne retrouverai probablement pas le hangar, à Hadet.

— Vous avez l’intention de vous suicider ? demanda « Johnny » avec une certaine ironie.

— Absolument pas, dit Malko. Je veux conduire cette benne aussi près que possible des ULM, mettre en route la minuterie et l’abandonner.

— Comment savez-vous qu’il y a une minuterie ?

— Toutes les voitures piégées en comportent une.

— Vous êtes fou. L’explosion de cette benne va tout dévaster. Vous n’aurez pas le temps de vous mettre à l’abri.

— Si, dit Malko. Il y a une énorme fosse, près du hangar aux ULM. Je m’y abriterai. Et de toute façon, c’est mon problème. Alors, vous acceptez ?

« Johnny » ne répondit pas tout de suite, comme s’il était absorbé par la conduite.

— J’accepte, dit-il enfin. Je vous amènerai jusqu’à l’entrée du camp.

— Merci, dit Malko.

Le Palestinien haussa légèrement les épaules.

— Ne vous méprenez pas. Je n’ai aucune confiance dans vos amis américains. Mais je vous respecte. Ils oublieront très vite ce « service ». Je souhaite qu’il n’en soit pas de même pour vous.

Cinq minutes plus tard, ils stoppèrent devant le grand stade écrasé par les bombes israéliennes. La circulation était intense sur l’avenue Camille Chamoun, surtout des camions chargés de fruits et de légumes, venant de Tyr. Malko et « Johnny », crapahutant sur les tribunes écrabouillées, parvinrent sans trop de mal à l’intérieur du stade.

Aucun signe de vie sur la pelouse. Les épaves de voitures et la carcasse du char détourellé y pourrissaient toujours. Le silence était impressionnant. Le spectacle aussi. Cet enchevêtrement de béton et de poutrelles … Maculant ses bottillons verts, « Johnny » parvint à l’entrée de la planque des jeunes Palestiniens. Il poussa deux coups de sifflet stridents et ensuite cria quelque chose en arabe.

Trente secondes plus tard, une mince silhouette surgit entre les deux plaques de béton : Farouk. Le gosse, dégringola comme un singe les gradins démantelés et rejoignit les deux hommes près du char détruit, l’air méfiant, traînant un Kalach plus grand que lui.

« Johnny » se lança dans de longues explications en arabe.

Tandis qu’il parlait, une fille en jean, un 45 à la ceinture, suivie de quatre gamins, émergea à son tour.

Quand « Johnny » eut fini, Farouk secoua la tête et cracha dans l’herbe, en lançant quelques mots.

— Il ne veut pas.

— Pourquoi ?

— Trop de risques.

— Il sait combien je paie ?

— Non.

— Quarante mille dollars.

« Johnny » transmit. Farouk baissa les yeux, poussant du pied un bout de bombe. Puis ses yeux noirs fixèrent Malko, et il demanda en anglais :

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