Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
«Cette montagne, poursuivit le pilote, est très-escarpée, et au sommet il y a un dôme de bronze fin, soutenu de colonnes de même métal; au haut du dôme paraît un cheval aussi de bronze, sur lequel est un cavalier qui a la poitrine couverte d’une plaque de plomb, sur laquelle sont gravés des caractères talismaniques. La tradition, sire, est que cette statue est la cause principale de la perte de tant de vaisseaux et de tant d’hommes qui ont été submergés en cet endroit, et qu’elle ne cessera d’être funeste à tous ceux qui auront le malheur d’en approcher, jusqu’à ce qu’elle soit renversée.»
«Le pilote ayant tenu ce discours, se remit à pleurer, et ses larmes excitèrent celles de tout l’équipage. Je ne doutai pas moi-même que je ne fusse arrivé à la fin de mes jours. Chacun, toutefois, ne laissa pas de songer à sa conservation et de prendre pour cela toutes les mesures possibles. Et dans l’incertitude de l’événement, ils se firent tous héritiers les uns des autres par un testament en faveur de ceux qui se sauveraient.
«Le lendemain matin nous aperçûmes à découvert la montagne noire, et l’idée que nous en avions conçue nous la fit paraître plus affreuse qu’elle n’était. Sur le midi nous nous en trouvâmes si près que nous éprouvâmes ce que le pilote nous avait prédit. Nous vîmes voler les clous et tous les autres ferrements de la flotte vers la montagne, où, par la violence de l’attraction, ils se collèrent avec un bruit horrible. Les vaisseaux s’entr’ouvrirent et s’abîmèrent dans le fond de la mer, qui était si haute en cet endroit, qu’avec la sonde nous n’aurions pu en découvrir la profondeur. Tous mes gens furent noyés; mais Dieu eut pitié de moi et permit que je me sauvasse en me saisissant d’une planche qui fut poussée par le vent droit au pied de la montagne. Je ne me fis pas le moindre mal, mon bonheur m’ayant fait aborder dans un endroit où il y avait des degrés pour monter au sommet.»
Scheherazade voulait poursuivre ce conte; mais le jour, qui vint à paraître, lui imposa silence. Le sultan jugea bien par le commencement que la sultane ne l’avait pas trompé. Ainsi, il n’y a pas lieu de s’étonner s’il ne la fit pas encore mourir ce jour-là.
LIV NUIT.
Au nom de Dieu, ma sœur, s’écria le lendemain Dinarzade, si vous ne dormez pas, continuez, je vous en conjure, l’histoire du troisième calender. – Ma chère sœur, répondit Scheherazade, voici comment ce prince la reprit:
«À la vue de ces degrés, dit-il, car il n’y avait pas de terrain à droite ni à gauche où l’on pût mettre le pied et par conséquent se sauver, je remerciai Dieu et invoquai son saint nom en commençant à monter. L’escalier était si étroit, si raide et si difficile, que pour peu que le vent eût eu de violence, il m’aurait renversé et précipité dans la mer. Mais enfin, j’arrivai jusqu’au haut sans accident: j’entrai sous le dôme, et, me prosternant contre terre, je remerciai Dieu de la grâce qu’il m’avait faite.
«Je passai la nuit sous ce dôme; pendant que je dormais, un vénérable vieillard s’apparut à moi et me dit: «Écoute, Agib, lorsque tu seras éveillé, creuse la terre sous tes pieds; tu y trouveras un arc de bronze, et trois flèches de plomb fabriquées sous certaines constellations pour délivrer le genre humain de tant de maux qui le menacent. Tire les trois flèches contre la statue: le cavalier tombera dans la mer et le cheval de ton côté, que tu enterreras au même endroit d’où tu auras tiré l’arc et les flèches. Cela fait, la mer s’enflera et montera jusqu’au pied du dôme, à la hauteur de la montagne. Lorsqu’elle y sera montée, tu verras aborder une chaloupe, où il n’y aura qu’un seul homme avec une rame à chaque main. Cet homme sera de bronze, mais différent de celui que tu auras renversé. Embarque-toi avec lui sans prononcer le nom de Dieu, et te laisse conduire. Il te conduira en dix jours dans une autre mer, où tu trouveras le moyen de retourner chez toi sain et sauf, pourvu que, comme je te l’ai dit, tu ne prononces pas le nom de Dieu pendant le voyage.»
«Tel fut le discours du vieillard. D’abord que je fus éveillé, je me levai extrêmement consolé de cette vision, et je ne manquai pas de faire ce que le vieillard m’avait commandé. Je déterrai l’arc et les flèches, et les tirai contre le cavalier. À la troisième flèche, je le renversai dans la mer, et le cheval tomba de mon côté. Je l’enterrai à la place de l’arc et des flèches, et dans cet intervalle, la mer s’enfla peu à peu. Lorsqu’elle fut arrivée au pied du dôme, à la hauteur de la montagne, je vis de loin, sur la mer, une chaloupe qui venait à moi. Je bénis Dieu, voyant que les choses succédaient conformément au songe que j’avais eu.
«Enfin la chaloupe aborda, et j’y vis l’homme de bronze tel qu’il m’avait été dépeint. Je m’embarquai et me gardai bien de prononcer le nom de Dieu; je ne dis pas même un seul autre mot. Je m’assis, et l’homme de bronze recommença de ramer en s’éloignant de la montagne. Il vogua sans discontinuer jusqu’au neuvième jour, que je vis des îles qui me firent espérer que je serais bientôt hors du danger que j’avais à craindre. L’excès de ma joie me fit oublier la défense qui m’avait été faite. Dieu soit béni! dis-je alors, Dieu soit loué!
«Je n’eus pas achevé ces paroles, que la chaloupe s’enfonça dans la mer avec l’homme de bronze. Je demeurai sur l’eau et je nageai, le reste du jour, du côté de la terre qui me parut la plus voisine. Une nuit fort obscure succéda, et comme je ne savais plus où j’étais, je nageais à l’aventure. Mes forces s’épuisèrent à la fin, et je commençais à désespérer de me sauver, lorsque le vent venant à se fortifier, une vague plus grosse qu’une montagne me jeta sur une plage, où elle me laissa en se retirant. Je me hâtai aussitôt de prendre terre, de crainte qu’une autre vague ne me reprît, et la première chose que je fis fut de me dépouiller, d’exprimer l’eau de mon habit, et de l’étendre pour le faire sécher sur le sable, qui était encore échauffé de la chaleur du jour.
«Le lendemain le soleil eut bientôt achevé de sécher mon habit. Je le repris et m’avançai pour reconnaître où j’étais. Je n’eus pas marché longtemps que je connus que j’étais dans une petite île déserte fort agréable, où il y avait plusieurs sortes d’arbres fruitiers et sauvages. Mais je remarquai qu’elle était considérablement éloignée de terre, ce qui diminua fort la joie que j’avais d’être échappé à la mer. Néanmoins je me remettais à Dieu du soin de disposer de mon sort selon sa volonté, quand j’aperçus un petit bâtiment qui venait de terre ferme à pleines voiles et avait la proue sur l’île où j’étais.
«Comme je ne doutais pas qu’il n’y vînt mouiller, et que j’ignorais si les gens qui étaient dessus seraient amis ou ennemis, je crus ne devoir pas me montrer d’abord. Je montai sur un arbre fort touffu, d’où je pouvais impunément examiner leur contenance. Le bâtiment vint se ranger dans une petite anse, où débarquèrent dix esclaves qui portaient une pelle et d’autres instruments propres à remuer la terre. Ils marchèrent vers le milieu de l’île, où je les vis s’arrêter et remuer la terre quelque temps, et à leur action il me parut qu’ils levèrent une trappe. Ils retournèrent ensuite au bâtiment, débarquèrent plusieurs sortes de provisions et de meubles, et en firent chacun une charge qu’ils portèrent à l’endroit où ils avaient remué la terre, et ils y descendirent, ce qui me fit comprendre qu’il y avait là un lieu souterrain. Je les vis encore une fois aller au vaisseau, et en ressortir peu de temps après avec un vieillard qui menait avec lui un jeune homme de quatorze ou quinze ans, très-bien fait. Ils descendirent tous où la trappe avait été levée, et quand ils furent remontés, qu’ils eurent abaissé la trappe qu’ils l’eurent recouverte de terre et qu’ils reprirent le chemin de l’anse où était le navire, je remarquai que le jeune homme n’était pas avec eux; d’où je conclus qu’il était resté dans le lieu souterrain, circonstance qui me causa un extrême étonnement.