La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
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Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
« Répands, Seigneur, ta clarté sur nous ! conjura Mélisandre.
— Car la nuit est sombre et pleine de terreurs », enchaînèrent en répons la reine et ses gens. Devrais-je aussi prononcer ces mots ? se demanda Davos.Ma dette envers Stannis va-t-elle jusque-là ? Ce dieu féroce est-il vraiment le sien ? Ses doigts écourtés se crispèrent.
Stannis se défit du gant, le laissa choir à terre. Dans le bûcher, les dieux n’étaient plus guère identifiables. La tête du Ferrant se détacha parmi une volée de cendres et d’escarbilles. En langue d’Asshai, Mélisandre entonna une mélopée qui s’élevait et retombait comme les vagues de la mer. Sitôt débarrassé de sa cape de cuir roussi, Stannis écouta sans mot dire. Fichée dans le sol, Illumination rougeoyait toujours, mais les flammes qui l’environnaient s’amenuisaient, mouraient.
Lorsque s’acheva le chant, les dieux n’étaient plus que de vagues charbons, et la patience du roi s’était épuisée. Prenant la reine par le coude, il la reconduisit dans la forteresse, abandonnant Illumination sans autre forme de procès. La femme rouge, elle, s’attarda jusqu’à ce que Devan et Bryen eussent, à genoux, achevé de rouler l’épée calcinée, noircie dans la cape de cuir du roi. A sale mine, songea Davos, son épée rouge des héros.
Demeurés à parler tout bas à contre-feu, quelques seigneurs se turent en se voyant observés par lui. Que Stannis tombe, et ils m’abattront sur-le-champ. Il n’était pas non plus du clan de ceux – chevaliers ambitieux et menue noblaille – à qui leur conversion à ce fameux Maitre de la Lumière valait les bonnes grâces et la protection de lady, pardon ! la reine…, Selyse.
Le feu dépérissait, Mélisandre et les écuyers se retirèrent avec l’inestimable épée. Davos et ses fils se joignirent à la foule qui redescendait vers la grève et les vaisseaux à l’ancre. « Devan s’est bien tenu, remarqua-t-il.
— Oui, repartit Dale, il a donné le gant sans le laisser choir. »
Blurd hocha la tête. « Cet insigne sur son doublet, ce cœur ardent, c’est quoi ? L’emblème des Baratheon est le cerf couronné, que je sache.
— Un seigneur peut s’en donner plusieurs », expliqua Davos.
Dale sourit. « Par exemple un bateau noir et un oignon, Père ? »
D’un coup de pied, Blurd envoya valser une pierre. « Les Autres emportent notre oignon… et ce cœur en flammes. C’est une ignominie que d’avoir brûlé les Sept.
— Depuis quand es-tu si dévot ? s’étonna Davos. Quelle connaissance un fils de contrebandier a-t-il des actions des dieux ?
— Je suis fils de chevalier, Père. Pourquoi s’en souviendrait-on, si vous l’oubliez ?
— Fils de chevalier mais pas chevalier. Et tu ne le seras jamais si tu te mêles des affaires qui ne te regardent pas. Stannis est notre roi légitime, il ne nous appartient pas de le critiquer. Nous menons ses vaisseaux selon ses directives, un point c’est tout.
— A ce propos, Père, intervint Dale, je n’aime guère les barils à eau qu’on a livrés au Spectre. Du pin vert. En cas de voyage un peu long, l’eau se gâtera.
— J’ai les mêmes à bord de la Lady Marya, dit Blurd. Les gens de la reine se sont arrogé tout le bois sec.
— J’en parlerai au roi », promit Davos. Mieux valait que la réclamation vînt de lui que de Blurd. Si bons combattants et meilleurs marins que fussent ses fils, ils ignoraient la manière de parler aux grands. Ils sont issus du commun, comme moi, mais ils préfèrent l’oublier. Quand ils regardent notre bannière, ils n’y voient qu’un grand vaisseau noir cinglant toutes voiles dehors. Ils ferment les yeux sur l’oignon.
Le port était aussi populeux que jamais. Chaque quai fourmillait de marins affairés à charger des vivres, chaque auberge regorgeait de soldats, qui buvant, qui jouant aux dés, qui se cherchant une putain…, vaine quête, puisque Stannis n’en tolérait aucune sur son île. Toutes sortes de bâtiments, galères de guerre et bateaux de pêche, caraques pansues, gabarres à gros cul, bordaient le rivage. Les plus gros vaisseaux occupaient les meilleurs mouillages : le navire amiral de Stannis, La Fureur, roulait entre leLord Steffon et Le Cerf des Mers, non loin des quatre coques argentées du Glorieux de lord Velaryon et de ses pareils, de La Pince rouge de lord Celtigar et de L’Espadon massif au long rostre de fer. Ancré plus au large se distinguait l’imposant Valyrien de Sladhor Saan parmi les rayures multicolores d’une bonne vingtaine de galiotes lysiennes.
Tout au bout de la jetée de pierre où La Botha noire, Le Spectre et la Lady Marya côtoyaient six ou sept galères de cent rames ou moins se trouvait un très vieil estaminet. Saisi d’une soif soudaine, Davos prit congé de ses fils et y dirigea ses pas. Près de la porte était accroupie une statue-gargouille qui lui arrivait à mi-corps et si érodée par le sel d la pluie que l’on ne distinguait plus rien de ses traits. Elle et Davos n’en étaient pas moins bons copains. Il lui tapota la tête au passage et entra. « Chance », murmura-t-il.
A l’autre bout de la salle pleine de vacarme, Sladhor Saan grappillait des raisins présentés dans une jatte en bois. En voyant Davos, il l’invita d’un signe à le rejoindre, et celui-ci se fraya passage entre les tables. « Prenez place, messer. Mangez une grappe. Mangez-en deux. Elles sont merveilleusement sucrées. » Lisse et tout sourires, le Lysien s’était rendu fameux des deux côtés du détroit par ses outrances vestimentaires. Un éblouissant brocart d’argent le parait aujourd’hui, et ses manches à crevés traînaient jusqu’à terre. Des singes ciselés de jade lui servaient de boutons, un panache de plumes de paon décorait le vert effronté de la toque perchée tout en haut de ses boucles blanches tirebouchonnées.
Pour lui avoir souvent acheté des marchandises du temps où il pratiquait encore ses coupables activités, Davos s’était en personne rendu à Lys pour intéresser le vieux coquin à la cause de Stannis. Contrebandier lui-même autant que commerçant, banquier, pirate notoire, Sladhor Saan s’était de son propre chef intitulé prince du Détroit. Il suffît qu’un forban s’engraisse suffisamment pour que les gens s’attrapent à sa principauté.
« Vous n’êtes pas venu voir brûler les dieux, messire ? demanda-t-il.
— Les prêtres rouges ont un grand temple, chez nous. Ils passent leur temps à brûler ci, brûler ça et corner leur R’hllor. Je suis saoulé de leurs bûchers. Espérons qu’ils ne tarderont pas à saouler Stannis aussi. » Tout au plaisir de manger ses raisins dont les pépins venaient un à un sur sa lèvre se faire évacuer d’une pichenette, il semblait éperdument se moquer des oreilles indiscrètes. « Mon Oiseau diapré eut arrivé hier, mon cher chevalier. Ce n’est pas un vaisseau de guerre, non, mais un caboteur, et il s’est offert une escale à Port-Réal. Une grappe… – non ? vraiment ? Il paraîtrait que les enfants y sont affamés. » Avec un sourire, il balançait un raisin sous les yeux de Davos.
« C’est de bière que j’ai envie. Et de nouvelles.
— Ah, l’éternelle précipitation des gens de Westeros…, soupira Sladhor Saan. Elle vous avance à quoi, je vous prie ? Qui se hâte sa vie durant hâte simplement sa mort. » Il émit un rot. « Le maître de Castral Roc a envoyé son gnome de fils s’occuper de la ville. Peut-être espère-t-il que sa laideur terrifiera les assaillants, hé ? Ou bien que nous mourrons de rire en voyant le Lutin gambader aux créneaux, qui sait ? Le nain a congédié le rustre qui commandait les manteaux d’or en le remplaçant par un chevalier muni d’une main de fer. » Il détacha un grain de raisin, le pressa entre le pouce et l’index jusqu’à ce qu’en éclate la peau. Le jus lui ruissela entre les doigts.