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Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:

L'Etoile Bleue [fr]
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Relevant les paupières qu’il avait tenues baissées, Aldo planta son regard grave dans celui de son adversaire :

– Qu’elle est terrible... mais que, depuis la nuit des temps, les hommes n’ont cessé d’en accumuler de semblables. En ce qui me concerne, je ne sais qu’une chose : ma mère est morte pour qu’on puisse la dépouiller plus commodément. Le reste ne m’intéresse pas !

– Vous avez tort : je pense qu’il y a là un juste retour des choses d’ici-bas. Il fallait que le sang d’une innocente paie pour celui d’un homme de bien et même si c’est dur à entendre pour vous, je

pense que les mânes de Guilhem doivent être apaisés maintenant.

Aldo se leva si brusquement que la lourde chaise espagnole vacilla avant de reprendre son aplomb.

– Pas ceux de ma mère ! Apprenez ceci, sir Eric : je veux son assassin quel qu’il soit. Priez Dieu qu’il ne vous touche pas de trop près !

– Celle que je vais épouser est le seul être qui m’importe, car je l’aime d’un amour... ardent, passionné ! Les autres me sont indifférents et, dussiez-vous trucider sa parenté tout entière que je ne m’en soucierais pas. C’est elle mon bien le plus précieux désormais.

– Alors rendez-moi le saphir ! Je suis prêt à vous l’acheter.

Le marchand de canons eut un lent sourire où malice et dédain se mêlaient :

– Vous n’êtes pas assez riche.

– Je le suis moins que vous, c’est certain, mais plus que vous ne l’imaginez. Les pierres, historiques ou non, c’est mon métier et j’en connais la valeur au taux actuel, fût-ce celle du Régent ou du Koh-i-Noor. Dites un prix et je l’accepte !... Allons, sir Eric, soyez généreux : vous avez le bonheur, rendez-moi le joyau !

– L’un ne va pas sans l’autre. Mais je vais, en effet, me montrer généreux : c’est moi qui vais vous verser la somme d’argent que représente l’Étoile bleue. À titre de dédommagement...

Morosini faillit se fâcher. Ce parvenu pensait sans doute que sa fortune lui permettait tout. Pour se calmer, il se donna le temps de tirer de sa poche son étui à cigarettes en or gravé à ses armes, en prit une, la tapota sur la brillante surface avant de la mettre entre ses lèvres, de l’allumer et d’en tirer une lente bouffée. Le tout sans que son regard Racé eût quitté son adversaire qu’il considérait Bec un demi-sourire insolent comme s’il examinait une bête curieuse.

– Vos prétendues traditions familiales n’empêchent pas que vous ne soyez qu’un commerçant ! Tout ce que vous savez faire, c’est payer : pour une femme... pour un objet. Même pour conjurer la mort ! Croyez-vous que l’on puisse chiffrer la vie d’une mère ? ... On dirait que la chance est avec sous en ce moment, mais il se pourrait qu’elle tourne !

– Si vous espérez me mettre en colère, vous perdez votre temps. Quant à ma chance, ne vous tourmentez pas pour elle : j’ai les moyens de la faire tenir bon !

– Encore l’argent ? Vous êtes incorrigible mais retenez ceci : la pierre que vous venez d’acquérir par des moyens si discutables et en laquelle vous voyez un talisman a été la cause de trop de drames pour qu’elle puisse porter bonheur. Souvenez-vous de mes paroles quand le vôtre s’écroulera ! Serviteur, sir Eric !

Et, sans vouloir en entendre davantage, Morosini se dirigea vers la porte du cabinet de travail, en sortit et redescendit dans le vestibule où il reprit des mains de deux valets son chapeau, sa canne et ses gants. Mais, quand il voulut enfiler ceux-ci, il sentit qu’il y avait quelque chose dans le gant de la main gauche et, sans sourciller, renonça à le mettre et le fourra dans sa poche. Ce fut une fois rentré chez Mme de Sommières qu’il en entreprit l’exploration et ramena au jour un petit rouleau de papier où quelques mots étaient écrits d’une main un peu tremblante :

« Je compte aller prendre le thé demain, vers cinq heures, au Jardin d’Acclimation. Nous pourrions nous y retrouver mais ne m’abordez que lorsque je serai seule. Il faut que je vous parle. »

Aucune signature mais ce n’était pas nécessaire.

Une soudaine bouffée d’allégresse envahit Aldo et lui restitua sa bonne humeur. Décidément, Anielka affectionnait les jardins ! Après Wilanow, ceux du bois de Boulogne, mais lui eût-elle donné rendez-vous dans les égouts ou les catacombes que l’heureux destinataire du billet les eût parés de toutes les grâces du Paradis. Il allait la voir, il allait lui parler et, du coup, se sentait l’âme de Fortunio !

Pour meubler le temps qui menaçait d’être long, il alla chez le concierge passer un coup de téléphone à son ami Gilles Vauxbrun. Rentré de son expédition tourangelle, celui-ci riposta en l’invitant à dîner le soir même : on irait chez Cubat, un ancien chef de cuisine du tsar nouvellement installé aux Champs-Elysées dans ce qui avait été l’hôtel de la Païva[viii].

On y mange bien, précisa Vauxbrun, et surtout on y mange tranquille, ce qui n’est pas le cas partout. On se retrouve là-bas à huit heures.

Les deux amis cultivant le même respect de l’exactitude, ils s’apprêtaient à franchir ensemble les portes du restaurant quand la pétarade d’une voiture coupa court à leurs retrouvailles : le long du trottoir venait de s’arrêter un petit roadster Amilcar rouge vif dont Morosini reconnut les occupants avec une certaine surprise : la tignasse blonde de Vidal-Pellicorne qui conduisait y voisinait avec celle, beaucoup plus ordonnée, du jeune Sigismond Solmanski.

– Tu connais cet archéologue cinglé ? fit l’antiquaire à qui l’étonnement de son ami n’avait pas échappé.

– Je l’ai rencontré une fois ou deux. Tu dis qu’il est fou ?

– Dès qu’il s’agit d’égyptologie, il délire. La seule fois où je me suis laissé aller à exposer une paire de vases canopes, il a envahi mon magasin pour me régaler d’une conférence magistrale sur la XVIIIe dynastie. Jamais plus je ne toucherai au mobilier funéraire égyptien par peur de le voir revenir ! Allons dîner, avec un peu de chance, il ne vous verra pas !...

S’il espérait échapper à l’œil investigateur d’Adalbert, Gilles Vauxbrun se trompait : le cheveu rare, le nez important, l’œil impérieux et la paupière lourde, il ressemblait à Jules César ou à Louis XI selon l’éclairage. Cette tête caractéristique portée sur un grand corps douillettement capitonné mais toujours vêtu avec une parfaite élégance et la boutonnière fleurie faisait qu’il ne passait pas inaperçu. Son compagnon étant tout aussi remarquable dans un autre genre, les têtes se tournèrent vers eux quand ils pénétrèrent dans le restaurant dont le maître d’hôtel s’empressait, et plusieurs mains se levèrent pour saluer Vauxbrun. On dut même s’arrêter à une table où une très jolie femme tendait une petite main chargée de perles en exigeant de l’antiquaire la présentation de Morosini. Le résultat fut qu’en prenant enfin place à leur table, les deux hommes s’aperçurent qu’Adalbert et Sigimond étaient leurs voisins immédiats : il fallut bien se saluer mais, grâce à Dieu, on s’en tint là et le dîner se déroula agréablement pour les deux amis, jusqu’au dessert.

Pourtant, Aldo ne put s’empêcher de remarquer l’intérêt que le jeune Solmanski lui portait. Il ne cessait de regarder vers lui, souriait aussi de temps en temps d’un air entendu qui avait le don de l’agacer et même de l’inquiéter un peu, car il était évident que le garçon buvait trop. Tout aussi évident d’ailleurs qu’Adalbert ne se sentait pas au mieux. Il pressa le repas dans l’intention d’en avoir fini avant les autres et parvint sans trop de peine au résultat cherché. Aldo le vit se lever, prendre son compagnon par le bras pour l’entraîner vers la sortie mais, d’un geste brusque, Sigismond se dégagea, effectua une légère embardée et vint se planter devant l’objectif qu’il semblait s’être fixé malgré les efforts de son compagnon pour l’entraîner. En dépit du côté idiot propre aux pochards, le sourire qu’il arborait n’en était pas moins menaçant :

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