Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
«Le lendemain à son lever, je lui présentai le bassin et l’eau. Il se lava, je préparai le dîner et le servis quand il en fut temps. Après le repas, j’inventai un jeu pour nous désennuyer non-seulement ce jour-là, mais encore les suivants. Je préparai le souper de la même manière que j’avais apprêté le dîner. Nous soupâmes et nous nous couchâmes comme le jour précédent.
«Nous eûmes le temps de contracter amitié ensemble. Je m’aperçus qu’il avait de l’inclination pour moi, et de mon côté j’en avais conçu une si forte pour lui, que je me disais souvent à moi-même que les astrologues qui avaient prédit au père que son fils serait tué par mes mains étaient des imposteurs, et qu’il n’était pas possible que je pusse commettre une si méchante action. Enfin, madame, nous passâmes trente-neuf jours le plus agréablement du monde dans ce lieu souterrain.
«Le quarantième arriva. Le matin, le jeune homme en s’éveillant me dit, avec un transport de joie dont il ne fut pas le maître: «Prince, me voilà aujourd’hui au quarantième jour, et je ne suis pas mort, grâces à Dieu et à votre bonne compagnie. Mon père ne manquera pas tantôt de vous en marquer sa reconnaissance et de vous fournir tous les moyens et toutes les commodités nécessaires pour vous en retourner dans votre royaume. Mas en attendant, ajouta-t-il, je vous supplie de vouloir bien faire chauffer de l’eau pour me laver tout le corps dans le bain portatif; je veux me décrasser et changer d’habit pour mieux recevoir mon père.»
«Je mis de l’eau sur le feu, et lorsqu’elle fut tiède j’en remplis le bain portatif. Le jeune homme se mit dedans; je le lavai et le frottai moi-même. Il en sortit ensuite, se coucha dans son lit, que j’avais préparé, et je le couvris de sa couverture. Après qu’il se fut reposé et qu’il eut dormi quelque temps: «Mon prince, me dit-il, obligez-moi de m’apporter un melon et du sucre, que j’en mange pour me rafraîchir.»
«De plusieurs melons qui nous restaient, je choisis le meilleur et le mis dans un plat, et comme je ne trouvais pas de couteau pour le couper, je demandai au jeune homme s’il ne savait pas où il y en avait. «Il y en a un me répondit-il, sur cette corniche au-dessus de ma tête.» Effectivement j’y en aperçus un; mais je me pressai si fort pour le prendre, et dans le temps que je l’avais à la main, mon pied s’embarrassa de sorte dans la couverture, que je tombai et glissai si malheureusement sur le jeune homme, que je lui enfonçai le couteau dans le cœur. Il expira dans le moment.
«À ce spectacle, je poussai des cris épouvantables. Je me frappai la tête, le visage et la poitrine; je déchirai mon habit et me jetai par terre avec une douleur et des regrets inexprimables. «Hélas! m’écriai-je, il ne lui restait que quelques heures pour être hors du danger contre lequel il avait cherché un asile, et dans le temps que je compte moi-même que le péril est passé, c’est alors que je deviens son assassin et que je rends la prédiction véritable. Mais, Seigneur, ajoutai-je enlevant la tête et les mains au ciel, je vous en demande pardon, et si je suis coupable de sa mort, ne me laissez pas vivre plus longtemps.»
Scheherazade, voyant paraître le jour en cet endroit, fut obligée d’interrompre ce récit funeste. Le sultan des Indes en fut ému, et se sentant quelque inquiétude sur ce que deviendrait après cela le calender, il se garda bien de faire mourir ce jour-là Scheherazade, qui seule pouvait le tirer de peine.
LVI NUIT.
Dinarzade, suivant sa coutume, éveilla la sultane le lendemain: Si vous ne dormez pas, ma sœur, lui dit-elle, je vous prie de nous raconter ce qui se passa après la mort du jeune homme. Scheherazade prit aussitôt la parole et parla de cette sorte:
«Madame, poursuivit le troisième calender en s’adressant à Zobéide, après le malheur qui venait de m’arriver, j’aurais reçu la mort sans frayeur si elle s’était présentée à moi. Mais le mal, ainsi que le bien, ne nous arrive pas toujours lorsque nous le souhaitons.
«Néanmoins, faisant réflexion que mes larmes et ma douleur ne feraient pas revivre le jeune homme, et que, les quarante jours finissant, je pourrais être surpris par son père, je sortis de cette demeure souterraine et montai au haut de l’escalier. J’abaissai la grosse pierre sur l’entrée et la couvris de terre.
«J’eus à peine achevé que, portant la vue sur la mer du côté de la terre ferme, j’aperçus le bâtiment qui venait reprendre le jeune homme. Alors, me consultant sur ce que j’avais à faire, je dis en moi-même: «Si je me fais voir, le vieillard ne manquera pas de me faire arrêter et massacrer peut-être par ses esclaves quand il aura vu son fils dans l’état où je l’ai mis. Tout ce que je pourrai alléguer pour me justifier ne le persuadera point de mon innocence. Il vaut mieux, puisque j’en ai le moyen, me soustraire à son ressentiment que de m’y exposer.»
«Il y avait près du lieu souterrain un gros arbre dont l’épais feuillage me parut propre à me cacher. J’y montai, et je ne me fus pas plus tôt placé de manière que je ne pouvais être aperçu, que je vis aborder le bâtiment au même endroit que la première fois.
«Le vieillard et les esclaves débarquèrent bientôt et s’avancèrent vers la demeure souterraine d’un air qui marquait qu’ils avaient quelque espérance; mais lorsqu’ils virent la terre nouvellement remuée, ils changèrent de visage, et particulièrement le vieillard. Ils levèrent la pierre et descendirent. Ils appellent le jeune homme par son nom, il ne répond point: leur crainte redouble; ils le cherchent et le retrouvent enfin étendu sur son lit, avec le couteau au milieu du cœur, car je n’avais pas eu le courage de l’ôter. À cette vue, ils poussèrent des cris de douleur qui renouvelèrent la mienne. Le vieillard en tomba évanoui; ses esclaves, pour lui donner de l’air, l’apportèrent en haut entre leurs bras et le posèrent au pied de l’arbre où j’étais. Mais, malgré tous leurs soins, ce malheureux père demeura longtemps en cet état, et leur fit plus d’une fois désespérer de sa vie.
«Il revint toutefois de ce long évanouissement. Alors les esclaves apportèrent le corps de son fils, revêtu de ses plus beaux habillements, et dès que la fosse qu’on lui faisait fut achevée, on l’y descendit. Le vieillard, soutenu par deux esclaves, et le visage baigné de larmes, lui jeta, le premier, un peu de terre, après quoi les esclaves en comblèrent la fosse.
«Cela étant fait, l’ameublement de la demeure souterraine fut enlevé, et embarqué avec le reste des provisions. Ensuite le vieillard, accablé de douleur, ne pouvant se soutenir, fut mis sur une espèce de brancard et transporté dans le vaisseau, qui remit à la voile. Il s’éloigna de l’île en peu de temps et je le perdis de vue.» Le jour, qui éclairait déjà l’appartement du sultan des Indes, obligea Scheherazade à s’arrêter en cet endroit. Schahriar se leva à son ordinaire, et par la même raison que le jour précédent, prolongea encore la vie de la sultane, qu’il laissa avec Dinarzade.
LVII NUIT.
Le lendemain avant le jour, Dinarzade adressa ces paroles à la sultane: Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie de poursuivre les aventures du troisième calender. – Hé bien! ma sœur, répondit Scheherazade, vous saurez que ce prince continua de les raconter ainsi à Zobéide et à sa compagnie:
«Après le départ, dit-il, du vieillard, de ses esclaves et du navire, je restai seul dans l’île; je passais la nuit dans la demeure souterraine, qui n’avait pas été rebouchée, et le jour je me promenais autour de l’île, et m’arrêtais dans les endroits les plus propres à prendre du repos quand j’en avais besoin.