Le Dico des dictionnaires
- Автор: Pruvost Jean
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions JC Lattès
- ISBN: 978-2709635684
- Жанр: Другие документальные фильмы
Электронная книга - «Le Dico des dictionnaires». Краткое содержание книги:
Créateur d’une Journée annuelle des dictionnaires qui réunit depuis vingt ans des linguistes du monde entier, il se livre à un passionnant effeuillage de l’objet de toutes ses convoitises dont il goûte jusqu’à l’odeur… On découvre l’histoire passionnante de ce best-seller méconnu et mille anecdotes. Comment, au XIXe siècle, la « fesse » a-t-elle été jugée si indigne qu’elle a disparu de certaines éditions ? Pourquoi trouvait-on la définition d’« un » automobile ou d’« une » cyclone avant que Littré ne change d’avis pour ce dernier mot ? Le « sexe féminin », « sexe imbécile » selon Furetière, n’y était guère mieux traité que l’« étudiante », cette « jeune fille de condition modeste et de mœurs légères ». Et que dire de ce collégien qui a rageusement biffé la mention des 30 000 mots annoncée sur la page de garde de son dictionnaire pour les remplacer par 28 943, selon son décompte ?
De Furetière et Vaugelas au Robert en passant par le Littré, la saga des Larousse ou le Dictionnaire de l’Académie, Jean Pruvost nous fait partager son addiction pour les mots de la langue française, leur histoire et leurs secrets.
Pour lire la suite, 138 pages, rendez-vous dans la Bibliothèque universitaire de l’université de Cergy-Pontoise, puisque c’est là que sont préservés les mémoires de DEA, demandez « Les pionniers des Éditions Larousse » et vous découvrirez une famille, des documents inédits et une analyse remarquable. Par Christian Guillemin, retraité et étudiant d’exception.
On ne résiste pas cependant à entrouvrir ce superbe mémoire qui sera, je l’espère bien, un jour édité. Tiré de l’ADJHL, voici un extrait d’une lettre de Pierre Larousse, datée du 28 mars 1865, c’est-à-dire au moment où le Grand Dictionnaire universel en est à son fascicule 12, qui va d’antipathie à apologie, soit dit en passant deux mots contraires pour ainsi dire. Le Grand Dictionnaire est lancé, Larousse écrit à sa sœur qui lui demande de lui prêter 1 000 francs. La réponse n’est pas bonne : « Je suis en ce moment — et cela pour cinq ou six années — placé dans des conditions tout à fait exceptionnelles : je suis simple détenteur de fonds qui sont entre mes mains ; j’en dois un compte sévère à mes souscripteurs et si quelque accident survenait par la suite, il faut que je puisse prouver que j’ai été un dépositaire fidèle et intelligent. Je me considère comme le détenteur d’une sorte de société en commandite ; je ne suis plus ni Larousse fils, ni Larousse frère ; je suis Pierre Larousse, auteur-éditeur et imprimeur du Grand Dictionnaire. »
Larousse pas prêteur ? Non, Larousse assurant l’avenir du monument en cours d’édification. Le voilà poursuivant en effet : « J’ai peut-être en ce moment trois cent mille francs entre les mains ; mais rien de cela n’est à moi, à proprement dire. Je viens de prendre 100 actions de l’emprunt tunisien. Tout cela est inscrit soigneusement par un teneur de livres ad hoc. Si plus tard, — mais je fais tout mon possible pour que cela n’arrive pas — si plus tard ma publication se trouvait suspendue pour une raison ou pour une autre — j’aurais sur les bras des créanciers pour plusieurs centaines de mille francs. Eh bien ; c’est à ces créanciers qu’il faut que je prouve que ma gestion a été intelligente et surtout loyale, ce que je ne pourrais pas faire si l’on me démontrait que j’ai avancé 1000 fr. pour un service de famille. »
Donc prêt refusé. Mais avec panache, si on lit les derniers mots de cette lettre adressée à sa sœur : « Voilà ma position, elle est magnifique ; le champ est couvert d’épis dorés ; mais il peut survenir une tempête, la grêle, que sais-je ; et c’est contre ces fléaux qu’il faut que je me garantisse. »
De fait, quand Larousse passera de vie à trépas, cette montagne d’or immaculé, intouché, celle des souscripteurs, constituera entre autres une solide motivation pour achever le dictionnaire : au bout de l’alphabet livré aux souscripteurs se trouvait la mine d’or enfin ouverte.
C’est par centaines que des détails inédits et particulièrement révélateurs sont consignés dans les travaux universitaires de Christian Guillemin. Une chose est certaine quand un dicopathe et un laroussopathe se rencontrent : le premier écouterait des heures parler le second, et le second ne manque pas d’écouter le premier lui parler de ses dernières trouvailles. Une profonde amitié.
Exemple
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