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L'Année du soleil calme

Электронная книга - «L'Année du soleil calme». Краткое содержание книги:

Oui, il existe bien dans l’Amérique d’aujourd’hui une machine à explorer le temps. En l’utilisant, il serait commode de vérifier les prévisions des futurologues, d’aller voir, sur place en quelque sorte, si les programmes qu’ils ont savamment mis au point se sont réalisés. Une chimère, un simple rêve des spécialistes de la prospective ? Ou plutôt un long voyage au bout du cauchemar ?
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Une fois de plus il parcourut lentement la gamme.

— C’est tout de même bizarre de n’entendre nulle part les dix grands succès du disque.

Saltus passa aux longueurs d’onde réservées aux civils et se mit en devoir de capter leurs émissions.

— Rien non plus sur les bandes des quarante et quatre-vingts mètres. Tout le monde se tait. Qu’est-ce qui peut leur flanquer pareille trouille ?

Il revint à une fréquence militaire et poussa le gain au maximum, mais n’entendit qu’un souffle. Il fut irrité par ce manque de communications.

Il pressa la touche émission pour tenter de contacter le camp d’entraînement de la marine situé au nord de Chicago.

— Allô, la marine. Répondez, la marine, vous me connaissez. J’ai servi de caddie à l’Amiral à Shoreacres. Saltus appelle la marine. À vous, parlez.

Il se présenta ainsi deux ou trois fois sur différentes fréquences. Dans un bruit de friture, la radio lança un ordre soudain : « Tais-toi, espèce d’abruti. Tu vas te faire repérer. »

Saltus en fut si surpris qu’il éteignit la radio. Il dit à l’adresse du magnétophone :

— Vous avez entendu, Chaney ? Il y a quelqu’un là-bas. C’est tout juste si on peut l’entendre – courant faible ou distance excessive, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a quelqu’un là-bas. Absolument terrorisé. Les ramjets doivent les harceler sans répit.

Il se tut un moment pour réfléchir à cette question.

— Katrina, essayez de trouver ce que c’est qu’un ramjet. Nos amis chinois ne sont pas ici, c’est impossible ; ils n’ont pas les transports nécessaires, et, s’ils les avaient, ils ne pourraient pas traverser le Pacifique, qui est infesté de mines. Et ça, civil, garde-le pour toi – c’est ultra-secret.

Arthur Saltus s’équipa pour l’objectif, sans cesser de surveiller la porte.

Il prit un anorak de peau et s’en rabattit le capuchon sur la tête ; il ôta les souliers légers qu’il avait portés l’été de son départ et trouva des chaussures de marche de la bonne pointure. Il fourra des moufles dans une poche, se mit une gourde d’eau en bandoulière et un sac de vivres sur le dos. Il choisit un fusil, le chargea, vida deux boîtes de cartouches dans ses poches. La carte n’offrait guère d’intérêt ; il connaissait la route de Joliet, car il y était allé tout juste le jeudi précédent pour élucider une question qui intéressait le Président. Le Président l’avait remercié. Il chargea un appareil photo et trouva une place dans ses poches pour loger une provision de films de nylon.

Saltus décida de n’emporter ni radio, ni magnétophone, pour s’éviter tout embarras supplémentaire ; il lui faudrait déjà se donner bien assez de mal sans ça, et tout indiquait clairement l’échec complet de l’enquête. Chicago était perdue, inaccessible, et Joliet pourrait bien poser des problèmes. Mais ce qu’il pouvait faire, et ce serait déjà quelque chose, c’était de rapporter le message de William, d’assurer son retour à la base de départ. Il fit une dernière inspection minutieuse de l’abri, mais sans rien y trouver qui lui parût utile. Il éteignit les lumières.

Saltus but une bonne gorgée de son whisky, dont le niveau baissait sérieusement, et quitta l’abri. Le couloir était silencieux et si poussiéreux qu’il crut y voir s’imprimer les traces de ses pas.

Il rapporta le magnétophone, avec son câble pendant, à la salle des opérations, où le véhicule attendait dans son réservoir d’eau hyperbare. Il chercha vainement dans la pièce une prise de courant ; même l’horloge et le calendrier étaient alimentés par un conduit invisible à travers le mur où ils étaient encastrés.

— Merde ! dit Saltus, pivotant pour défier du regard les caméras de contrôle. Pourquoi faut-il que vous fassiez tout de travers, bandes de zigotos. Même votre gyroscope à protons de mercure, c’est… c’est du chîg.

Il sortit de la salle à grands pas, suivit le couloir poussiéreux jusqu’à la porte du laboratoire, et lui asséna un coup de pied retentissant pour faire connaître son exaspération. Pour les secouer un peu, ces ingénieurs.

Il resta bouche bée en voyant la porte s’ouvrir sous le choc. Personne n’était là pour la lui claquer au nez. Saltus s’approcha tout doucement et risqua un œil à l’intérieur du laboratoire. Personne n’était là pour le repousser. Le labo était vide. Il y pénétra, regardant autour de lui avec des yeux ronds ; c’était la première fois qu’il voyait le côté technique du projet d’Elwood, et il n’en fut que médiocrement impressionné.

Là aussi les lampes grillées n’avaient pas été remplacées. Trois écrans de contrôle s’alignaient sur un meuble placé contre le mur à sa gauche. L’un était éteint mais les deux autres donnaient une image floue et peu satisfaisante de la salle qu’il venait de quitter. Le véhicule n’était reconnaissable que par sa forme et le réservoir qui lui servait de support. Les deux images étaient de mauvaise qualité, comme si les tubes étaient usés. Il se tourna lentement sur la pointe des pieds et examina la pièce, mais sans y déceler aucun signe d’occupation récente. Les instruments et le matériel étaient là – fonctionnant toujours – mais le personnel du labo avait disparu, ne laissant que poussière et empreintes sur la poussière. Un voyant jaune sur un panneau d’ordinateur semblait le fixer et lui reprocher son intrusion.

Saltus posa le magnétophone, le brancha sur une prise et dit, sans préambule :

— Chaney, la chambre au trésor est vide, abandonnée. Les ingénieurs sont partis. Ne me demandez pas où ni pourquoi ; ils n’ont laissé ni message, ni aucun indice. Je suis maintenant dans le labo, et j’y suis seul avec les souris. La porte était ouverte, comme qui dirait, et j’y suis entré tout tranquillement.

Il but une petite gorgée de whisky, cette fois-ci sans se donner le mal d’exclure cet épisode de l’enregistrement.

— Je vais franchir le parapet pour aller à la recherche de William. Attendez-moi, Katrina, ravissante enfant ! Joyeux anniversaire, les amis.

Saltus débrancha le magnétophone, enroula le câble autour de l’appareil, et le ramena à la salle des opérations, où il le laissa tomber dans le TDV. Pour compenser l’augmentation de poids, il détacha le lourd appareil photo logé dans une cloche à l’avant du véhicule et le jeta par-dessus bord après avoir récupéré le magasin du film. Il espérait que l’agent de liaison de Washington allait pleurer cette perte. Saltus ferma l’écoutille d’un coup sec et quitta la salle.

À l’extrémité du couloir, quelques marches menaient à la « porte des opérations ». Le panneau interdisant le port d’armes à feu au-delà de la porte était barbouillé de peinture noire du premier au dernier mot, ce qui oblitérait à moitié l’inscription et la frappait de nullité.

Saltus consulta sa montre et introduisit les clefs dans leurs serrures. Une sonnette retentit derrière lui lorsqu’il poussa la porte. Il faisait un temps éclatant de neige et de soleil.

Il était midi moins cinq. Son anniversaire ne faisait que commencer.

Une automobile l’attendait au parking.

XIV

Arthur Saltus sortit prudemment. Le centre d’Elwood paraissait abandonné sous son manteau de neige ; rien, à perte de vue, ne bougeait dans aucune rue.

Il regarda de nouveau l’automobile en stationnement.

C’était une petite voiture rappelant la coccinelle allemande, vert olivâtre, mais il vit finalement que c’était une marque américaine d’après le nom gravé sur chaque chapeau de roue. Elle n’avait pas bougé de là depuis le début de l’enneigement, car aucune trace n’indiquait qu’elle eût effectué depuis lors un mouvement quelconque. Une mince couche de neige recouvrait le capot et le toit du véhicule, et une vitre de portière était baissée juste assez pour laisser une fente par laquelle s’infiltrait l’humidité.

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