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Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
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Il se tourna vers un officier d'artillerie:

"Lieutenant! c'est trop jeune tout ça! – C'est trop jeune, ces servants-là, ça ne sait pas manier sa pièce. Tant que vous me donnerez ça, il n'y a pas moyen d'aller! – N'y a pas de plaisir!»

Le lieutenant répondit avec humeur:

"Je ne te dis pas de faire feu, moi, je ne dis rien.

– Ah bien! c'est différent, dit Blaireau en bâillant. Ah! bien, ni moi non plus, je ne suis plus du jeu. Bonsoir."

En même temps il donna un coup de pied à sa pièce, la fit rouler en travers, et se coucha dessus.

Henriot tira son sabre, qu'on lui avait ramassé.

"Feras-tu feu?» dit-il.

Blaireau fumait, et tenant à la main sa mèche éteinte, répondit:

"Ma chandelle est morte! va te coucher!»

Henriot, suffoqué de rage, lui donna un coup de sabre à fendre un mur; mais c'était un revers d'ivrogne, si mal appliqué, qu'il ne fit qu'effleurer la manche de l'habit et à peine la peau, à ce que je jugeai.

C'en fut assez pour décider l'affaire contre Henriot. Les canonniers furieux firent pleuvoir sur son cheval une grêle de coups de poing, de pied, d'écouvillon; et le malencontreux général, couvert de boue, ballotté par son coursier comme un sac de blé sur un âne, fut emporté vers le Louvre, pour arriver, comme vous savez, à l'Hôtel de Ville, où Coffinhal le Jacobin le jeta par la fenêtre sur un tas de fumier, son lit naturel.

En ce moment même arrivent les commissaires de la Convention; ils crient de loin que Robespierre, Saint-Just, Couthon, Henriot sont mis hors la loi. Les Sections répondent à ce mot magique par des cris de joie. Le Carrousel s'illumine subitement. Chaque fusil porte un flambeau. Vive la liberté! Vive la Convention! A bas les tyrans! sont les cris de la foule armée. Tout marche à l'Hôtel de Ville, et tout le peuple se soumet ou se disperse au cri magique qui fut l'interdit républicain: Hors la loi!

La Convention assiégée fit une sortie et vint des Tuileries assiéger la Commune à l'Hôtel de Ville. Je ne la suivis pas; je ne doutais pas de sa victoire. Je ne vis pas Robespierre se casser le menton au lieu de la cervelle et recevoir l'injure comme il eût reçu l'hommage, avec orgueil et en silence. Il avait attendu la soumission de Paris, au lieu d'envoyer et d'aller la conquérir comme la Convention. Il avait été lâche. Tout était dit pour lui. Je ne vis pas son frère se jeter sur les baïonnettes par le balcon de l'Hôtel de Ville, Lebas se casser la tête, et Saint-Just aller à la guillotine aussi calme qu'en y faisant conduire les autres, les bras croisés, les yeux et les pensées au ciel comme le Grand Inquisiteur de la Liberté.

Ils étaient vaincus, peu m'importait le reste.

Je restai sur la même place, et prenant les mains longues et ignorantes de mon canonnier naïf, je lui fis cette petite allocution:

"O Blaireau! ton nom ne tiendra pas la moindre place dans l'Histoire, et tu t'en soucies peu, pourvu que tu dormes le jour et la nuit, et que ce ne soit pas loin de Rose. Tu es trop simple et trop modeste, Blaireau, car je te jure que, de tous les hommes appelés grands par les conteurs d'histoire, il y en a peu qui aient fait des choses aussi grandes que celles que tu viens de faire. Tu as retranché du monde un règne et une Ere démocratique; tu as fait reculer la Révolution d'un pas, tu as blessé à mort la République… Voilà ce que tu as fait, ô grand Blaireau! – D'autres hommes vont gouverner qui seront félicités de ton oeuvre; et qu'un souffle de toi aurait pu disperser comme la fumée de ta pipe solennelle. On écrira beaucoup et longtemps, et peut-être toujours, sur le 9 Thermidor; et jamais on ne pensera à te rapporter l'hommage d'adoration qui t'est dû tout aussi justement qu'à tous les hommes d'action qui pensent si peu et qui savent si peu comment ce qu'ils ont fait s'est fait, et qui sont bien loin de ta modestie et de ta candeur philosophique. Qu'il ne soit pas dit qu'on ne t'ait pas rendu hommage; c'est toi, ô Blaireau! qui es véritablement l'homme de la Destinée."

Cela dit, je m'inclinai avec un respect réel et plein d'humiliation, après avoir vu ainsi tout au fond de la source d'un des plus grands événements politiques du monde.

Blaireau pensa, je ne sais pourquoi, que je me moquais de lui. Il retira sa main des miennes très doucement, par respect, et se gratta la tête:

"Si c'était, dit ce grand homme, un effet de votre bonté de regarder un peu mon bras gauche, seulement pour voir.

– C'est juste", dis-je.

Il ôta sa manche; et je pris une torche.

"Remercie Henriot, mon fils, lui dis-je, il t'a défait des plus dangereux de tes hiéroglyphes. Les fleures de lis, les Bourbons et Madeleine sont enlevés avec l'épiderme, et après-demain tu seras guéri et marié si tu veux."

Je lui serrai le bras avec mon mouchoir, je l'emmenai chez moi, et ce qui fut dit fut fait.

De longtemps encore je ne pus dormir, car le serpent était écrasé, mais il avait dévoré le cygne de la France.

Vous connaissez trop votre monde pour que je cherche à vous persuader que mademoiselle de Coigny s'empoisonna et que madame de Saint-Aignan se poignarda. Si la douleur fut un poison pour elles, ce fut un poison lent. Le 9 Thermidor les fit sortir de prison. Mademoiselle de Coigny se réfugia dans le mariage, mais bien des choses m'ont porté à croire qu'elle ne se trouva pas très bien de ce lieu d'asile. – Pour madame de Saint-Aignan, une mélancolie douce et affectueuse, mais un peu sauvage, et l'éducation de trois beaux enfants, remplirent toute sa vie et son veuvage dans la solitude du château de Saint-Aignan. Un an environ après sa prison, une femme vint me demander de sa part un portrait. Elle avait attendu la fin du deuil de son mari pour me faire reprendre ce trésor. – Elle désirait ne pas me voir. – Je donnais la précieuse boîte de maroquin violet, et je ne la revis pas. – Tout cela était très bien, très pur, très délicat. – J'ai respecté ses volontés, et je respecterai toujours son souvenir charmant, car elle n'est plus.

Jamais aucun voyage ne lui fit quitter ce portrait, n'a-t-on dit; jamais elle ne consentit à le laisser copier; peut-être l'a-t-elle brisé en mourant, peut-être est-il resté dans un tiroir de secrétaire du vieux château, où les petits-enfants de la belle duchesse l'auront toujours pris pour un grand-oncle: c'est la destinée des portraits. Il ne font battre qu'un seul coeur, et quand ce coeur ne bat plus, il faut les effacer.

XXXVII. De l'ostracisme perpétuel

Les dernières paroles du Docteur Noir résonnaient encore dans la grande chambre de Stello, lorsque celui-ci s'écria, en levant les deux bras au-dessus de sa tête:

"Oui, cela dut se passer ainsi!

– Mes histoires, dit rudement le conteur satirique, sont, comme toutes les paroles des hommes, à moitié vraies.

– Oui, cela dut se passer ainsi, poursuivit Stello, oui, je l'atteste par tout ce que j'ai souffert en écoutant. Comme l'on sent la ressemblance du portrait d'un inconnu ou d'un mort, je sens la ressemblance des vôtres. Oui, leurs passions et leurs intérêts les firent parler de la sorte. Donc, des trois formes de Pouvoir possibles, la première nous craint, la seconde nous dédaigne comme inutiles, la troisième nous hait et nous nivelle comme supériorités aristocratiques. Sommes-nous donc les ilotes éternels des sociétés?

– Ilotes ou Dieux, dit le Docteur, la Multitude, tout en vous portant dans ses bras, vous regarde de travers comme tous ses enfants, et de temps en temps vous jette à terre et vous foule aux pieds. C'est une mauvaise mère.

"Gloire éternelle à l'homme d'Athènes… – Oh! pourquoi ne sait-on pas son nom? Pourquoi le sublime anonyme qui créa la Vénus de Milo ne lui a-t-il pas réservé la moitié de son bloc de marbre? Pourquoi ne l'a-t-on pas écrit en lettres d'or, ce nom grossier sans doute, en tête des Hommes illustres de Plutarque? – Gloire à l'homme d'Athènes… – Je ne cesserai de le vénérer et de le considérer comme le type éternel, le magnifique représentant du Peuple de toutes les nations et de tous les siècles. Je ne cesserai de penser à lui toutes les fois que je verrai des hommes assemblés pour juger quelque chose, ou quelqu'un, ou seulement des hommes réunis qui se parleront d'une oeuvre ou d'une action illustre, ou seulement des hommes qui prononceront un nom célèbre, comme la Multitude les prononce d'ordinaire, avec un accent indéfinissable; c'est un accent pincé, roide, jaloux et hostile. On dirait que le nom sort de la bouche avec explosion, malgré celui qui le prononce, contraint par un charme magique, une puissance secrète qui en arrache les syllabes importunes. Lorsqu'il passe, la bouche grimace, les lèvres flottent vaguement entre le sourire du mépris et la contraction d'un examen profond et sérieux. Il y a du bonheur si, dans ce combat, le nom, en passant, n'est pas estropié ou suivi d'une rude et flétrissante épithète. Ainsi, lorsqu'on a goûté par complaisance une liqueur amère, si les lèvres la jettent loin d'elles, il est rare que ce mouvement ne soit pas suivi d'un souffle et d'une expression de dégoût.

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