L'Année du soleil calme
- Автор: Такер Уилсон
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- Переводчик: Jean Bailhache
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'Année du soleil calme». Краткое содержание книги:
À quatre pattes, Moresby traversa l’espace exposé qui les séparait et sauta dans le creux.
L’homme qui s’y trouvait portait des galons de caporal sur son bras unique et étreignait un câble auquel avait été attachée une radio dont il ne restait rien. Il ne bougea pas lorsque Moresby se laissa tomber près de lui pour se terrer dans cette fosse sanglante. Le caporal fixait d’un regard sans espoir l’endroit où Moresby avait fait le coup de feu, la colonne bouillonnante d’épaisse fumée montant du camion, le ciel rose de l’aurore. Il ne pouvait tourner la tête. Moresby rejeta son sac de vivres inutile et inclina son bidon d’eau entre les lèvres du caporal. Une faible partie de l’eau lui entra dans la bouche ; tout le reste lui coula sur le menton et eût été perdu si Moresby ne l’avait recueilli dans sa main pour en frotter les lèvres du blessé. Il essaya d’en introduire encore dans sa bouche.
Le caporal remuait la tête faiblement en un geste négatif, et Moresby n’insista plus, comprenant que le liquide l’étouffait. Il jugea préférable d’en verser dans sa paume pour en baigner le visage du caporal, abaissant ses larges paupières d’un geste caressant des doigts. Ainsi fut intercepté le douloureux éclat du ciel.
Le vent mugissant balayait la pente, le champ labouré, les terres s’étendant jusqu’au bord du lac.
Moresby se souleva pour étudier le terrain en direction des ramjets. Il vit un pied imprudent exposé derrière une souche. Avec calme, se gardant d’une hâte qui aurait nui à la précision de son tir, il épaula le fusil et plaça une balle dans la cheville de l’ennemi. Il entendit un hurlement de douleur et une imprécation. Le pied disparut. De nouveau Moresby considéra les chaussures et le casque gisant près du trou d’obus. Il décida de s’en aller – il sentait qu’il le fallait absolument pour éviter d’être touché par le mortier.
Une fois de plus, il tira sur les souches pour neutraliser son tireur, puis bondit vers la brèche où gisaient les corps des deux assaillants. Il s’aplatit sur le ventre, lâcha une nouvelle salve, puis s’élança à quatre pattes vers le corps le plus proche et se blottit derrière lui pour s’en faire un bouclier contre un éventuel tir du servant du mortier. Le vent s’engouffrait dans la brèche.
Moresby tira sur la chemise du bandit et en arracha le brassard pour l’examiner de près.
C’était une simple bande de coton jaune découpée dans une pièce de tissu d’emballage, avec une croix noire grossièrement tracée à l’encre de Chine. Ni inscription, ni slogan, ni aucun indice permettant de déterminer sous quelle bannière ces hommes combattaient. Une croix noire sur fond jaune. Moresby se creusait la cervelle pour essayer de trouver dans ses souvenirs une explication de ce symbole, le situer dans un cadre familier du monde civil. Il devait bien pouvoir s’y insérer. Avec son esprit méthodique, le commandant retournait dans tous les sens ce terme nouveau : ramjet.
Rien. Ni le symbole, ni le nom n’étaient connus avant le lancement du TDV, avant 1978.
Il roula le cadavre déjà raide pour le mettre sur le dos et voir le visage, et il éprouva un choc désagréable. C’était le visage d’un Noir, ensanglanté et encore tordu par les affres de la mort. Deux ou plusieurs balles l’avaient éventré, une autre lui avait coupé la gorge, arrosant sa face de sang ; la mort n’avait pas été instantanée. Il avait succombé en hurlant de douleur aux côtés d’un camarade, alors qu’ils tentaient vainement d’ouvrir une brèche dans la palissade, et de tourner les défenseurs en gravissant la pente.
Le commandant Moresby était depuis longtemps habitué à voir des hommes mourir au combat ; ce qui le bouleversait, ce n’était pas la façon dont celui-ci était mort. Mais l’examen attentif de son ennemi le secoua comme jamais il ne l’avait été. Il comprit soudain la signification de la croix noire grossièrement tracée sur fond jaune, bien qu’il ne l’eût encore jamais vue jusqu’à ce jour. Cet affrontement était le résultat d’une insurrection civile, d’une rébellion organisée.
Les ramjets étaient des francs-tireurs noirs.
Le mortier éructa et le commandant Moresby se terra derrière le corps. Il attendit impatiemment la retombée du projectile quelque part derrière lui, plus haut sur la pente, pour pouvoir ensuite, bon Dieu, faire taire une bonne fois ce mortier.
Il était 6 h 20 du matin, le 4 juillet 1999. Le soleil levant embrasait l’horizon.
Un ramjet à la cheville fracassée quitta son mortier et risqua un œil prudent par-dessus une souche pour scruter le point d’impact : il constata qu’il était vainqueur.
Lieutenant de vaisseau Arthur Saltus
23 novembre 2000