Le faiseur d'histoire
- Автор: Фрай Стивен
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 978-2-07-043996-6
- Переводчик: Patrick Marcel
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le faiseur d'histoire». Краткое содержание книги:
Mais un historien devrait savoir que l'on ne peut prédire l’avenir…
Sa rencontre avec Leo Zuckermann, vieux physicien obsédé par le génocide juif, va les amener à semer aux quatre vents les pages de la thèse, mais aussi à tourner celles de l’histoire. Et après leur expérience rien – passé, présent ou futur – ne sera plus jamais pareil.
« Et maintenant, tu sais, Axi, m’a-t-elle dit.
« L’emploi de mon nom m’a frappé comme une pierre. A remué des trous boueux de souvenirs. Axi… ça me rappelle quelque chose, comme on dit.
« Et mon vrai père ? je lui demande. Le Sturmbannführer Bauer. Qu’est-il devenu ?
« Elle secoue la tête. Les Polonais l’ont capturé et pendu. Je l’ai appris. J’ai fini par l’apprendre. Il m’a fallu des années. Je devais faire attention, tu comprends. J’ai finalement eu l’idée d’appeler le Centre Simon Wiesenthal, à Vienne, en prétendant l’avoir vu dans la rue à New York. Ils m’ont dit que ce devait être quelqu’un d’autre, car il n’y avait pas de doute, Dietrich Bauer avait été jugé et exécuté en 49. Alors, je sais. Mais ne t’inquiète pas, Axi, ajoute-t-elle précipitamment, je suis sûre qu’il est mort heureux. En nous sachant en sécurité. »
« Pourquoi ne m’as-tu jamais raconté ça avant, Mutti ? je lui demande en cachant l’horreur dans ma voix. C’est une femme en train de mourir. On ne houspille pas les mourants.
« Une seule chose comptait. Ta sécurité. En ce monde, mieux vaut être juif qu’allemand. Mais j’ai toujours voulu que tu saches un jour ce que tu es vraiment. J’ai été une bonne mère, pour toi. Je t’ai protégé.
« Michael, je vous le dis, il y avait dans sa voix une sorte de férocité qui m’a terrifié.
« Tu ne dois pas avoir honte de ton père. C’était un brave homme. Un excellent docteur. Un homme bon. Il a fait de son mieux. Personne ne comprend, maintenant. Les Juifs étaient une menace. Une vraie menace. Il fallait agir, tout le monde le pensait. Tout le monde. Certains ont peut-être été trop loin. Mais à les écouter parler de nous maintenant, on nous prendrait tous pour des animaux. Nous n’étions pas des animaux. Nous étions des êtres humains, avec des familles, des idéaux, des sentiments. Je ne veux pas que tu aies honte, Axi. Je veux que tu sois fier.
« Voilà ce qu’elle m’a dit. Je suis resté assis un moment avec elle, sa main serrant la mienne. J’ai senti sa poigne s’affaiblir. Finalement, elle a dit : Dis aux autres qu’ils peuvent entrer, à présent. Je suis prête.
« Je me suis détourné de la porte et j’ai vu qu’elle avait pris un petit livre de prières en hébreu. Je suis resté à la fixer tandis que ses amis entraient à la file devant moi pour entourer le lit, selon la coutume juive. Et voilà, Michael, la dernière fois que j’ai vu mon autre parente. Comme ça, maintenant, vous savez. »
Le café était froid dans ma tasse. Je considérai la bibliothèque avec ses innombrables rayonnages de livres. Tous sur ce sujet.
Leo suivit mon regard. « Le livre de Primo Levi, Le Système périodique, porte en préface une maxime yiddish, dit-il. Ibergekumene tsores iz gut tsu dertseylin. Les ennuis surmontés sont bons à raconter. Lui, d’autres, peut-être ont-ils surmonté les ennuis. Moi, je ne pourrai jamais. Et les raconter n’a rien de bon. Je porte une tache de sang que rien ne pourra jamais laver en ce monde. Dans un autre, peut-être. Alors, allons-y, Michael, et créons cet autre monde. »
Faire l’histoire
47°13'N, 10°52'E
FONDU SUR SCÈNE 1 :
MAISON DE MICHAEL – EXTÉRIEUR NUIT
Plan général sur la maison de Newnham. Toutes les lumières sont allumées. Un hibou ulule. On entend à l’intérieur des bruits de chocs et de frottements.
SCÈNE 2 :
MAISON DE MICHAEL, LA CHAMBRE – INTÉRIEUR NUIT
À l’intérieur de la maison, MICHAEL se trouve dans la chambre, en train de regarder sous le lit. Il parle tout seul.
MICHAEL
Allez, ma jolie… Je sais que tu es par là, quelque part…
Il se rend à la garde-robe et l’ouvre. Elle est vide. Il cherche par terre.
MICHAEL
Oh, allez !
Il se donne une claque sur la cuisse avec agacement, en se remettant debout. Il vérifie le haut de la garde-robe. Rien.
SCÈNE 3 :
MAISON DE MICHAEL, LA CHAMBRE – INTÉRIEUR NUIT
MICHAEL ouvre en grand l’armoire de la salle de bains, au-dessus du lavabo.
Son geste a été un peu trop violent. La totalité du contenu de l’armoire dégringole. Crème à raser, dentifrice, brosses à dents, tubes de crèmes, flacons de pilules.
MICHAEL
(hurlant de colère)
Merde ! Chié ! Tétrachié !
Il ramasse tous les objets ensemble et essaie de les tasser à l’intérieur de l’armoire. Cela ne donne pas de très bons résultats.
MICHAEL
Chié de merde, putain !
Il saisit un rasoir, se coupant à la main en la refermant sur l’objet. MICHAEL suce le sang, fou de rage.
MICHAEL
Bon Dieu de merde de chié…
Il part à grands pas vers la cuisine en marmonnant.
MICHAEL
Chié de merde de merde de putain de bordel.
SCÈNE 4 :
MAISON DE MICHAEL, LA CUISINE, INTÉRIEUR NUIT
MICHAEL passe la main sous le robinet et va, la mine morose, vers la table centrale.
Sur la table de la cuisine repose son portefeuille, ouvert. Le contenu en est répandu. De l’argent, des cartes de crédit, un permis de conduire, des bouts de papier.
MICHAEL s’assoit à table, renfrogné, et fouille ces objets. Il enfonce les doigts dans le portefeuille et vérifie chaque recoin de la poche.
MICHAEL
(marmonnant tout seul)
Un endroit sûr, où il n’y aura aucun danger ! Tu parles d’une bonne blague…
Il enfouit sa tête entre ses mains et se balance d’avant en arrière, accablé.
MICHAEL
(imitant Olivier dans Marathon Man)
C’est sans danger ? C’est sans danger ?
(imitant Hoffman dans le même film)
C’est sans danger, oui. C’est tellement sans danger que c’est à peine croyable…
Il hurle de rage contre lui-même.
MICHAEL
Espèce de taré. Connard. On pourrait même pas compter sur toi pour garder… le… lit, hein ? Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je ne pouvais pas simplement…
SOUDAIN, il lève la tête…
MICHAEL
Hé !
Un sourire s’élargit.
MICHAEL
Ouais…
Il devient radieux.
MICHAEL
Putain, mais pourquoi pas ?
Il se lève et court au bureau.
SCÈNE 5 :
MAISON DE MICHAEL, LE BUREAU – INTÉRIEUR NUIT
MICHAEL se rend, non pas dans sa moitié de bureau, mais dans celle de Jane. Les cartons sont toujours là, proprement étiquetés, prêts à partir.
MICHAEL
Elle n’a pas dû s’en souvenir. Elle n’a pas dû se souvenir. Elle ne peut pas s’être souvenue…
Il ouvre le tiroir du bas du bureau de Jane et tâtonne vers l’autre bout.