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L'Année du soleil calme

Электронная книга - «L'Année du soleil calme». Краткое содержание книги:

Oui, il existe bien dans l’Amérique d’aujourd’hui une machine à explorer le temps. En l’utilisant, il serait commode de vérifier les prévisions des futurologues, d’aller voir, sur place en quelque sorte, si les programmes qu’ils ont savamment mis au point se sont réalisés. Une chimère, un simple rêve des spécialistes de la prospective ? Ou plutôt un long voyage au bout du cauchemar ?
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Il aperçut une lampe à essence à ses pieds et la saisit pour voir si elle était chaude : non, mais il constata, en la secouant, qu’il restait du combustible dans le réservoir. De nombreux cartons de vivres avaient été ouverts et vidés de leur contenu, puis entassés en désordre contre le mur à proximité de la porte. Remarquant quelques récipients d’eau à cet endroit, Saltus empoigna le plus proche pour le secouer, voir s’il contenait de quoi boire ; il était vide. Il but encore une bonne lampée de whisky et parcourut la pièce pour faire une inspection plus détaillée des réserves. Elles n’étaient pas dans le même ordre impeccable que lors de sa dernière visite.

Un sac plombé avait été éventré : il contenait des vêtements d’hiver, manteaux chauds et anoraks de peau. Impossible de dire combien d’entre eux avaient été soustraits du sac.

Une paire de chaussures – non, deux ou trois paires – avaient disparu d’une étagère où s’alignaient plusieurs paires semblables. Un paquet de moufles fourrées paraissait avoir été dérangé sans qu’on pût dire combien de paires manquaient. Quelqu’un avait visité le magasin pendant l’hiver. Ce quelqu’un ne devait pas être le commandant, puisque son arrivée avait été prévue pour le 4 juillet – à moins que le gyroscope n’ait déraillé et ne l’ait fourvoyé de six mois. Saltus revint aux cartons de vivres et aux bidons d’eau : les vivres qui manquaient n’auraient pu assurer la subsistance d’un gaillard comme William pendant les seize derniers mois – à moins qu’il n’ait passé la plus grande partie du temps au-dehors et vécu sur le terrain. À l’extrême rigueur il aurait pu tenir un hiver avec ce qu’il avait pris dans l’abri et du gibier tué au-dehors. Mais ce n’était guère une hypothèse plausible.

Faisant le tour de la pièce, Saltus atteignit l’établi. Il était jonché de déchets, au milieu desquels il vit trois cartons jaunes qui ne s’y trouvaient pas lors de sa précédente visite. Le premier était vide ; il prit le suivant, tira d’un coup sec sur la languette qui en libérait le couvercle et y découvrit un gilet pare-balles fait d’une texture de nylon qui lui était inconnue. Il n’hésita pas. Ce vêtement paraissait peu solide et d’une efficacité douteuse, mais comme Katrina agissait toujours en connaissance de cause, il passa le gilet protecteur sous son veston civil. Il but une gorgée de whisky et considéra le fatras encombrant l’établi. William n’était pas homme à laisser les choses en désordre – en tout cas pas dans un tel désordre, dont une partie seulement devait être son œuvre.

Un magnétophone et une seconde lampe à essence figuraient dans le fouillis. Puis il découvrit des boîtes vides de cartouches, la boîte ayant contenu la cassette se trouvant dans l’appareil, une carte dépliée, et les insignes que le commandant avait arrachés de son uniforme. Saltus crut en comprendre la raison. Il tâta la lampe : elle était froide, et pourtant son réservoir était plein. Il se pencha sur l’établi pour examiner le magnétophone. La longueur de bande utilisée ne représentait que quelques minutes d’écoute.

Saltus appuya sur le bouton « enregistrement », prononça le mot « Repère » et rebobina toute la bande.

Le temps d’appuyer sur le bouton « écoute », et voici ce qu’il entendit :

— Ici Moresby. 4 juillet 1999. Heure d’arrivée 10 h 05 d’après ma montre, 4 h 10 d’après l’horloge. Décalage de six heures et cinq minutes. Poussière partout ; il manque l’escabeau dans la salle des opérations ; abri inoccupé et provisions intactes, mais l’eau est éventée. Je m’équipe pour l’objectif.

Brève période de bruits variés.

Arthur Saltus en profita pour boire une fois de plus. Il considéra de nouveau les insignes militaires abandonnés par William.

Voix : … contournons l’angle nord-ouest vers le sud… dans votre direction. Force approximative du commando : douze à quinze hommes. Surveillez-les, caporal, ils transportent des mortiers. À vous, parlez.

Le bruit de la canonnade grondait en fond sonore.

Voix : Roger. Il y a une brèche dans l’enceinte au nord-ouest… un salopard a essayé d’y faire entrer un camion. Il est encore en flammes, j’espère que ce sera une leçon pour eux. À vous, parlez.

Voix : Il faut les contenir à tout prix, caporal. Je ne peux pas vous envoyer de renforts… nous sommes ici dans une situation critique. Terminé.

Le poste se tut, et avec lui le bruit de la bataille.

Arthur Saltus fixa l’appareil avec consternation. Il commençait à soupçonner ce qui s’était produit. Il écouta les menus bruits faits par Moresby, faciles à identifier : les boîtes vidées de leurs cartouches sur l’établi, un froissement de papier lorsque le commandant avait déplié sa carte.

Voix : Aigle Un ! Les bandits nous ont touchés… coup au but à l’angle nord-ouest. J’en ai compté douze, disséminés sur la pente en dessous de l’enceinte. Ils en ont deux – bon Dieu ! – deux mortiers, et ils les remorquent avec eux. À vous.

La voix stridente et criarde était ponctuée du bruit sourd des mortiers.

Voix : Ont-ils franchi le grillage ? À vous, parlez.

Voix : Négatif, négatif. Le camion en flammes les arrête. Je crois qu’ils vont tenter autre chose – ouvrir une brèche à coups de mortier s’ils y arrivent. À vous.

Voix : Il faut tenir, tenir coûte que coûte, caporal. Ce n’est qu’une diversion ; c’est ici, contre nous, qu’ils ont lancé l’attaque principale. Terminé.

Une voix : Mais bon sang, mon lieutenant…

L’interruption fut de courte durée.

Voix : Moresby, Deuxième Bureau de l’Aviation, appelle Chicago ou secteur de Chicago. Répondez, Chicago.

Arthur Saltus écouta Moresby, ses efforts pour établir une liaison radio avec le monde extérieur, son dialogue avec le sergent Nash, qui occupait une position quelque part à l’ouest de Chicago. Il eut un sursaut et un hoquet de surprise lorsqu’il entendit résumer la situation à Chicago – ce fut pour lui comme un coup au ventre – et il eut peine à croire ce que lui révéla la suite de l’enregistrement. La mention de la Basse Californie indiquait clairement que les messages sur ondes courtes étaient dirigés vers l’Orient : c’était là que se trouvaient les Harrys, c’est de là qu’ils avaient été lancés. Les Chinois avaient ainsi vengé la perte de leurs deux centres ferroviaires. Seize mois après l’explosion, le lac de Michigan et ses environs devaient être aussi radioactifs que la région agricole entourant Yungning. Représailles chinoises.

Mais qui avait fait lancer le Harry ? Qui étaient les bandits ? Que pouvaient bien être les ramjets ? Des avions ?

Voix : L’état-major de la Cinquième Armée occupe une position nouvelle à l’ouest du Centre d’entraînement de la marine, mais vous traverserez nos lignes bien avant d’y parvenir. Repérez les sentinelles. Prenez vos précautions, mon commandant. Gardez-vous des ramjets entre votre position et la nôtre. Ils sont puissamment armés. À vous.

Moresby remercia son interlocuteur et coupa la communication radio, ce que le magnétophone restitua par un bruit sec. Puis, très vite, la reproduction s’arrêta : Moresby avait stoppé l’appareil. Arthur Saltus laissa défiler la bande ; il espérait entendre quelque post-scriptum de William après l’accomplissement de sa mission, ne fût-ce que pour signaler son retour. La bande défilait sans rien reproduire, jusqu’au moment où Saltus fut surpris par le son de sa propre voix prononçant le mot « Repère ».

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