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Dernier meurtre avant la fin du monde

Электронная книга - «Dernier meurtre avant la fin du monde». Краткое содержание книги:

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?
Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.
Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.
Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.
Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.
Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
Sans jamais se départir d’un prodigieux sens de l’intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d’un monde proche de l’agonie.
Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.
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– Le meilleur café du monde, note Alison.

– Et les cinq pour cent de chances ? crié-je dans le vacarme du percolateur.

Elle a un très léger sourire.

– Je savais que tu allais dire ça.

– Je me demande, c’est tout.

– Henry, fait-elle pendant que le jeune homme nous sert nos deux petits cafés. Je peux te dire quelque chose ? Tu peux suivre cette affaire à jamais, tu peux découvrir ses petits secrets, tu peux reconstituer la chronologie de la vie de cet homme en remontant jusqu’à sa naissance, et celle de son père et celle du père de son père… la fin du monde arrivera quand même.

– Hum. Oui, ça, je sais.

Nous sommes installés dans un recoin de cet ersatz de café, blottis autour d’une vieille table de jeu en plastique que le docteur Café nous a installée.

– Mais c’est quoi, ces cinq pour cent de chances, dans ton analyse ?

Elle sourit, et a de nouveau ce roulement d’yeux sarcastique et doux.

– Les cinq pour cent, les voici : le dénommé Toussaint, qui te saute dessus comme ça avec le cendrier, et essaie de se faire la malle ? Avec trois policiers armés dans la pièce ? C’est un pari fou. Un acte désespéré.

– McGully venait de le menacer d’exécution.

– Du bluff.

– Il avait peur. Il n’en savait rien.

– Bien sûr, bien sûr. (Elle incline la tête de droite et de gauche en réfléchissant.) Mais au même moment, tu menaces de l’arrêter pour un délit mineur.

– Deux semaines. Pour fraude sur un moteur. Un geste symbolique.

– Oui. Mais même pour un geste symbolique, tu vas quand même fouiller sa maison, pas vrai ?

Alison se tait pour boire son café. Je ne touche pas au mien pour l’instant : je la regarde fixement. Oh, Palace, me dis-je. Oh, Palace, nom d’un chien. Quelqu’un d’autre entre dans le café, une étudiante apparemment ; le docteur Café lui lance « Salutations, humaine », actionne sa machine, et elle jette un haricot dans la tasse marquée Europe.

– Tout de même, cinq pour cent de chances, lâche Alison. Mais tu sais ce qu’on dit sur les probabilités.

– Ouaip. (Je goûte à mon café, qui se révèle délicieux.) Ouaip ouaip ouaip.

* * *

Je bourdonne de l’intérieur. Je le sens. Le café, le matin. Cinq pour cent de chances.

Route 93 vers le nord, 90 km/h, 8 heures du matin, pas d’autres voitures.

Quelque part entre Lowell et Lawrence, mon téléphone capte trois barres, et j’appelle Nico, je la réveille, je lui annonce la mauvaise nouvelle : Derek s’est empêtré dans une histoire idiote et il ne sortira pas. Je reste flou sur les détails. J’évite d’employer le mot « terroriste ». Je ne lui parle pas de l’organisation secrète, je ne lui parle pas de la Lune. Je veux juste lui faire comprendre ce que m’a dit Alison sur la justice militaire en ce moment : on lui a collé une étiquette qui exclut toute libération.

Je me montre compatissant, mais clair : c’est comme ça et il n’y a rien à faire. Puis je me prépare à une réfutation larmoyante, dépitée ou furieuse.

Mais non, elle reste muette, au point que j’élève mon téléphone pour m’assurer que les barres n’ont pas disparu.

– Nico ?

– Oui, je suis là.

– Donc… tu comprends ?

Je roule vers le nord, sans dévier, et franchis la limite de l’État. Bienvenue dans le New Hampshire. Vivre libre ou mourir.

– Oui, souffle Nico, qui se tait le temps d’exhaler sa fumée de cigarette. Je comprends.

– Derek va sans doute passer le temps qui reste dans ce complexe.

– OK, Henry, j’ai pigé, s’énerve-t-elle, comme si elle me reprochait d’en faire trop. C’était comment, de voir Alison ?

– Hein ?

– Elle était comment ?

– Euh, bien. Elle a bonne mine.

Et là, je ne sais comment, la conversation prend une tout autre tonalité. Nico me confie qu’elle a toujours bien aimé Alison, et bientôt nous voilà en train d’évoquer l’histoire ancienne : notre enfance, les premiers jours chez Grand-Père, puis plus tard, quand nous faisions entrer en douce des amoureux et amoureuses au sous-sol. Le paysage défile derrière mes vitres, et pendant un moment nous discutons comme avant : deux gamins, frère et sœur, le monde réel.

Si bien que quand nous raccrochons, je suis presque arrivé : j’aborde le sud de la zone métropolitaine de Concord. Comme j’ai encore un bon signal réseau, j’en profite pour passer un appel de plus.

– Monsieur Dotseth ?

– Tiens, petit. On m’a dit, pour l’inspecteur Andreas. Bon Dieu.

– Je sais, je sais. Bon, écoutez, je vais retourner jeter un coup d’œil.

– Un coup d’œil où ça ?

– La maison de Bow Bog Road, vous savez ? Celle où nous avons tenté d’arrêter un suspect hier, dans l’affaire du pendu.

– Oui, une belle interpellation. Sauf que vous avez descendu le bonhomme.

– Certes, monsieur.

– Dites, vous avez entendu parler de ces crétins, sur Henniker ? Deux gamins sur un de ces vélos à deux places, là. Ils traînaient une valise à roulettes au bout d’un élastique. La police d’État les arrête, la valise est remplie d’escopetas, ces petits fusils mexicains. Ces mioches trimbalaient pour cinquante mille dollars d’armes à feu.

– Ah bon.

– Aux prix actuels, en tout cas.

– Tiens. Donc, Denny, je vais retourner dans cette maison tout de suite, jeter un coup d’œil.

– Quelle maison, déjà ?

* * *

La petite maison moche de J. T. Toussaint a été délimitée n’importe comment. Une fine bande de Cellophane jaune forme une série de festons mous qui flottent au vent entre les poteaux du porche, puis rejoint une des branches basses du chêne, puis traverse le jardin jusqu’au drapeau de la boîte à lettres. Mal accrochée à chaque étape, glissant à demi, maltraitée par les bourrasques, comme si cela ne comptait pas, comme s’il s’agissait d’une guirlande de goûter d’anniversaire.

En principe, suite à la fusillade d’hier, cette maison aurait dû être sécurisée et fouillée par une équipe d’agents de police, conformément à la procédure, mais j’ai mes doutes, qui se fondent tout d’abord sur la négligence avec laquelle le ruban a été accroché, et deuxièmement sur le fait qu’à l’intérieur rien ne semble avoir été déplacé. Les meubles sales et déglingués de Toussaint sont tous exactement au même endroit qu’hier. Ce n’est pas difficile d’imaginer, disons, l’agent Michelson dégustant un sandwich œuf-saucisse tout en déambulant dans les quatre petites pièces, soulevant un coussin du canapé pour le laisser retomber aussitôt, ouvrant le frigo, bâillant et décidant qu’il en a assez fait.

Six grosses taches de sang forment un archipel noir et rouge sur la moquette du salon et le plancher de l’entrée. Mon sang, tombé de mon œil ; celui de Toussaint, de sa coupure au front et des multiples blessures par balle qui l’ont tué.

Je prends soin d’enjamber et de contourner le sang, puis je me plante au milieu du salon et pivote lentement sur moi-même, divisant mentalement la maison en quatre quartiers, comme recommandé par Farley et Leonard. Enfin, je me lance dans une fouille en règle. J’explore la maison centimètre par centimètre, rampant à plat ventre lorsque c’est nécessaire, allant jusqu’à me tasser entièrement, dans une position tordue fort inconfortable, sous le lit. J’exhume un escabeau du débarras encombré et monte dessus pour défoncer à coups de poing les plaques légères du plafond, mais ne trouve dans les combles que de la laine de verre et d’antiques stocks de poussière secrète. Je passe au peigne fin l’armoire de la chambre de Toussaint – pour chercher quoi, au juste ? Un présentoir de ceintures de luxe en cuir, où il en manquerait une ? Un plan des toilettes du McDonald’s de Main Street ? Je n’en sais rien.

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