Le faiseur d'histoire
- Автор: Фрай Стивен
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 978-2-07-043996-6
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le faiseur d'histoire». Краткое содержание книги:
Mais un historien devrait savoir que l'on ne peut prédire l’avenir…
Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif, va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire. Et après leur expérience rien – passé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.
MICHAEL
Écoutez, je peux pas vous libérer. Vous êtes trop jeunes. Vous mourriez. Croyez-moi. Ce serait cruel. Désolé.
DIFFÉRENTS ANGLES sur les chiots. Bizarrement, ils commencent à paraître presque inquiétants. Énormes, menaçants. Le vacarme enfle, les cages s’agitent.
On a l’impression que les serrures pourraient céder.
MICHAEL recule, de crainte. Il quitte la pièce et ferme la porte derrière lui.
SCÈNE 12 :
LABORATOIRE DE GÉNÉTIQUE – INTÉRIEUR NUIT
MICHAEL s’enfuit du bâtiment en courant, le hurlement des chiots résonnant encore à ses oreilles.
SCÈNE 13 :
MADINGLEY ROAD – EXTÉRIEUR NUIT
MUSIQUE :
MICHAEL file à toute allure sur son vélo. Il s’incline dans un virage et dévale l’allée qui conduit aux laboratoires Cavendish.
Il fonce jusqu’au parking et à la façade de l’immeuble, où LEO attend dehors, tenant une mallette d’ordinateur portable, avec une expression un peu impatiente. MICHAEL met pied à terre et laisse choir sa bicyclette sur place.
LEO
Encore un peu, et nous rations le satellite.
MICHAEL
(essoufflé)
Désolé… j’ai dû…
LEO
Peu importe. Vous êtes là. Allons-y.
LEO se tourne vers la porte du bâtiment. MICHAEL sort son cartable de l’arrière de son vélo écroulé et le suit.
MICHAEL
(en aparté)
Jawohl, mein Hauptmann !
Schnell, schnell !
SCÈNE 14 :
SALLE DES COMMUNICATIONS SATELLITE – INTÉRIEUR NUIT
LEO a installé la machinerie. TIM est branché. Des câbles et des relais plats partent de l’arrière.
Nous remarquons qu’on a collé au-dessus de l’écran une étiquette Dymo marquée « T.I.M. ».
MICHAEL
J’ai perdu la pilule. Vous y croyez, à ça ? J’étais convaincu de l’avoir placée en lieu sûr, mais je l’ai perdue, cette garce. Il a fallu que j’aille en chercher d’autres. C’est pour ça que je suis en retard.
LEO
(se concentrant sur ce qu’il fait)
Vous l’avez perdue ?
MICHAEL vide ses poches. Il y a une bonne trentaine de pilules.
MICHAEL
Non, ça va, j’ai toutes celles-ci, maintenant. Ce n’est peut-être pas plus mal. Je veux dire, est-ce qu’une seule aurait suffi ? En fait, nous ne savons pas grand-chose de ces machins, non ?
LEO regarde les pilules.
LEO
C’est vrai.
MICHAEL
Combien, à votre avis ?
LEO
Nous verrons. Nous ne sommes même pas sûrs qu’Alois va boire.
MICHAEL
Mais si, il va boire. Pensez à ses gueules de bois, le matin. Tout ce dont il aura envie, c’est de boire des litres et des litres d’eau.
LEO
C’est ce que nous espérons. Maintenant, si vous voulez bien. Les coordonnées.
MICHAEL ouvre son cartable et consulte ses notes. Il dicte les coordonnées.
MICHAEL
Quarante-sept degrés, treize minutes, vingt-huit secondes nord, dix degrés, cinquante-deux minutes, trente-et-une secondes est.
LEO va vers la console du satellite de communication et entre ces chiffres au fur et à mesure qu’ils sont prononcés.
Nous voyons l’image des écrans de télé d’un des satellites changer de position et d’inclinaison par rapport à la Terre. Un bandeau au-dessous affiche : 47° 13’ 28" N – 010° 52’ 31" E
LEO
C’est fait.
LEO avance vers TIM, prend un câble et l’enfonce dans une prise qui émerge de la console de communication par satellite.
LEO revient à TIM et l’allume. On voit un petit éclair lumineux, mais pas d’image.
LEO
Maintenant. Les dates.
MICHAEL
Nous avions choisi juin 1888.
LEO
Très bien. Disons le 1er juin 1888.
MICHAEL
Le matin.
LEO
Six heures… zéro six zéro zéro…
LEO appuie sur des touches de TIM. Il allume un commutateur. On entend un bourdonnement, tandis que l’écran de TIM s’anime.
GROS PLAN sur l’écran. Comme auparavant, des couleurs en train de tournoyer de façon chaotique. Un filament mauve sombre court au milieu comme une veine.
MICHAEL
C’est ça ?
LEO
C’est ça. Braunau-am-Inn. Haute-Autriche, 1er juin 1888.
MICHAEL
Ouah.
LEO et MICHAEL se regardent.
LEO prend quatre pilules et va à un autre endroit de la paillasse où se trouve un ETRANGE CONTAINER GRIS muni d’un couvercle de verre. Il soulève le couvercle et place les pilules à l’intérieur. Il prend un câble du container et le branche dans le dos de TIM.
MICHAEL déglutit.
MICHAEL
Vous êtes sûr qu’on tient à faire ça ?
LEO fixe MICHAEL.
LEO
Nous n’avons pas de temps à gaspiller en bavardages. Dans dix minutes, nous perdons le satellite.
MICHAEL
C’est juste que…
LEO
Qu’est-ce que vous me dites ? Nous en avons discuté, discuté, discuté. L’idée vient de vous, bon Dieu !
MICHAEL
Je sais, je sais. Mais supposez que ça tourne mal ?
LEO
Supposez que ça tourne mal ? Que ça tourne mal ? Michael, ça a déjà mal tourné. C’est bien le problème.
Il tend un doigt vers l’écran.
LEO
(qui poursuit)
Regardez ! Là ! Regardez. La force la plus malfaisante de l’histoire du monde est à dix mois d’être libérée. Le malheur, la souffrance, la torture, la mort, le désespoir, la ruine, la destruction… Que voulez-vous que je dise d’autre ? Les mots se révèlent impuissants. Et nous pouvons l’arrêter.
Nous nous approchons EN GROS PLAN de l’écran et voyons les lumières colorées, tandis que LEO parle.
LEO
(parlant toujours)
Cette petite rue tranquille se prépare à faire passer la boîte de Pandore pour le coffret à bijoux de Barbie. Et nous pouvons intervenir ! Nous n’avons pas à tirer un coup de feu ni à lancer un poignard. Quatre petites pilules et voilà, le mal ne s’est jamais produit.
MICHAEL
Et vous pourrez dormir la nuit.
LEO
(en colère)
Vous croyez qu’il ne s’agit que de cela ? De ma conscience ?
MICHAEL
Hé bien… oui, non ?
LEO
Alors, avant… quand vous me croyiez juif. Ça allait, à ce moment-là ? J’avais le droit de vouloir me venger. Mais maintenant. Maintenant que vous savez que je suis allemand, le fils d’un des monstres d’Auschwitz, cela fait une différence ? Vouloir se venger est noble, mais vouloir réparer, non ?