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Dernier meurtre avant la fin du monde

Электронная книга - «Dernier meurtre avant la fin du monde». Краткое содержание книги:

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?
Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.
Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.
Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.
Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.
Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
Sans jamais se départir d’un prodigieux sens de l’intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d’un monde proche de l’agonie.
Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.
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Enfin bref… pantalons, chemises, bleus de travail. Deux paires de bottes. Rien.

Cinq pour cent de chances, c’est l’estimation d’Alison. Cinq pour cent.

À côté de l’arrière-cuisine, une petite porte donne sur une courte volée de marches en béton, sans rampe. Une cave sinistre, une ampoule nue qu’on allume en tirant sur un bout de ficelle. En face d’une énorme chaudière, l’antre du chien : un coussin, une collection de jouets mâchouillés, une écuelle nettoyée à coups de langue, une autre où il reste un fond d’eau croupie.

– Pauvre bête, dis-je tout haut.

Et justement il apparaît, Houdini, comme matérialisé par mes mots, en haut des marches. Un tout petit chien frisé avec une tête comme un balai à franges, qui montre ses dents jaunes, les yeux exorbités, sa fourrure blanche maculée de gris.

Que faire ? Je déniche du bacon et le fais cuire, puis, pendant qu’Houdini mange, je reste à la table de la cuisine en imaginant Peter Zell assis en face de moi, ses lunettes posées à côté de lui, concentré sur cette tâche délicate et insignifiante : sniffer soigneusement la poudre blanche qui vient d’un comprimé d’antalgique broyé.

Et puis soudain, un grand fracas : la porte d’entrée qui claque. Je bondis sur mes pieds, ma chaise se renverse par terre, second vacarme, Houdini se met à aboyer, et je cours à toutes jambes, traverse la maison, ouvre la porte en grand et crie : « Police ! »

Rien, le silence, le jardin blanc, les nuages gris.

Je fonce vers la route, manque tomber, reprends mon équilibre, glisse sur le dernier mètre comme si j’étais à skis.

« Police ! », crié-je une fois de plus, vers un bout de la route puis vers l’autre, hors d’haleine. J’ignore qui c’était, mais il est parti. Il était là, avec moi depuis le début, à moins qu’il ne se soit glissé dans la maison peu avant d’en ressortir, à la recherche de la même chose que moi. Et à présent, il n’est plus là.

– Mince, dis-je tout bas.

Je fais demi-tour pour observer le sol, en essayant de différencier les empreintes de l’intrus des miennes dans la gadoue de neige fondue. De gros flocons tombent un par un, comme s’ils s’étaient mis d’accord à l’avance pour prendre chacun son tour. Mon rythme cardiaque revient lentement à la normale.

Houdini est sur le seuil, il se lèche les babines. Il veut encore à manger.

Mais attendez. J’incline la tête, scrute la maison, l’arbre, le jardin.

– Une minute.

Si Houdini dort en bas à côté de la chaudière, qu’y a-t-il dans la niche ?

* * *

La réponse est simple : des cachets. Des cachets et des tas d’autres choses.

Des enveloppes en kraft bourrées de flacons contenant chacun plusieurs douzaines de comprimés de trente ou soixante milligrammes, chaque comprimé portant en creux le nom du médicament ou de son fabricant. Pour la plupart, ce sont des MS Contin, mais il y en a d’autres : OxyContin, Dilaudid, Lidocaïne. Six grosses enveloppes au total, des centaines de pilules par enveloppe. Il y a aussi une petite boîte en carton pleine de morceaux de papier paraffiné ; un broyeur de pilules comme on en trouve dans les pharmacies ; dans une autre boîte, emballé dans un pochon en plastique, à l’intérieur d’un sac en papier de supermarché, un pistolet automatique à canon court, qui dans le contexte actuel doit bien valoir plusieurs milliers de dollars. Il y a aussi des liquides sombres dans des fioles et plusieurs dizaines de seringues emballées individuellement dans du plastique à bulles. Dans un autre sac en papier, du cash : de grosses briques de billets de cent dollars.

Deux mille. Trois mille.

J’arrête de compter à cinq mille. Mes mains tremblantes m’empêchent de le faire, mais en tout cas il y a une grosse somme.

Puis je rejoins ma voiture en clopinant pour aller y prendre un rouleau de ruban jaune dont j’entoure toute la scène en le fixant bien, tendu, attaché comme il faut. Houdini m’accompagne en trottinant, puis reste à mes pieds, haletant, et je ne l’invite pas à monter dans l’Impala, mais je ne l’empêche pas non plus de le faire.

* * *

– Stretch. Mon frère. Tu vas jamais me croire. (McGully est à la fenêtre, qui est entrouverte, et une odeur lourde et doucereuse flotte dans la pièce.) Donc ces couillons, dans Henniker Street, ils étaient sur des dix-vitesses, et ils traînaient une valise à roulettes…

– On m’a raconté.

– Oh, tu gâches tout.

– Est-ce que tu es en train de fumer de l’herbe ?

– Un peu, oui, en effet. La semaine a été dure. J’ai descendu un type, je te rappelle. T’en veux ?

– Non merci.

Je lui décris ma fouille de la maison de Toussaint, lui raconte comment j’ai découvert que l’histoire n’était pas terminée, loin de là. Il m’écoute, les yeux vitreux, et de temps en temps tire longuement sur le petit papier roulé, puis souffle par l’entrebâillement de la fenêtre. Culverson n’est pas là et le bureau d’Andreas est rangé, son écran tourné face au mur, son téléphone débranché. On croirait que personne n’a travaillé là depuis des années.

– Donc il mentait, le fumier, conclut McGully. J’aurais pu te le dire. C’était un dealer, il a rendu son copain accro, et puis son copain s’est tué.

– Sauf que c’est vrai que Zell a apporté des drogues en premier. Il a volé le bloc d’ordonnances de sa sœur.

– Ah. Tiens. (Il sourit, se gratte le menton.) Eh, attends, tu sais quoi ?… Tout le monde s’en tape !

– Ouais. C’est pas faux.

– Ho dis donc ! Putain, c’est le chien de la scène de crime ?

– Peut-être…

– Peut-être quoi ? me coupe McGully.

Voilà que je fais vigoureusement les cent pas, suivi par le chien qui ne me quitte pas d’une semelle.

– Peut-être que ce qui s’est passé, c’est ça : Peter apporte des pilules à Toussaint en juin. Ils traînent ensemble, se défoncent, et ensuite, quand Peter devient accro et arrête, J. T. continue. Peut-être qu’à un moment il a commencé à revendre le surplus, et qu’il s’est habitué à gagner du pognon, il s’est fait une base de clientèle. Alors, il se trouve une nouvelle source.

– Bon sang, mais c’est bien sûr ! lance McGully de manière exubérante en tapant du poing sur la table. Le type qui a essayé de te tuer avec des chaînes à neige !

C’est clair : il se paie ma tête. Je me rassois.

Inutile de lui parler de la porte claquée : il me dirait que c’est mon imagination, ou un fantôme, et je sais que ce n’était ni l’un ni l’autre. Quelqu’un a voulu m’empêcher de trouver ces drogues, et ce n’était pas J. T. Toussaint, car Toussaint est mort et gît à la morgue, au sous-sol de l’hôpital de Concord.

Houdini renifle sous le bureau d’Andreas et s’installe pour une sieste. Mon portable sonne.

– Allô ? Inspecteur Palace ?

C’est Naomi Eddes, elle semble nerveuse, et le son de sa voix me rend moi aussi nerveux, comme un gosse.

– Lui-même. Bonjour.

Comme je sens le regard de McGully sur moi, je me lève de mon bureau et m’approche de la fenêtre.

– Que se passe-t-il ?

– C’est que…

La ligne grésille une seconde, et mon cœur bondit de terreur à l’idée d’avoir perdu la connexion.

– Mademoiselle Eddes ?

– Je suis là. C’est juste que… j’ai pensé à une chose qui pourrait peut-être vous aider, dans votre enquête.

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