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Dernier meurtre avant la fin du monde

Электронная книга - «Dernier meurtre avant la fin du monde». Краткое содержание книги:

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?
Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.
Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.
Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.
Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.
Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
Sans jamais se départir d’un prodigieux sens de l’intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d’un monde proche de l’agonie.
Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.
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– Oui, j’ai entendu ça.

Je m’efforce de me rappeler quelle chanson de U2 parle de la fin du monde. Je me détourne des jeunes pour scruter la route.

– Mmm, continue Andreas. Ils disent qu’ils savent, qu’ils peuvent y arriver. Mais nous, on réplique qu’on ne les laissera pas faire.

– Ah non ?

– Il y a eu une conférence de presse. Le secrétaire d’État, le secrétaire à la Défense. Quelqu’un d’autre, aussi. Ils disent que si les Pakistanais essaient, on les atomisera avant qu’ils atomisent Maïa. Pourquoi dire une chose pareille ?

– Je ne sais pas.

Je me sens creux à l’intérieur. J’ai froid. Andreas m’épuise.

– Ça paraît complètement dingue.

J’ai mal à l’œil ; à la joue. En sortant de chez les Littlejohn, j’ai passé un coup de fil à Dotseth, qui a gracieusement accepté mes excuses pour le temps que je lui ai fait perdre, m’a ressorti la blague de faire comme s’il ignorait qui je suis et de quoi je parle.

Andreas commence à dire autre chose, mais un klaxon résonne à notre droite, au bout de Phenix Street, en haut de la côte, là où la route commence à tourner vers Main Street. La trompe sonore d’un bus qui arrive dans la rue à toute allure. Les jeunes l’acclament en braillant, lui font de grands signes des bras, et Andreas et moi échangeons un regard. La desserte des bus est interrompue, et de toute manière aucune ligne de nuit n’est jamais passée par Phenix Stret.

Le véhicule se rapproche, brinquebalant à pleine vitesse, deux roues sur le trottoir. Je sors mon arme de service et la braque dans la direction du large pare-brise. C’est comme un rêve, dans le noir, cet énorme autobus dont le fronton affiche « pas de passagers », dévalant la butte vers nous tel un vaisseau fantôme. Maintenant qu’il se rapproche, nous pouvons distinguer le chauffeur : homme blanc, vingt à vingt-cinq ans, casquette à l’envers, petite moustache mal taillée, les yeux agrandis par la joie de l’aventure. Son copain, noir, même âge, casquette également, se penche par la portière pneumatique ouverte en hurlant : « Ya-houu ! » Nous avons tous une chose que nous avons toujours voulu faire, et pour ces deux-là, c’était un rodéo dans un bus urbain.

Les jeunes qui sont avec nous sur le trottoir, morts de rire, se réjouissent à grands cris. Andreas regarde fixement les phares, et je suis là avec mon flingue, à me demander comment réagir. Le mieux est sans doute de ne rien faire, de les laisser passer.

– Bon, dit Andreas.

– Bon quoi ?

Mais c’est trop tard. Il vrille le haut de son corps, jette sa cigarette à demi fumée en direction du bar, et se précipite devant le bus.

– Non !

C’est tout ce que j’ai le temps de dire, cette triste et froide syllabe.

Il a minuté la chose, calculé les vecteurs, un bus et un homme dont les trajectoires se croisent dans l’espace, chacun à sa vitesse. Bam !

Le bus freine dans un grand crissement de pneus et le temps se fige, arrêt sur image : la fille en robe de bal, la tête enfouie dans le creux du bras du garçon gothique… moi, bouche bée, arme sortie et inutilement pointée sur le flanc du bus… le bus de travers, le cul sur le trottoir, l’avant dépassant dans la rue. Puis l’inspecteur Andreas se détache et glisse lentement sur la chaussée, pendant que la clientèle du bar se répand sur le trottoir, m’entoure, jacasse et bourdonne. Le chauffeur improvisé et son copain descendent du marchepied et s’arrêtent à quelques pas du corps brisé d’Andreas, le regard fixe et la bouche ouverte.

Puis l’inspecteur Culverson me rejoint et pose une main ferme sur mon poignet pour abaisser doucement mon bras. McGully se fraie un chemin dans la foule, joue des coudes en criant « Police » et en brandissant son insigne, une Coors dans l’autre main, cigare entre les dents. Il met un genou à terre au milieu de Phenix Street et pose un doigt sur la gorge d’Andreas. Culverson et moi, au milieu de la foule médusée, soufflons de lentes bouffées de buée froide, mais la tête d’Andreas est complètement tordue, la nuque brisée. Il est mort.

– Alors, Palace, qu’est-ce que t’en penses ? me demande McGully en se relevant lourdement. Suicide ou meurtre ?

Troisième partie

Vœu pieux

Jeudi 27 mars

Ascension droite : 19 11 43,2

Déclinaison : – 34 36 47

Élongation : 83.0

Delta : 3,023 ua

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– Dieu tout-puissant, Henry Palace, mais qu’est-ce qui t’est arrivé ?

Je trouve ça un peu dur, comme remarque, de la part d’une ancienne amoureuse que je n’ai pas vue depuis six ans, jusqu’au moment où je me rappelle la tête que j’ai : mon visage, mon œil. Je rajuste la grosse compresse, me lisse la moustache, passe la main sur mon menton mal rasé.

– J’ai eu quelques soucis ces derniers jours.

– Mon pauvre.

Il est six heures du matin, Andreas est mort, Zell est mort, Toussaint est mort, et me voici à Cambridge, sur un pont piétonnier qui enjambe la Charles River, en train d’échanger des politesses avec Alison Koechner. Et il fait étonnamment bon, ici, la température doit dépasser les dix degrés, comme si en entrant dans le Massachusetts j’avais été projeté sous une latitude méridionale. Tout cela, la douce brise printanière, le soleil matinal brillant sur le pont, les vaguelettes apaisantes de la rivière, tout cela serait bien agréable dans un autre monde, à une autre époque. Mais je ferme les yeux, et tout ce que je vois c’est la mort : Andreas aplati contre la calandre d’un bus ; J. T. Toussaint rejeté contre le mur, un trou béant dans le thorax ; Peter Zell dans les toilettes.

– Ça me fait plaisir de te voir, Alison.

– D’accord… fait-elle.

– Sincèrement.

– Évitons ce terrain-là, veux-tu ?

La folle chevelure rouge orchidée dont je me souvenais a été coupée à une longueur plus adulte, et disciplinée dans un chignon grâce à un système de petites pinces efficaces. Elle porte un pantalon gris, un blazer gris avec une discrète broche dorée sur le revers : c’est vrai, elle est très en beauté.

– Alors, dit-elle en tirant d’une poche intérieure une fine enveloppe format correspondance. Cet ami à toi ? M. Skeve ?

– Ce n’est pas mon ami, précisé-je tout de suite en levant l’index. C’est le mari de Nico.

Elle arrondit un sourcil.

– Nico, ta sœur Nico ?

– L’astéroïde.

Je dis ça pour justifier la chose. Un mariage impulsif. Sur un coup de tête. Le plus gros coup de tête qu’on puisse imaginer. Alison hoche la tête et se contente de souffler :

– Wow.

Nico avait douze ans quand elle l’a connue, et ma sœur n’était déjà pas le genre de fille qu’on imagine rangée. Elle fumait en cachette, piquait des bières dans la glacière du garage de notre grand-père, enchaînait les mauvaises coupes de cheveux et les problèmes disciplinaires.

– Bon, d’accord. Donc, ton beau-frère Skeve ? C’est un terroriste.

Je pouffe de rire.

– Non. Skeve est tout sauf un terroriste. C’est un imbécile.

– L’intersection entre ces deux ensembles peut contenir beaucoup de monde, tu sais.

Je soupire, appuie une hanche contre le bronze vert-de-grisé du garde-corps. Un bateau d’aviron passe, tranchant la surface de l’eau. On entend les rameurs souffler. J’aime bien ces garçons qui se lèvent à six heures pour aller s’entraîner, se maintenir en forme, se tenir à leur programme. Ils me plaisent, eux.

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