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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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Nous avons eu de la chance. Normalement, nous aurions dû ajouter résous au trio magique. Finalement, l’Académie le supprimera en 1935 et privilégiera son adjectif « résolu ». Ça marche aussi pour « absolu » et « dissolu ».

130. POURQUOI LE MOT « CLÉ » A-T-IL DEUX ORTHOGRAPHES ?

Parce que les honnêtes gens abhorrent utiliser les mêmes ouvre-portes que les cambrioleurs !

Les deux orthographes s’expliquent par l’habitude qui exista entre le XVIe siècle et le tout début du XIXe siècle de supprimer la dernière consonne au pluriel. On écrit : un clerc, des clers ; un drap, des dras… Fidèle à ce principe, le singulier clef s’écrit clés au pluriel. En 1835, l’Académie décide de remettre la dernière consonne : « un clerc », « des clercs » ; « un drap », « des draps ».

En ce qui concerne « clé », on était tellement habitués à l’absence de f qu’on a gardé les deux orthographes : « une clef », « des clefs » et « une clé », « des clés ». D’ailleurs, nous disons plus souvent « j’ai perdu mes clés » que « j’ai perdu ma clef ».

131. POURQUOI POLÉMIQUONS-NOUS SUR « NÉNUPHAR » ?

Pour nous rappeler que cette plante existe !

Le mot « nénuphar » est d’origine arabe et non grecque. Or, l’eph s’emploie pour le son f des mots d’origine hellénique.

Mais qu’en est-il des mots arabes ? Robert Estienne et l’Académie, en 1694, écrivent ph. De 1718 à 1877, les six éditions du Dictionnaire de l’Académie écrivent nénufar. En 1935, l’Académie rétablit « nénuphar ». Certaines mauvaises langues diront qu’elle croit que ce mot vient du grec !

Depuis, nous nous engueulons ! Et ce n’est pas fini car, dans la dernière édition de son Dictionnaire, l’Académie accepte les deux orthographes. Notons que la plupart de ceux qui se disputent sur cette orthographe n’ont jamais écrit le mot « nénuphar » en dehors de leurs prises de position et seraient probablement incapables d’en reconnaître un s’ils le voyaient.

132. POURQUOI « COURIR » PREND-IL DEUX R AU FUTUR ?

Pour rendre le Bescherelle indispensable !

En fait, la conjugaison du verbe « courir » au futur mélange deux verbes synonymes : « courir », donc, et « courre ». Tous deux sont reconnus par Estienne. Vaugelas, applaudi en cela par l’académicien Ménage, déclare : « Il faut dire “courre le lièvre” […] on peut dire courir ou courre fortune. Monsieur de Voiture estime que courre est plus en usage que courir, et plus de la cour. Mais courir n’est pas mauvais. »

Jusqu’en 1798, l’Académie accepte les deux verbes. En 1835, elle précise que le mot « courre » est plus spécialisé et donne l’exemple « chasse à courre ». Ce mot disparait donc, mais il reste dans les deux r que nous mettons au futur du verbe « courir » : « nous courrons ».

133. POURQUOI DISONS-NOUS « AVION » LÀ OU LES ANGLAIS DISENT AIRPLANE ?

Parce que nous avons plus d’esprit d’entreprise qu’eux !

À l’origine, nous utilisions le mot « aéroplane », qui avait son charme. « Avion » vient du fait que le langage populaire adore les diminutifs. Dès que nous en voyons passer un, nous avons tendance à l’adopter.

La France d’en bas de l’époque gallo-romaine préférait auricula (« petite oreille ») à auris (« oreille »). Voilà pourquoi la prononciation de notre mot « oreille » nous oblige à lui mettre deux l. Au Moyen Âge, un phénomène similaire explique le mot « garçon », qui désignait alors « le petit gars », pour ensuite se généraliser.

En 1890, Clément Ader trouve que le planeur qu’il fabrique ressemble à un petit oiseau. Avis est la traduction latine d’« oiseau ». Ader utilisa le diminutif on pour le désigner : il l’appela « avion ».

Imaginez la tête du Concorde quand on lui a dit qu’il ressemblait à un oiselet !

134. POURQUOI LA STATION DE MÉTRO BIENVENÜE PREND-ELLE UN TRÉMA SUR LE ?

Pour que nous le prenions pour un Allemand !

Fulgence Bienvenüe était breton. Mais à quoi peut bien servir son tréma ?

Actuellement, le tréma dans les mots s’explique par l’existence de diphtongues. Ai se prononce è et oi, oua. Dès lors, si nous voulons prononcer a/i et o/i, il faut trouver quelque chose, et nous avons pensé au tréma qui permet de distinguer « maïs » de « mais ».

À la Renaissance, le grammairien Jacques Dubois utilise le tréma pour distinguer les consonnes j et v, lettres qui s’écrivent alors exactement comme les voyelles i et u. Il met un tréma sur la voyelle afin que ses contemporains ne la lisent pas comme la consonne équivalente. Il écrit vite et vie afin qu’ils ne lisent pas vve et vje. Cette technique permet de distinguer le participe passé féminin « absolue », qu’il écrivait absolue, et le subjonctif « qu’il absolve », qu’il écrivait absolue. En revanche, il ne mettra pas de tréma au masculin « absolu » car aucun mot ne se termine par v (absolv). Cette habitude disparaîtra lorsque nous distinguerons la voyelle u de la consonne v.

Selon Bernard Cerquiglini dans son excellent livre Petites Chroniques du français comme on l’aime, cette tradition explique le nom de famille de Fulgence Bienvenüe, fondateur du métropolitain, qui donnera son nom à la station Montparnasse-Bienvenüe.

135. POURQUOI HÉSITONS-NOUS SUR LES TRAITS D’UNION ?

Pour que les informaticiens s’énervent sur leur plate-forme !

Robert Estienne ignore le trait d’union et a tendance à souder des mots comme « garde-robe » qu’il écrit garderobe. En revanche, il écrit mon sieur et long temps car ces mots ne sont pas encore suffisamment utilisés pour que l’on oublie qu’ils sont composés.

Le trait d’union trouvera un grand avocat en la personne de l’académicien Oudin qui le préconise en 1694 lorsque la jonction de deux mots donne un sens différent de celui qu’ils ont individuellement. Cette habitude explique que beaucoup de mots garderont ce trait d’union et ne se souderont pas. Certains se soudent à la longue comme « passeport », d’autres non comme « passe-partout », sans qu’aucune règle vienne clarifier les choses. Nous avons beaucoup hésité.

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