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La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]

Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:

Au Royaume des Sept Couronnes, rien ne va plus. La mort du roi Robert a clos une longue période d’été, de paix et d’apparente prospérité : le Trésor est au bord de la banqueroute, et trop nombreux sont les candidats prétendument légitimes au Trône de Fer : Stannis et Renly Baratheon le disputent à leur neveu Joffrey, tandis que Robb Stark, proclamé roi du Nord, s’efforce de venger son père naguère condamné à mort et exécuté sous couleur de trahison. Au fin fond de l’Orient, l’unique descendante des anciens rois targaryens médite sa revanche en élevant ses trois dragons… L’hiver vient, qui grouille de forces obscures, de mages et de morts-vivants, d’intrigants sournois prêts à tous les maléfices en vue de fins impénétrables.
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
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LeMyraham contournait un promontoire boisé de pins sous lequel une douzaine de bateaux de pêche remontaient leurs filets. La grosse gabarre les doubla de loin en louvoyant. Theon se porta vers l’étrave afin de mieux voir. La première chose qu’il aperçut fut la bastille des Botley, non pas celle qu’il avait connue jadis, un fouillis de bois et de claies – Robert Baratheon l’avait rasée –, mais telle que l’avait depuis rebâtie lord Sawane, modeste cube de pierre sur sa colline. A chacune de ses tours d’angle trapues pendouillait le pavillon vert pâle frappé d’un banc de poissons d’argent.

Sous la protection pour le moins douteuse de ce fretin-là de castel reposait, avec son havre fourmillant, le bourg de Lordsport. La dernière image qu’en avait emportée Theon était celle d’un désert fumant le long d’une grève rocheuse jonchée de boutres calcinés, de galères fracassées, tel un ossuaire de léviathans, de maisons réduites à des tas de cendres et des pans de murs. Il ne restait plus guère, au bout de dix ans, trace de ce désastre. Le petit peuple s’était construit de nouvelles masures avec les décombres des précédentes et les avait couvertes de mottes fraîchement taillées. Deux fois plus grande que l’ancienne se dressait, près du débarcadère, une auberge neuve, pierre de taille au rez-de-chaussée, colombages aux deux étages supérieurs. Le septuaire n’avait toutefois pas été relevé ; seules en subsistaient les fondations heptagonales. A croire que la fureur de Robert Baratheon avait aigri les fer-nés contre les nouveaux dieux…

Mais les navires intéressaient autrement Theon que les dieux. Parmi les mâts d’innombrables bateaux de pêche, il repéra une galère marchande de Tyrosh qui déchargeait auprès d’une lourde gabarre d’Ibben à la coque noircie de goudron. Nombre de boutres, cinquante à soixante au moins, gagnaient le large ou gisaient échoués sur les galets, au nord de la baie. Quelques voiles arboraient l’emblème des autres îles : la lune sanglante Wynch, la trompe de guerre baguée de lord Bonfrère, la faux d’argent Harlaw. Theon chercha vainement la fine et redoutable silhouette rouge du Silence de son oncle Euron, mais La Grand-Seiche de Père se trouvait bien là, avec sa figure de proue symbolique et son éperon de fer gris.

Lord Balon l’aurait-il devancé en convoquant le ban ? Une fois de plus, la main de Theon se faufila sous le manteau vers la bourse de cuir huilé. Hormis Robb Stark, nul n’était au courant, pour la lettre ; pas si bêtes que de confier leurs secrets à un oiseau. Mais Père n’était pas bête non plus. Il pouvait avoir deviné dans quel but son fils revenait enfin et agi en conséquence.

Une hypothèse qui n’était pas du goût de Theon. Terminée depuis belle lurette, la guerre de Père, et perdue. Sa propre heure venait de sonner – celle d’exécuter son plan, d’assurer sa gloire et de coiffer, tôt ou tard, sa couronne. Encore que, si les boutres entrent dans la danse…

Mais peut-être ne s’agissait-il là, tout bien réfléchi, que d’une mesure de précaution. Un mouvement défensif, au cas où la guerre tendrait à franchir la mer. Les vieilles gens étaient par nature précautionneux. Et Père était vieux, maintenant, tout comme Oncle Victarion, grand amiral de la flotte de Fer. Avec Oncle Euron, tout autre était la chanson, nul doute, mais Le Silence semblait avoir pris la mer. Tout se présente le mieux du monde, se dit Theon. Cela va me permettre de frapper d’autant plus vite.

Pendant que le Myraham lambinait vers la terre, Theon se mit à arpenter fiévreusement le pont tout en scrutant la côte. Sans s’être attendu à voir lord Balon en personne sur le quai, il ne doutait pas qu’un quelconque émissaire ne vint l’accueillir. Sylas Aigrebec, l’intendant, lord Botley, voire même Dagmer Gueule-en-deux. Quel plaisir il se promettait de revoir l’horrible vieillard. On ne pouvait pas ne pas savoir son arrivée. De Vivesaigues, Robb avait expédié des corbeaux à Pyk et, faute de boutre à Salvemer, Mallister les siens, au cas où les premiers se seraient perdus.

Et pourtant, il ne voyait aucune figure connue, ni la moindre garde d’honneur chargée de l’escorter de Lordsport à Pyk, rien d’autre que du menu peuple vaquant à ses menues affaires, débardeurs roulant les fûts de vin que recélait la soute du rafiot de Tyrosh, pêcheurs criant leur prise du jour, gosses éperdus de courses et de jeux. Flottant dans ses robes vert d’eau, un prêtre du dieu Noyé menait un couple de chevaux le long des galets du rivage et, penchée sur sa tête a la fenêtre de l’auberge, une souillon hélait des marins d’Ibben.

Une poignée de négociants locaux n’attendit pas que le Myraham fût amarré pour l’assaillir de questions sur sa cargaison. « Nous arrivons de Villevieille, leur cria le capitaine, et nous transportons des pommes et des oranges, des vins de La Treille, des plumes des îles d’Eté. J’ai du poivre, des tissages de cuir, un ballot de dentelles de Myr, des miroirs pour dames, une paire de harpes de Villevieille plus mélodieuses que vous n’en avez jamais entendu. » La passerelle s’abattit avec des craquements suivis d’un choc sourd. « Et je vous ai ramené votre héritier. »

Au regard inexpressif et bovin que les bourgeois de Lordsport posèrent sur sa personne, Theon se rendit compte qu’ils ignoraient qui il était. Cela le mit en rogne. Il déposa un dragon d’or dans la paume du capitaine. « Dites à vos gens d’apporter mes affaires. » Et, sans attendre la réponse, il descendit la passerelle à longues foulées. « Holà, l’aubergiste, aboya-t-il, un cheval !

— Vot’ serviteur, m’sire », répondit l’homme sans seulement s’incliner, lui rafraîchissant ainsi la mémoire sur la singulière outrecuidance des, fer-nés. « Pourrait ben s’ trouver qu’ j’n ai p’t-êt’ un. Pour aller où, m’sire ?

— Pyk. » A constater que l’imbécile ne l’avait pas encore reconnu, Theon se repentit de n’avoir pas revêtu son beau doublet brodé de la seiche.

« F’ra mieux v’ dépêcher, si v’ voulez y êt’ ’vant la nuit, repartit l’homme. Mon gars vous mont’ra le ch’min.

— Pas besoin de ton gars, lança une voix grave, ni de ton cheval. C’est moi qui ramènerai mon neveu chez son père. »

L’intervenant n’était autre que le prêtre aperçu peu auparavant. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, les petites gens ployaient le genou, et Theon entendit l’aubergiste souffler : « Tifs-trempés ! »

Mince et de haute taille, il portait les robes chamarrées aux tons fluides – gris, verts et bleus – du dieu Noyé et, retenue en bandoulière sous son bras par une courroie de cuir, une outre à eau. Lui tombant jusqu’à la ceinture, ses cheveux étaient, tout comme sa barbe hirsute, entre-tressés de nattes d’algues sèches.

Tout à coup, Theon se souvint. Dans l’un de ses rares billets, lord Balon avait évoqué ce benjamin qui, disparu au cours d’une tempête et rejeté sain et sauf par les flots, tournait au saint homme. « Oncle Aeron ? dit-il, sans grande assurance.

— Neveu Theon, répliqua le prêtre. Le seigneur ton père m’envoie te prendre. Viens.

— Un instant, Oncle. » Il retourna vers le Myraham. « Mes effets », commanda-t-il au capitaine.

Un marin lui tendit son grand arc d’if et son carquois hérissé de flèches, mais c’est la fille qui lui apporta son balluchon de bons vêtements. « Messire. » Elle avait les yeux rouges. Comme il saisissait son bien, elle prétendit l’embrasser, là, en présence de son propre père, de son prêtre d’oncle à lui et de la moitié de l’île. Il sut esquiver le baiser. « Je vous remercie.

— S’il vous plaît, dit-elle, je vous aime tellement, messire…

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