Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe
- Автор: Fripiat Bernard
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions Vuibert
- ISBN: 978-2311100501
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
L’Académie aura tendance à favoriser le trait d’union dans les cinq premières éditions de son Dictionnaire, comme en témoigne la préface de la deuxième édition : « parce-qu’ils se construisent ». Si notre enfant met un trait d’union à « parce que », rassurons-le : il n’est pas seul !
À partir de 1835, l’Académie a de nouveau tendance à les supprimer. En 1877, elle supprime le trait d’union après « très ». Mais, naturellement, elle ne les enlève pas tous. Faut pas rêver !
136. POURQUOI LES PARTICIPES PASSÉS ?
Rendons hommage à Clément Marot (1496–1544) ! Au XVIe siècle, ce poète ramène d’Italie l’accord du participe passé avec l’auxiliaire « avoir » et pond une ode sur cet accord.
Voltaire aurait dit : « Clément Marot a ramené deux choses d’Italie : la vérole et le participe passé. Je pense que c’est le second qui a fait le plus de ravages. »
Cela dit, la règle n’est pas automatiquement appliquée, comme en témoigne ce poème de Ronsard.
La règle avec « avoir » joue davantage lorsque l’objet direct se trouve entre l’auxiliaire et le participe. Encore au XVIIe siècle, le poète Rotrou écrit : « J’ai sa belle main pressée. »
Au début du XVIIIe, il est admis que cette matière est la plus difficile. En 1725, Malherbe le grammairien (à ne pas confondre avec le poète, son aîné d’un siècle) écrira dans sa Langue française expliquée qu’ils sont « une des grandes difficultés de la langue ».
L’accord avec « avoir » repose sur la longueur des voyelles qui ne s’entendent pleinement qu’à la fin d’une phrase. C’est la raison pour laquelle nous écrivions les peines qu’il m’a donnée car nous allongeons le ée, et les peines qu’a donné cette affaire, car « donné » n’étant pas en fin de phrase, sa finale n’est pas allongée.
L’abbé d’Olivet était minoritaire quand il formula notre règle actuelle de l’accord avec « avoir ». Le fait que la prononciation de cette longueur disparaisse explique probablement qu’il obtint gain de cause à la Révolution.
Au XIXe siècle, la maîtrise de l’orthographe devient obligatoire. Dès lors, beaucoup, pour l’apprendre, la considéreront comme un jeu et se délecteront de ses difficultés. Les enseignants, notamment, se passionnent pour cette matière. Le temps de s’exciter sur les règles grammaticales est venu. On vante le génie de la langue, sa pureté et son bon usage. De la dictée que Mérimée soumet à la cour impériale en 1857 à la demande de l’impératrice jusqu’à celle de Bernard Pivot, l’orthographe a torturé des générations, mais en a amusé tout autant. Vision optimiste !
Et pour s’exciter, quoi de mieux que les participes passés !
En 1853, le premier sujet de composition française offert par la Sorbonne pour le baccalauréat ès lettres est intitulé : « Quelles sont les règles des participes dans l’orthographe française ? »
Ce siècle des enseignants verra les règles devenir toujours plus complexes (pronominal, infinitif suivant « avoir »…) de telle sorte qu’aujourd’hui, c’est le seul point de notre orthographe sur lequel l’ordinateur ne peut toujours pas proposer de correction fiable. En effet, comment une machine pourrait-elle distinguer : « elle s’est vue couper la route », qui signifie qu’elle est responsable de l’accident, de : « elle s’est vu couper la route », qui signifie qu’« on lui a coupé la route » ?
Messieurs, si vous écrivez : « mon épouse que j’ai vue draguer », vous pouvez vous inquiéter car vous avez vu votre épouse draguer quelqu’un et un homme ne dit jamais non. Mais si vous écrivez : « mon épouse que j’ai vu draguer », vous avez vu quelqu’un draguer votre épouse et là, c’est plutôt flatteur.
L’orthographe est un jeu, je vous dis !
137. POURQUOI N’AVONS-NOUS PAS PU SIMPLIFIER L’ORTHOGRAPHE AU XIXe SIÈCLE ?
Pendant la Révolution, les partisans de l’écriture phonétique avaient un supporter, Pierre-Claude Daunou (1761–1840), qui proposa en 1793 une réforme de l’orthographe afin de faire en sorte qu’un même son ne puisse être écrit de deux manières différentes. Son idée n’aura pas de suite en raison de l’opposition de l’abbé Grégoire.
Les XIXe et XXe siècles connaîtront de multiples disputes autour de l’orthographe. Mais elles changent de protagonistes et de nature. En effet, du XVIe au XVIIIe siècle, les grammairiens qui défendent une orthographe étymologique s’opposent souvent à des écrivains pleins d’inventivité. Au XIXe et au XXe, en revanche, les progressistes seront souvent des linguistes et les conservateurs, des écrivains gardiens d’une orthographe qu’ils ont eu beaucoup de peine à mémoriser. Cette constatation consterne souvent les linguistes. Elle tient à la psychologie des auteurs. Si l’orthographe est libre, leur instinct créatif les pousse à innover et leur caractère à défendre leurs trouvailles. Mais, au XIXe siècle, leur vocation artistique se révèle à un âge où ils ont dû apprendre l’orthographe. Leur esprit créatif s’en va vers d’autres cieux et leur caractère les pousse au conservatisme. « L’orthographe, je l’ai étudiée, elle m’aide, j’y tiens. »