La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
— Je dois partir. » Il s’élança aux trousses de son oncle qui déjà s’éloignait, le rejoignit en quelques longues enjambées. « Je ne m’attendais pas à vous voir, Oncle. Je m’étais flatté qu’après dix années de séparation, le seigneur mon père et dame ma mère viendraient peut-être m’accueillir en personne ou m’enverraient Dagmer avec une garde d’honneur.
— Il ne t’appartient pas de discuter les volontés de lord Ravage de Pyk. » Le prêtre affectait des manières glaciales qui achevèrent de dérouter Theon. De tous ses oncles, Aeron Greyjoy était jadis le plus affable, frivole et rieur, friand de chansons, de chopes et de femmes. « Quant à Dagmer, il est parti pour Vieux Wyk sur ordre de ton père secouer les Maisonpierre et les Timbal.
— Dans quel but ? Pourquoi les boutres sont-ils sur le pied de guerre ?
— Pourquoi l’ont-ils jamais été ? » Son oncle avait laissé les chevaux attachés plus loin. Au moment de les atteindre, il se retourna. « Dis-moi la vérité, neveu. Pries-tu maintenant les dieux du loup ? »
Prier, Theon n’y songeait guère, mais était-ce le genre de choses que l’on avoue à un prêtre, ce prêtre fut-il le frère de votre propre père ? « Ned Stark priait un arbre. Non, je n’ai que faire des dieux Stark.
— Bien. A genoux. »
Le sol était caillouteux, crotté. « Oncle, je…
— A genoux. A moins que tu ne sois trop fier, à présent ? Est-ce un damoiseau des terres vertes qui nous revient là ? »
Theon s’agenouilla. Il arrivait avec un projet, l’appui d’Aeron lui serait peut-être nécessaire pour le réaliser. Une couronne valait bien un peu de poussière et de crottin sur les chausses, supposa-t-il.
« Courbe la tête. » L’oncle leva son outre, la déboucha et en fit gicler un fin jet d’eau de mer qui mouilla les cheveux de Theon, lui dégoulina le long du front jusque dans les yeux, nappa ses joues, glissa un doigt dans le col de son manteau et de son doublet, lui fit courir le long de l’échine un ruisselet frisquet. Le sel lui brûlait si fort les paupières qu’il lui fallut toute son énergie pour ne pas larmoyer. Ses lèvres goûtaient l’océan. « Fais que ton serviteur Theon renaisse de la mer comme tu en renaquis, psalmodia Aeron Greyjoy. Accorde-lui la bénédiction du sel, la bénédiction de la pierre, la bénédiction de l’acier. Connais-tu encore les mots, neveu ?
— Ce qui est mort ne saurait plus mourir, se rappela Theon.
— Ce qui est mort ne saurait plus mourir, lui fit écho le prêtre, mais ressurgit plus rude et plus vigoureux. Debout. »
En clignotant pour refouler les larmes imputables au sel, Theon se leva. Sans un mot, son oncle reboucha l’outre, détacha son cheval, se mit en selle, Theon l’imita, et, tournant le dos à l’auberge et au port, ils s’enfoncèrent dans les collines pierreuses au-delà du château de lord Botley. Le prêtre ne desserrait pas les dents.
« J’ai passé la moitié de ma vie loin de la maison, hasarda finalement Theon. Vais-je trouver les îles changées ?
— Les hommes pèchent dans la mer, creusent dans la terre et meurent. Les femmes enfantent dans le sang et dans la douleur et meurent. La nuit suit le jour. Les vents et les marées demeurent. Les îles sont telles que les créa notre dieu. »
Bons dieux, il est devenu sinistre ! songea Theon. « Trouverai-je à Pyk ma sœur et dame ma mère ?
— Non. Ta mère habite Harloi, avec sa propre sœur. Le climat y est moins âpre, et sa toux la tourmente. Ta sœur est partie à bord de son Vent noir transmettre des messages de ton père à Grand Wyk. Sois sûr qu’elle en reviendra au plus tôt. »
Dire à Theon que Le Vent noir était le boutre personnel d’Asha ne s’imposait pas. Malgré leur longue séparation, ce détail lui était connu. Bizarre, tout de même, qu’elle l’eût baptisé ainsi, quand Robb Stark avait son Vent Gris, lui. « Stark est gris, Greyjoy noir, murmura-t-il avec un sourire, mais il semble que nous soyons l’un et l’autre ventés. »
A cela, le prêtre n’avait rien à redire.
« Et vous, Oncle ? Vous n’étiez pas prêtre lorsqu’on m’a emmené. Il me semble encore vous voir chanter les vieilles chansons de pillage, debout sur la table, une corne de bière au poing.
— Jeune j’étais, et vain, dit Aeron Greyjoy, mais la mer a lavé mes sottises et mes vanités. Cet homme a péri noyé, neveu. L’eau de mer a empli ses poumons, les poissons dévoré les écailles qui couvraient ses yeux. En ressurgissant, j’ai vu clair. »
Il est aussi fou que fielleux. Ce que Theon se remémorait de l’ancien Aeron Greyjoy avait autrement de charme. « Oncle, pourquoi Père a-t-il convoqué ses voiles et ses épées ?
— Sans doute te le dira-t-il à Pyk.
— J’aimerais connaître ses plans tout de suite.
— De moi, tu n’apprendras rien. Il nous est formellement interdit d’en parler à quiconque.
— Même à moi ? » Sa colère flamba. Il avait mené des hommes à la bataille, chassé en compagnie d’un roi, il s’était distingué dans des mêlées de tournoi, il avait chevauché avec Brynden le Silure et Lard-Jon Omble, combattu au Bois-aux-Murmures, baisé plus de filles qu’il ne saurait dire, et cette espèce d’oncle le traitait comme s’il était encore un mioche de dix ans ? « Si Père échafaude des plans de guerre, je dois les connaître. Je ne suis pasquiconque. Je suis l’héritier de Pyk et des îles de Fer.
— Pour ça, dit son oncle, nous verrons. »
La remarque lui fit l’effet d’une gifle. « Nous verrons ? Mes deux frères sont morts. Je suis le seul fils survivant de Père.
— Ta sœur est en vie. »
Asha ? Il demeura pantois. Certes, elle avait trois ans de plus que lui, mais… « Une femme ne peut hériter qu’à défaut d’héritier mâle en ligne directe ! protesta-t-il avec véhémence. Je ne me laisserai pas barboter mes droits, je vous préviens. »
Son oncle émit un grognement. « Comment oses-tu prévenir un serviteur du dieu Noyé, petit drôle? Tu as oublié plus que tu ne crois. Et tu divagues complètement si tu t’imagines que ton père transmettra jamais ces saintes îles à un Stark. Tais-toi, maintenant. La route est bien assez longue sans tes jacasseries. »
Non sans mal, Theon se le tint pour dit. Alors, ça se goupille comme ça ? songea-t-il. Comme si dix années de Winterfell pouvaient faire un Stark. Lord Eddard avait eu beau l’élever parmi ses propres enfants, jamais Theon n’avait été l’un d’eux. Personne, au château, depuis lady Catelyn jusqu’au dernier des marmitons, n’ignorait sa position d’otage et de garant de la bonne conduite de son père, et tous le traitaient en conséquence. Même le bâtard Jon Snow se voyait accorder plus de considération que lui.
Pour s’être amusé de-ci de-là à jouer les pères avec lui, lord Eddard n’en demeurait pas moins, aux yeux de Theon, l’homme qui, non content de mettre Pyk à feu et à sang, l’avait ensuite lui-même arraché aux siens ; l’homme dont la face austère et la grande épée sombre le terrifiaient, gosse ; l’homme dont l’épouse se montrait, si possible, encore plus distante et défiante.
Quant aux enfants, les derniers-nés n’avaient guère été, durant son séjour, que des mioches vagissants. Seuls Robb et son demi-frère adultérin s’étaient, de par leur âge, révélés dignes d’un brin d’attention. Aussi maussade qu’ombrageux, le bâtard lui enviait sa haute naissance et son ascendant sur Robb. Quant à ce dernier, Theon n’était pas sans lui vouer l’espèce d’affection qu’on aurait pour un jeune frère…, mais mieux valait n’en pas souffler mot. A Pyk, semblait-il, les conflits anciens demeuraient d’actualité. Il aurait dû s’y attendre. Les îles de Fer vivaient dans le passé ; l’extrême rudesse du présent révoltait trop leur amertume. En outre, Père et ses frères étaient vieux, et les vieux lords étaient comme ça ; ils emportaient dans la tombe leurs inimitiés poussiéreuses, rancœur intacte et pardon nul.