La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
Bien que Pyk ne possédât point de mouillage sûr, Theon désirait contempler du large le château de son père, le voir comme il l’avait vu lu dernière fois, dix ans plus tôt, quand la galère de Robert Baratheon l’emmenait comme pupille d’Eddard Stark, à ceci près qu’au lieu de le regarder s’amenuiser à l’horizon, dans le fracas des rames et le battement du tambour du maître de nage, il entendait le regarder surgir des flots et grandir, grandir.
Pour exaucer ce vœu, le Myraham se frayait durement passage, au sortir du golfe, parmi le claquement des voiles et les jurons du capitaine contre le vent, l’équipage et les maudites lubies des gentils damerets. Sans lâcher des yeux son chez lui, Theon rabattit son capuchon pour se préserver des embruns.
Brochée d’écueils écumants, la côte n’était qu’un amas de rochers déchiquetés avec lesquels le château semblait ne faire qu’un, taillés qu’étaient ses tours, ses remparts, ses ponts dans la même roche noirâtre, moites qu’ils étaient des mêmes vagues saturées de sel, festonnés qu’ils étaient des mêmes plaques de lichen vert sombre et maculés des mêmes fientes d’oiseaux de mer. Le bout de terre sur lequel les Greyjoy avaient édifié leur forteresse s’était jadis enfoncé comme une épée dans les entrailles de l’océan mais, à force de le marteler nuit et jour, la houle l’avait, des millénaires auparavant, rompu, fait volet en éclats. N’en subsistaient désormais que trois îles nues, stériles, et une quinzaine d’îlots abrupts qui surgissaient de l’abysse comme les piliers d’un temple voué à quelque dieu marin, et contre lesquels s’acharnait toujours la rage des lames baveuses.
Ténébreux, maussade et lugubre au-dessus de ces îles et de ces piliers dont il faisait quasiment partie planait Pyk, sa première enceinte enserrant le pied du cap à pic du haut duquel s’élançait en direction de l’île principale, elle-même écrasée par la masse énorme du Grand Donjon, un pont de pierre prodigieux. Au-delà, chacun sur son île, se dressaient donjon des Cuisines et donjon Sanglant. Des tours et diverses dépendances s’agrippaient aux autres chicots rocheux, reliés entre eux, selon l’ampleur de l’intervalle, par des ponceaux couverts ou par de longues passerelles instables de câbles et de bois. A l’extrême pointe de l’épée brisée se distinguait l’altière rondeur de la tour de la Mer, la plus ancienne du château, plantée sur un moignon à demi rongé par l’incessant assaut des lames. Sa base était blanchie par des siècles de sel, ses étages supérieurs verdis par le lichen qui les emmitouflait à la manière d’une courtepointe, son couronnement délabré noirci par la suie des feux de guet nocturnes.
Là-haut jappait la bannière de Père. De la distance où se trouvait le Myraham, Theon n’en discernait guère que le tissu, mais sa mémoire y restituait l’emblème familier : la seiche d’or aux tentacules convulsés sur champ noir. En haut de son mât de fer, la bannière se tordait, claquait au gré du vent, se démenait tel un oiseau captif. Et ici du moins ne la dominait pas le loup-garou Stark, ici du moins ne faisait-il pas d’ombre à la seiche Greyjoy.
Jamais spectacle n’avait si fort touché Theon. Derrière le château transparaissait, à peine voilée de nuages en fuite, la belle queue rouge de la comète. De Vivesaigues à Salvemer, les Mallister n’avaient cessé de débattre sur sa signification. C’est ma comète, se dit-il en glissant la main dans son manteau doublé de fourrure pour tâter la bourse de cuir huilé qui, blottie dans l’une de ses poches, abritait la lettre – aussi précieuse qu’une couronne – remise par Robb.
« Le château ressemble-t-il à vos souvenirs, messire ? lui demanda la fille du capitaine en se pressant contre son bras.
— Il me paraît plus petit, avoua-t-il, mais peut-être en raison de l’éloignement. » Originaire de Villevieille, la gabarre marchande Myraham transportait dans sa vaste panse du vin, du drap et du grain qu’elle négocierait contre du minerai de fer. Egalement du sud, également doté d’une vaste panse marchande était son capitaine, et la mer peuplée de rochers écumants qui battait le pied du château donnait tant la tremblote à ses lèvres pulpeuses qu’il se tenait le plus loin possible de ces parages, trop loin, au gré de Theon. Un natif des îles, un fer-né, eût mené son boutre le long des falaises jusque sous le pont qui enjambait la brèche entre la poterne et le Grand Donjon, mais ce rondouillard de méridional n’avait ni l’habileté, ni les gens, ni le cran nécessaires pour s’y risquer. Aussi croisait-on prudemment au large, et Theon devait se contenter de la silhouette de Pyk. Le Myraham n’en était pas moins contraint à lutter farouchement pour se maintenir à distance respectueuse des fameux rochers.
« Ça doit être venté, dans le coin », remarqua la fille.
Il se mit à rire. « Venté, froid et humide. Aussi rude que misérable, à la vérité…, mais le seigneur mon père m’a dit un jour que les lieux rudes produisaient des hommes rudes, et que ce sont les hommes rudes qui gouvernent le monde. »
La face du capitaine était du même vert que la mer quand il amena ses courbettes et s’enquit : « Nous est-il permis de gagner le port, à présent, messire ?
— Il vous est permis », répondit Theon, avec un sourire du bout des lèvres. L’appât de l’or avait métamorphosé ce gros plein-de-soupe en lécheur éhonté. Le voyage eût été tout autre si, comme espéré, s’était trouvé à Salvemer l’un des boutres des îles de Fer. Aussi fiers que braves, les capitaines fer-nés n’entraient pas en transe pour quelques pintes de sang humain. Leurs îles étaient trop petites, et leurs boutres encore plus, pour que la terreur n’y fut pas un luxe. Si chacun d’eux était, comme on disait communément, un roi à bord de son propre bateau, les îles ne volaient pas leur surnom d’archipel des dix mille rois. Et quand vous aviez vu vos rois chier par-dessus la lisse et verdir durant la tempête, vous n’étiez pas vraiment tenté de ployer le genou et de les vénérer comme des idoles. Ce d’autant moins, d’ailleurs, que, comme le disait déjà voilà des millénaires le vieux roi Urron Mainrouge : « Le dieu Noyé fabrique les hommes, mais les couronnes, ce sont les hommes qui les fabriquent »… !
Un boutre aurait également effectué la traversée en deux fois moins de temps. LeMyraham n’étant, pour parler poliment, qu’un sabot merdeux, Theon n’aurait pas voulu s’y trouver par gros temps, mais il s’estimait, tout bien pesé, verni. Il parvenait à destination sans avoir fait naufrage et après s’être pas mal amusé. Il enlaça la fille en disant au père : « Avertissez-moi quand nous atteindrons Lordsport. Nous serons en bas, dans ma cabine », et, sans paraître noter l’air offensé de celui-ci, entraîna celle-là vers la poupe.
Sa cabine était celle du capitaine, au vrai, mais on l’avait aménagée pour lui en quittant Salvemer. Sans être incluse au nombre des aménagements, la fille s’y était néanmoins jointe d’assez bon gré. Trois doigts de vin, quelques chuchotages galants, elle parfaisait le couchage. Quoiqu’un peu trop copieuse pour son goût, et la peau tachetée comme une platée de son, elle avait des nichons qui vous emplissaient gentiment la poigne, et elle s’était au surplus révélée intacte. Un comble, vu son âge, mais que Theon trouva du plus haut comique. Presque aussi cocasse que la réprobation du papa qui, tout en remâchant malaisément l’outrage à lui fait par le grand seigneur, redoublait envers lui d’obséquiosité par pure rapacité.
Tandis qu’il se débarrassait de son manteau trempé, la fille reprit : « Vous devez être si heureux de revenir chez vous, messire. Vous en êtes parti depuis combien d’années ?
— Dix ou peu s’en faut, répondit-il. Et j’en avais dix quand on m’a emmené à Winterfell en tant que pupille d’Eddard Stark. » Pupille de nom, otage de fait. La moitié de ses jours…, mais pas un de plus. Désormais, aucun Stark en vue, sa vie lui appartenait à nouveau. Il attira la fille contre lui et l’embrassa sur l’oreille. « Enlève ton manteau. » Elle baissa les yeux, subitement intimidée, mais s’exécuta. Quand le lourd vêtement raidi d’écume eut glissé de ses épaules sur le plancher, elle esquissa une petite révérence et un pauvre sourire alarmé. Elle avait l’air plutôt stupide quand elle souriait, mais l’intelligence n’était pas ce qu’il demandait aux femmes.