Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
«Une autre voix demanda quel besoin la princesse avait des prières du derviche. À quoi la première repartit: «Vous ne savez donc pas qu’elle est possédée du génie Maimoun, fils de Dimdim, qui est devenu amoureux d’elle? Mais je sais bien comment ce bon chef des derviches pourrait la guérir: la chose est très-aisée, et je vais vous la dire. Il a dans son couvent un chat noir [29], qui a une tache blanche au bout de la queue, environ de la grandeur, d’une petite pièce de monnaie d’argent. Il n’a qu’à arracher sept brins de poil de cette tache blanche, les brûler et parfumer la tête de la princesse de leur fumée. À l’instant elle sera si bien guérie et si bien délivrée de Maimoun, fils de Dimdim, que jamais il ne s’avisera d’approcher d’elle une seconde fois.»
«Le chef des derviches ne perdit pas un mot de cet entretien des fées et des génies, qui gardèrent un grand silence toute la nuit après avoir dit ces paroles. Le lendemain au commencement du jour, dès qu’il put distinguer les objets, comme la citerne était démolie en plusieurs endroits, il aperçut un trou par où il sortit sans peine.
«Les derviches, qui le cherchaient, furent ravis de le revoir. Il leur raconta en peu de mots la méchanceté de l’hôte qu’il avait si bien reçu le jour précédent, et se retira dans sa cellule. Le chat noir dont il avait ouï parler la nuit dans l’entretien des fées et des génies ne fut pas longtemps à venir lui faire des caresses à son ordinaire. Il lui arracha sept brins de poil de la tache blanche qu’il avait à la queue, et les mit à part pour s’en servir quand il en aurait besoin.
«Il n’y avait pas longtemps que le soleil était levé lorsque le sultan, qui ne voulait rien négliger de ce qu’il croyait pouvoir apporter une prompte guérison à la princesse, arriva à la porte du couvent. Il ordonna à sa garde de s’y arrêter, et entra avec les principaux officiers qui l’accompagnaient. Les derviches le reçurent avec un profond respect.
Le sultan tira leur chef à l’écart: «Bon scheikh [30], lui dit-il, vous savez peut-être déjà le sujet qui m’amène. – Oui, sire, répondit modestement le derviche: c’est, si je ne me trompe, la maladie de la princesse qui m’attire cet honneur que je ne mérite pas. – C’est cela même, répliqua le sultan. Vous me rendriez la vie si, comme je l’espère, vos prières obtenaient la guérison de ma fille. – Sire, repartit le bon homme, si votre majesté veut bien la faire venir ici, je me flatte, par l’aide et faveur Dieu, qu’elle retournera en parfaite santé.»
«Le prince, transporté de joie, envoya sur-le-champ chercher sa fille, qui parut bientôt accompagnée d’une nombreuse suite de femmes et d’eunuques, et voilée de manière qu’on ne lui voyait pas le visage. Le chef des derviches fit tenir un poêle au-dessus de la tête de la princesse, et il n’eut pas si tôt posé les sept brins de poil sur les charbons allumés qu’il avait fait apporter, que le génie Maimoun, fils de Dimdim, fit un grand cri, sans que l’on vît rien, et laissa la princesse libre.
«Elle porta d’abord la main au voile qui lui couvrait le visage, et le leva voir où elle était. «Où suis-je? s’écria-t-elle, qui m’a amenée ici?» À ces paroles, le sultan ne put cacher l’excès de sa joie; il embrassa sa fille et la baisa aux yeux. Il baisa aussi la main du chef des derviches, et dit aux officiers qui l’accompagnaient: «Dites-moi votre sentiment. Quelle récompense mérite celui qui a ainsi guéri ma fille?» Ils répondirent tous qu’il méritait de l’épouser. «C’est ce que j’avais dans la pensée, reprit le sultan, et je le fais mon gendre dès ce moment.».
«Peu de temps après, le premier vizir mourut. Le sultan mit le derviche à sa place. Et le sultan étant mort lui-même sans enfants mâles, les ordres de religion et de milice assemblés, le bon homme fut déclaré et reconnu sultan d’un commun consentement.»
Le jour, qui paraissait, obligea Scheherazade à s’arrêter en cet endroit. Le derviche parut à Schahriar digne de la couronne qu’il venait d’obtenir; mais ce prince était en peine de savoir si l’envieux n’en serait pas mort de chagrin, et il se leva dans la résolution de l’apprendre la nuit suivante.
XLVIII NUIT.
Dinarzade, quand il en fut temps, adressa ces paroles à la sultane: Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie de nous raconter la fin de l’histoire de l’envié et de l’envieux. – Très-volontiers, répondit Scheherazade. Voici comment le second calender la poursuivit:
«Le bon derviche, dit-il, étant donc monté sur le trône de son beau-père, un jour qu’il était au milieu de sa cour dans une marche, il aperçut l’envieux parmi la foule du monde qui était sur son passage. Il fit approcher un des vizirs qui l’accompagnaient, et lui dit tout bas: «Allez et amenez-moi cet homme que voilà, et prenez bien garde de l’épouvanter.» Le vizir obéit, et quand l’envieux fut en présence du sultan, le sultan lui dit: «Mon ami, je suis ravi de vous voir;» et alors, s’adressant à un officier: «Qu’on lui compte, dit-il, tout à l’heure, mille pièces d’or de mon trésor. De plus, qu’on lui livre vingt charges de marchandises les plus précieuses de mes magasins, et qu’une garde suffisante le conduise et l’escorte jusque chez lui.» Après avoir chargé l’officier de cette commission, il dit adieu à l’envieux et continua sa marche.
«Lorsque j’eus achevé de conter cette histoire au génie assassin de la princesse de l’île d’Ébène, je lui en fis l’application. «Ô génie! lui dis-je vous voyez que ce sultan bienfaisant ne se contenta pas d’oublier qu’il n’avait pas tenu à l’envieux qu’il n’eût perdu la vie; il le traita encore et le renvoya avec toute la bonté que je viens de vous dire.» Enfin j’employai toute mon éloquence à le prier d’imiter un si bel exemple et de me pardonner; mais il ne me fut pas possible de le fléchir.
«Tout ce que je puis faire pour toi, me dit-il, c’est de ne te pas ôter la vie; ne te flatte pas que je te renvoie sain et sauf; il faut que je te fasse sentir ce que je puis par mes enchantements.» À ces mots, il se saisit de moi avec violence, et, m’emportant au travers de la voûte du palais souterrain qui s’entr’ouvrit pour lui faire un passage, il m’enleva si haut que la terre ne me parut qu’un petit nuage blanc. De cette hauteur, il se lança vers la terre comme la foudre, et prit pied sur la cime d’une montagne.
«Là, il amassa une poignée de terre, prononça ou plutôt marmotta dessus certaines paroles auxquelles je ne compris rien, et la jetant sur moi: «Quitte, me dit-il, la figure d’homme, et prends celle de singe.» Il disparut aussitôt, et je demeurai seul, changé en singe, accablé de douleur, dans un pays inconnu, ne sachant si j’étais près ou éloigné des états du roi mon père.
«Je descendis du haut de la montagne, j’entrai dans un plat pays, dont je ne trouvai l’extrémité qu’au bout d’un mois, que j’arrivai au bord de la mer. Elle était alors dans un grand calme, et j’aperçus un vaisseau à une demi-lieue de terre. Pour ne pas perdre une si belle occasion, je rompis une grosse branche d’arbre, je la tirai après moi dans la mer et me mis dessus, jambe deçà, jambe delà, avec un bâton à chaque main pour me servir de rames.
[29] Les chats ne sont point regardés par les musulmans comme des animaux immondes. «On assure même, dit M. Marcel, que Mahomet aimait beaucoup les chats, et on raconte qu’un jour une chatte favorite s’étant endormie sur un pan de la robe du prophète, lorsque l’heure de la prière fut annoncée, il se décida à couper le morceau d’étoffe sur lequel l’animal s’était endormi, afin de ne point interrompre ce sommeil paisible en se levant pour vaquer à ses fonctions religieuses.» (Contes du Cheikh Élmohdy Vol.III)
[30] Le mot scheikh signifie vieillard, mais il a pris la même extension que le mot latin senior, dont on a fait seigneur. Le titre de vieux de la montagne, donné par nos historiens des croisades aux chefs des Ismaéliens, ou assassins, dérive tout simplement d’une traduction trop littérale des mots scheikh al gebel, qui signifient seigneur de la montagne. Le chef des Ismaéliens était ainsi nommé parce qu’il habitait le château d’Alamout, situé au sommet d’une montagne.