Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
«Cependant les eunuques et les officiers accoururent aux cris du sultan, qu’ils n’eurent pas peu de peine à faire revenir de sa faiblesse. Ce prince et moi n’eûmes pas besoin de leur faire un long récit de cette aventure pour les persuader de la douleur que nous en avions: les deux monceaux de cendres en quoi la princesse et le génie avaient été réduits la leur firent assez concevoir. Comme le sultan pouvait à peine se soutenir, il fut obligé de s’appuyer sur eux pour gagner son appartement.
«Dès que le bruit d’un événement si tragique se fut répandu dans le palais et dans la ville, tout le monde plaignit le malheur de la princesse Dame de beauté et prit part à l’affliction du sultan. On mena grand deuil durant sept jours; on fit beaucoup de cérémonies; on jeta au vent les cendres du génie; on recueillit celles de la princesse dans un vase précieux, pour y être conservées, et ce vase fut déposé dans un superbe mausolée que l’on bâtit au même endroit où les cendres avaient été recueillies.
«Le chagrin que conçut le sultan de la perte de sa fille lui causa une maladie qui l’obligea de garder le lit un mois entier. Il n’avait pas encore entièrement recouvré sa santé, qu’il me fit appeler: «Prince, me dit-il, écoutez l’ordre que j’ai à vous donner: il y va de votre vie si vous ne l’exécutez.» Je l’assurai que j’obéirais exactement. Après quoi, reprenant la parole:» J’avais toujours vécu, poursuivit-il, dans une parfaite félicité, et jamais aucun accident ne l’avait traversée; votre arrivée a fait évanouir le bonheur dont je jouissais: ma fille est morte, son gouverneur n’est plus, et ce n’est que par un miracle que je suis en vie. Vous êtes donc la cause de tous ces malheurs, dont il n’est pas possible que je puisse me consoler. C’est pourquoi retirez-vous en paix, mais retirez-vous incessamment; je périrais moi-même si vous demeuriez ici davantage, car je suis persuadé que votre présence porte malheur: c’est tout ce que j’avais à vous dire. Partez, et prenez garde de paraître jamais dans mes états: aucune considération ne m’empêcherait de vous en faire repentir.» Je voulus parler; mais il me ferma la bouche par des paroles remplies de colère, et je fus obligé de m’éloigner de son palais.
«Rebuté, chassé, abandonné de tout le monde, et ne sachant ce que je deviendrais, avant que de sortir de la ville j’entrai dans un bain, je me fis raser la barbe et les sourcils, et pris l’habit de calender. Je me mis en chemin en pleurant moins ma misère que la mort des belles princesses que j’avais causée. Je traversai plusieurs pays sans me faire connaître; enfin je résolus de venir à Bagdad, dans l’espérance de me faire présenter au commandeur des croyants et d’exciter sa compassion par le récit d’une histoire si étrange. J’y suis arrivé ce soir, et la première personne que j’ai rencontrée en arrivant, c’est le calender notre frère qui vient de parler avant moi. Vous savez le reste, madame, et pourquoi j’ai l’honneur de me trouver dans votre hôtel.»
Quand le second calender eut achevé son histoire, Zobéide, à qui il avait adressé la parole, lui dit: «Voilà qui est bien; allez, retirez-vous où il vous plaira, je vous en donne la permission.» Mais, au lieu de sortir, il supplia aussi la dame de lui faire la même grâce qu’au premier calender, auprès de qui il alla prendre place… Mais, sire, dit Scheherazade en achevant ces derniers mots, il est jour, et il ne m’est pas permis de continuer. J’ose assurer néanmoins que quelque agréable que soit l’histoire du second calender, celle du troisième n’est pas moins belle: que votre majesté se consulte; qu’elle voie si elle veut avoir la patience de l’entendre. Le sultan, curieux de savoir si elle était aussi merveilleuse que la dernière, se leva résolu de prolonger encore la vie de Scheherazade, quoique le délai qu’il avait accordé fût fini depuis plusieurs jours.
LIII NUIT.
Sur la fin de la nuit suivante, Dinarzade adressa ces paroles à la sultane: Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie, en attendant le jour, qui paraîtra bientôt, de me raconter quelqu’un de ces beaux contes que vous savez. – Je voudrais bien, dit alors Schahriar, entendre l’histoire du troisième calender. – Sire, répondit Scheherazade, vous allez être obéi. Le troisième calender, ajouta-t-elle, voyant que c’était à lui à parler, s’adressant comme les autres à Zobéide, commença son histoire de cette manière:
HISTOIRE DU TROISIÈME CALENDER, FILS DE ROI.
«Très-honorable dame, ce que j’ai à vous raconter est bien différent de ce que vous venez d’entendre. Les deux princes qui ont parlé avant moi ont perdu chacun un œil par un pur effet de leur destinée, et moi je n’ai perdu le mien que par ma faute, qu’en prévenant moi-même et cherchant mon propre malheur, comme vous l’apprendrez par la suite de mon discours.
«Je m’appelle Agib [32], et suis fils d’un roi qui se nommait Cassib. Après sa mort, je pris possession de ses états, et établis mon séjour dans la même ville où il avait demeuré. Cette ville est située sur le bord de la mer. Elle a un port des plus beaux et des plus sûrs, avec un arsenal assez grand pour fournir à l’armement de cent cinquante vaisseaux de guerre toujours prêts à servir dans l’occasion; pour en équiper cinquante en marchandise et autant de petites frégates légères pour les promenades et les divertissements sur l’eau. Plusieurs belles provinces composaient mon royaume en terre ferme, avec un grand nombre d’îles considérables, presque toutes situées à la vue de ma capitale.
«Je visitai premièrement les provinces; je fis ensuite armer et équiper toute ma flotte, et j’allai descendre dans mes îles pour me concilier, par ma présence, le cœur de mes sujets et les affermir dans le devoir. Quelque temps après que j’en fus revenu, j’y retournai, et ces voyages, en me donnant quelque teinture de la navigation, m’y firent prendre tant de goût que je résolus d’aller faire des découvertes au delà de mes îles. Pour cet effet je fis équiper dix vaisseaux seulement, je m’embarquai, et nous mîmes à la voile.
«Notre navigation fut heureuse pendant quarante jours de suite; mais la nuit du quarante-unième, le vent devint contraire et même si furieux, que nous fûmes battus d’une tempête violente qui pensa nous submerger. Néanmoins, à la pointe du jour, le vent s’apaisa, les nuages se dissipèrent, et le soleil ayant ramené le beau temps, nous abordâmes à une île, où nous nous arrêtâmes deux jours à prendre des rafraîchissements. Cela étant fait, nous nous remîmes en mer. Après dix jours de navigation, nous commencions à espérer de voir terre, car la tempête que nous avions essuyée m’avait détourné de mon dessein, et j’avais fait prendre la route de mes états, lorsque je m’aperçus que mon pilote ne savait où nous étions. Effectivement, le dixième jour un matelot, commandé pour faire la découverte au haut du grand mât, rapporta qu’à la droite et à la gauche il n’avait vu que le ciel et la mer qui bornassent l’horizon; mais que devant lui, du côté où nous avions la proue, il avait remarqué une grande noirceur.
«Le pilote changea de couleur à ce récit, jeta d’une main son turban sur le tillac, et de l’autre se frappant le visage: «Ah! sire, s’écria-t-il, nous sommes perdus! Personne de nous ne peut échapper au danger où nous nous trouvons, et avec toute mon expérience, il n’est pas en mon pouvoir de nous en garantir.» En disant ces paroles il se mit à pleurer comme un homme qui croyait sa perte inévitable, et son désespoir jeta l’épouvante dans tout le vaisseau. Je lui demandai quelle raison il avait de se désespérer ainsi. «Hélas! sire, me répond-il, la tempête que nous avons essuyée nous a tellement égarés de notre route, que demain, à midi, nous nous trouverons près de cette noirceur, qui n’est autre chose que la montagne noire; et cette montagne noire est une mine d’aimant qui, dès à présent, attire toute votre flotte, à cause des clous et des ferrements qui entrent dans la structure des vaisseaux. Lorsque nous en serons demain à une certaine distance, la force de l’aimant sera si violente que tous les clous se détacheront et iront se coller contre la montagne: vos vaisseaux se dissoudront et seront submergés. Comme l’aimant a la vertu d’attirer le fer à soi et de se fortifier par cette attraction, cette montagne, du côté de la mer, est couverte des clous d’une infinité de vaisseaux qu’elle a fait périr, ce qui conserve et augmente en même temps cette vertu [33].
[32] Agib, en arabe, signifie merveilleux.
[33] L’incident de la montagne d’aimant se retrouve dans un poème en vers allemands intitulé Histoire du duc Ernest de Bavière, et qui a pour auteur Henri de Veldeck, poète qui écrivait à la fin du douzième siècle. Le conte de la montagne d’aimant, dont l’origine orientale est incontestable, paraît avoir plu singulièrement aux romanciers du moyen-âge.