L'Année du soleil calme
- Автор: Такер Уилсон
- Год: 1973
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- Переводчик: Jean Bailhache
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'Année du soleil calme». Краткое содержание книги:
Il était insatisfait. Il laissa défiler toute la cassette, mais rien de plus n’y était enregistré. Moresby n’avait pas regagné l’abri. Pourtant Saltus savait qu’il ne pouvait être question pour lui d’essayer de gagner l’état-major de la Cinquième Armée alors qu’il lui était interdit de passer plus de cinquante heures sur l’objectif et qu’une bataille se livrait à proximité de l’abri. Il avait pu tenter d’atteindre Joliet si c’était faisable sans prendre de risque inutile, mais certainement pas pénétrer profondément en territoire ennemi avec ce délai impératif à respecter. Il était parti ; il n’était pas revenu.
Pourtant Saltus éprouvait un vague malaise. Il y avait là quelque chose qui clochait, et il fixa longuement le magnétophone en un effort pour déceler l’anomalie qu’il pressentait. Quel était ce petit détail qui offensait la logique ? Qu’est-ce qui ne collait pas ? Saltus rebobina entièrement la bande pour l’écouter une deuxième fois. Et pour être plus attentif il déposa sa bouteille d’anniversaire.
Une fois l’écoute terminée, son sentiment d’une anomalie devint une certitude. Il y avait un vice quelque part dans cet enregistrement. Mais où ? C’était irritant.
Troisième écoute. Penché sur l’appareil, Saltus se concentra.
Dans l’ordre chronologique :
William fait son compte rendu ; deux voix, celles d’hommes se tourmentant à propos des bandits, de leurs mortiers tirant sur l’angle nord-ouest de l’enceinte, du combat se déroulant à la grille principale ; William, de nouveau ; il appelle Chicago ; le sergent Nash lui répond ; il le renseigne sur la situation de Chicago et l’invite à le rejoindre au nouvel emplacement de l’état-major. Un mot d’adieu de William, et le bruit sec qu’il produit en arrêtant la radio ; au bout d’un moment la bande elle-même devient silencieuse lorsque William met le magnétophone à l’arrêt avant de quitter l’abri.
Voilà ce qui ne collait pas.
La bande était vierge à partir du moment où le magnétophone avait été arrêté. Plus rien ensuite, aucun bruit d’activité autour de l’établi, aucun message final, rien qui indiquât que William eût jamais remis la main sur l’appareil. Il avait éteint la radio, puis le magnétophone, l’un après l’autre, et quitté la pièce. Le défilement de la bande aurait dû s’arrêter là. Ce n’était pas le cas. Saltus regarda sa montre, lorgnant l’aiguille des secondes. Il fit défiler la bande une fois de plus depuis le moment où William avait arrêté l’appareil jusqu’à celui où Saltus lui-même l’avait remis en marche et prononcé le mot « Repère ».
Le temps écoulé était d’une minute et quarante-quatre secondes. Quelqu’un avait fait marcher l’appareil après William. Quelqu’un d’autre avait ouvert l’abri, pillé le magasin, revêtu des vêtements d’hiver, écouté l’enregistrement. Ce quelqu’un avait laissé défiler la bande une minute quarante-quatre secondes avant d’arrêter le magnétophone et de s’en aller. Peut-être était-il revenu dans l’abri, mais pas William.
Arthur Saltus sentit que c’était là un avertissement formel. Il ferma la porte du couloir et actionna un interrupteur pour que l’abri reste éclairé. Il fit choix d’un pistolet d’ordonnance, et boucla le ceinturon autour de sa taille.
Le temps de prendre encore une bonne lampée de whisky, et il rebobina la bande jusqu’au mot « Repère ». Il enregistra :
— Ici Saltus, qui signe à l’arrivée. C’était là mon repère, et c’est aujourd’hui le jour de mon anniversaire, le 23 novembre d’une année qui porte ce joli chiffre rond : 2000. J’ai cinquante ans mais n’en parais pas plus de vingt-cinq – grâce à une vie saine. Bonjour, Katrina. Bonjour, Chaney. Et bonjour à vous, M. Gilbert Seabrooke. Est-ce que ce petit bonhomme envoyé par Washington est toujours en train de fourrer son nez dans vos affaires ?
« Je suis arrivé à 10 h 55 ou 11 h 02, plus douze heures, peut-être ; ça dépend du cadran sur lequel on lit l’heure. Je dis plus douze heures, peut-être, parce que je ne sais pas encore si c’est le jour ou la nuit – je n’ai pas mis le nez dehors pour mesurer le vent. Je ne crois plus du tout aux ingénieurs ni aux protons de mercure, mais qu’ils n’aillent pas essayer de me priver de mon anniversaire, car je veux en jouir pleinement. Lorsque je sortirai par cette porte je veux voir un soleil éclatant sur le gazon – le soleil du matin. Je veux que les oiseaux chantent, que les lapins lapinent et que ça saute.
« Katrina, c’est un vrai taudis, ici. On fait mieux dans n’importe quel rafiot. De la poussière par terre et sur les meubles, des lampes grillées, des cartons vides partout – un beau gâchis. Des intrus sont entrés ici comme dans un moulin, ont fait main basse sur les vêtements et les provisions. Quelqu’un a dû se procurer la clef.
« Tout ce que vous avez entendu avant mon repère, c’était le rapport de William. Il n’est pas revenu le compléter, et il n’est certainement pas allé à Chicago ni aux abords de cette ville – vous pouvez m’en croire. Il est dehors, ajouta Saltus en abandonnant le ton goguenard.
Arthur Saltus entreprit de décrire sans fioritures ce qu’il avait vu dans l’abri. Il pointa les articles qui manquaient, le nombre de cartons vides entassés en désordre au pied du mur, celui des bidons d’eau vidés de leur contenu, mentionna les deux lampes à essence à peine utilisées – William avait peut-être essayé celle qu’il avait trouvée sur l’établi – il signala les déchets sur le plancher, les insignes, et le fait qu’un intrus avait fait fonctionner le magnétophone après William. Il invitait ceux qui l’écouteraient à faire le même test que lui sur cette partie de l’enregistrement, et à donner de l’anomalie constatée une meilleure explication que la sienne si celle-ci n’avait pas l’heur de les satisfaire. Il ajouta :
— Et quand vous viendrez ici, civil, faites une deuxième vérification des provisions ; comptez les cartons et bidons vides pour voir si notre visiteur est revenu. Et puis, dites… armez-vous, M’sieur. Je ne sais pas si vous aurez à tirer, mais dans ce cas, si j’ai un conseil à vous donner, c’est de tirer juste. Montrez que tout n’est pas perdu de ce que nous vous avons appris.
Saltus arrêta l’appareil pour éviter qu’on ne l’entende boire sur l’enregistrement – si difficilement identifiable que pût être ce bruit – puis le remit en marche.
— Je vais franchir le parapet pour chercher William. Je vais essayer de le filer. Dieu sait ce que je vais trouver après seize mois, mais je vais essayer. De deux choses l’une, à mon avis : ou bien il s’est dirigé vers Joliet pour se renseigner sur l’affaire de Chicago, ou bien il s’est lancé dans la bagarre s’il en a eu l’occasion.
« Et si la bagarre avait lieu ici – dans le Centre – je pense qu’il a dû courir vers l’angle nord-ouest pour aider le caporal, qu’il s’est jeté dans la mêlée, que c’était plus fort que lui… Je vais aller voir dans ce coin, mais si je n’y trouve rien je foncerai sur Joliet. Je suis maintenant dans le même pétrin que ce vieux William – moi aussi, je veux savoir ce qui s’est passé à Chicago.
Il fixa gravement sa bouteille pour mesurer l’espace vide et ajouta :
— Katrina, votre enquête en prend un sacré coup. Tout ce travail pour rien !
Saltus se tut mais laissa l’appareil en marche. Il brancha une radio sur une prise et sur l’antenne extérieure. Après avoir cherché à capter un poste, il enregistra au magnétophone :
— Rien sur les ondes. Rien du tout sur les bandes militaires.