Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
– Suis-je un boulet de canon, Stubb, que tu veuilles me bourrer de cette façon? Mais… va-t’en. J’avais oublié. Va à ta tombe nocturne où tes pareils dorment entre des linceuls afin de s’habituer à celui qui les attend à la fin. En bas, chien! À la niche!
Stubb fut rendu muet un instant, surpris par cette exclamation finale, imprévisible, lourde de mépris du vieillard, puis révolté il rétorqua:
– Je n’ai pas l’habitude qu’on me parle ainsi, sir, cela ne me plaît qu’à moitié, sir.
– Baste! grinça Achab entre ses dents serrées, reculant avec violence comme pour échapper à la tentation de la colère.
– Non, sir, pas encore, dit Stubb enhardi, je ne me laisserai pas servilement traiter de chien, sir.
– Alors que tu sois dix fois appelé âne, mule, baudet et va-t’en ou je débarrasse le monde de ta présence!
En disant ces mots Achab marchait sur lui et son aspect était si terrifiant que Stubb s’écarta malgré lui.
– Je n’ai jamais été traité de la sorte sans riposter avec les poings, marmotta Stubb en descendant l’écoutillon. C’est très étrange. Un moment, Stubb! comment se fait-il que je ne sache pas très bien si je dois retourner en arrière et le frapper ou – qu’est-ce que cela signifie? – tomber à genoux et prier pour lui. Oui, telle est bien la pensée qui m’est venue, mais ç’aurait bien été la première fois que j’aurais jamais prié. C’est étrange, très étrange. Mais il est étrange lui aussi, oui, par quelque bout qu’on le prenne, c’est le plus étrange vieil homme avec lequel Stubb ait jamais navigué. Comme il m’a foudroyé! ses yeux prenaient feu comme de la poudre! Est-il fou? En tout cas, il a quelque chose sur le cœur, aussi sûr qu’il y a quelque chose sur le pont lorsqu’il craque. Et maintenant il ne passe pas, non plus, plus de trois heures au lit sur vingt-quatre et même alors il ne dort pas. Qu’est-ce qu’il me disait le garçon, cette Pâte-Molle? Qu’il trouve tous les matins les draps du hamac du vieil homme tout chiffonnés, en désordre, rejetés au pied et la couverture presque tordue en nœuds, et l’oreiller brûlant d’effrayante manière comme si l’on avait posé dessus une brique tirée du feu? Un vieillard de flamme! Je pense qu’il a ce que quelques gars à terre appellent une conscience; c’est une sorte de tic douloureux à ce qu’ils disent, pire qu’une rage de dents. Eh bien! eh bien! je ne sais pas ce que c’est, mais Dieu me garde de l’attraper. Il est plein d’énigmes. Je me demande ce qu’il peut bien aller faire dans la cale arrière tous les soirs comme Pâte-Molle l’en soupçonne. Qu’est-ce que ça veut dire? J’aimerais bien le savoir. Avec qui a-t-il rendez-vous dans la cale? Alors! Est-ce que ça n’est pas étrange, ça? Mais on ne peut pas savoir… c’est un truc vieux comme le monde! Allons dormir. Du diable ça vaut la peine d’être né, rien que pour s’endormir dare-dare. Et maintenant que j’y réfléchis, c’est bien la première chose que font les bébés, c’est étrange aussi, ça, d’une certaine façon. Du diable, tout vient à être étrange si l’on commence à y penser. Mais c’est contraire à mes principes. Ne pense pas! C’est mon onzième commandement, et dors quand tu peux, c’est mon douzième. Alors, allons-y. Mais comment? Ne m’a-t-il pas traité de chien? Du diable! Il m’a dit que j’étais dix fois une bourrique, et tout un monceau d’ânes bâtés, après «cela»! Il aurait mieux fait de me cogner dessus et qu’on n’en parle plus. Peut-être qu’il m’a cogné dessus en effet et que je ne m’en suis pas aperçu, tellement j’ai été interloqué par son front; il brillait comme un os blanchi. Que diable m’arrive-t-il? Je ne tiens pas sur mes jambes. Affronter ce vieillard m’a mis les idées à l’envers. Par Dieu, je dois pourtant avoir rêvé quoique… Comment, ô comment? Comment? La seule chose à faire c’est de n’y plus penser, alors au hamac! Et demain je verrai comment se présentent ces maudites jongleries à la lumière du jour.
CHAPITRE XXX La pipe
Stubb parti, Achab resta un moment appuyé à la rambarde et, comme il avait coutume de le faire depuis quelque temps, appelant un homme de quart, il l’envoya quérir son tabouret et sa pipe. Il l’alluma à la lampe de l’habitacle, installa son tabouret au bord du vent, s’assit et se mit à fumer.
Au temps des Vikings, les rois du Danemark amoureux de la mer avaient des trônes faits en défenses de narvals, si l’on en croit l’histoire. Qui, voyant alors Achab, assis sur son trépied d’ivoire, n’eût pas évoqué la royauté dont il était le symbole? Khan des bordages, roi de l’Océan, et grand seigneur des léviathans, tel était Achab.
Quelques instants passèrent, pendant lesquels il souffla une fumée épaisse en volutes rapides et incessantes que le vent rabattait sur son visage. Enfin, retirant de ses lèvres le tuyau, il entama un monologue: «Comment! Fumer ne m’apaise plus. Oh! ma pipe, cela va aller bien mal pour moi, si ton charme n’opère plus! J’ai inconsciemment peiné, et non point pris du plaisir, certes, et fumer si longtemps au vent sans m’en rendre compte; au vent, et par bouffées si nerveuses, comme si, pareil à celui de la baleine, mon dernier souffle était le plus fort et le plus angoissé. Qu’ai-je à faire de cette pipe? Elle est faite pour la sérénité, et pour envoyer vers de doux cheveux blancs une fumée douce et blanche, mais elle n’a pas de raison de monter jusqu’à des mèches hirsutes, couleur d’acier comme les miennes. Je ne fumerai plus…»
Il jeta la pipe allumée dans la mer, sa braise siffla dans la vague et au même instant le navire effaça la bulle gonflée de sa chute. Le chapeau rabattu, Achab arpenta le pont en titubant.
CHAPITRE XXXI La reine Mab
Le lendemain matin Stubb abordait Flask:
«Je n’ai de ma vie fait un rêve aussi étrange, Cabrion. Vous connaissez bien la jambe d’ivoire du vieux; eh bien! j’ai rêvé qu’il m’en frappait, et lorsque j’essayai de lui rendre ses coups, sur mon âme, mon petit bonhomme, ma jambe droite s’est détachée comme je faisais le geste! Et alors, presto! Achab se transforma en pyramide et comme un idiot complet, je persistai à lui envoyer des coups de pied. Mais ce qui est encore plus bizarre, Flask – vous savez à quel point tous les rêves sont bizarres – malgré la rage qui me possédait, je me disais obscurément qu’après tout, ce coup dont m’avait gratifié Achab n’était pas tellement une insulte. «Eh bien! me disais-je, pourquoi cette colère? Ce n’est pas une vraie jambe, mais seulement une fausse.» Et il y a une belle différence entre un coup envoyé par un pied vivant ou par une chose morte. C’est ce qui fait, Flask, qu’il est cinquante fois plus dur d’encaisser un coup porté avec la main qu’un coup porté avec une canne. Le membre vivant, voilà ce qui fait vivante l’insulte, mon petit bonhomme. Et pendant que j’usais stupidement mes orteils contre cette maudite pyramide, je ne cessais de me dire, tant je me trouvais dans un état déconcertant de contradiction, je ne cessais de me dire: «Qu’est donc sa jambe à présent, sinon une canne, une canne de morfil? Mais oui, me disais-je, il jouait seulement au jeu du bâton, ce n’était qu’un coup d’os de baleine, et non un avilissant coup de pied. D’autre part, pensai-je, regarde bien comme la partie qui en constitue le pied est petite. Si un paysan aux grands pieds m’avait fait la même chose, ça ç’aurait été une puissante et maudite injure. Tandis que là, l’injure a la dimension d’un petit rond. Mais à présent Flask, c’est là que commence la grosse farce du rêve. Tandis que je continuais à batailler contre la pyramide, une sorte de vieux triton, poilu comme un blaireau, et nanti d’une bosse, me prit aux épaules et me fit pivoter.» «À quoi jouez-vous?» me dit-il. Sacrebleu, quelle peur j’avais, mon gars! Une trogne pareille! Pourtant, l’instant d’après la frousse m’avait passé. «À quoi je joue?» répondis-je enfin. «En quoi cela vous regarde-t-il, j’aimerais bien le savoir, monsieur du Bossu. Est-ce que vous voudriez un coup de pied?» Juste ciel, Flask, à peine avais-je prononcé ces mots, qu’il se tourna, se pencha et soulevant un tas d’algues qu’il portait en guise de jupe, me montra son derrière – que croyez-vous que je vis? – mille tonnerres, homme, son derrière était tout hérissé d’épissoirs, pointes en dehors. Réflexion faite, j’ajoutai: «Je crois que je ne vous enverrai pas un coup de pied, vieux camarade!» «Sage Stubb, dit-il, sage Stubb» et il marmottait ça sans s’arrêter, en mâchonnant ses gencives comme une vieille sorcière. Sentant qu’il n’en finirait pas avec son «sage Stubb, sage Stubb», j’en conclus que je pourrais tout aussi bien recommencer à botter la pyramide. Dans cette intention, je levai le pied mais il se mit aussitôt à rugir: «Cessez ces manières!» «Holà, dis-je, qu’est-ce qu’il y a à présent, vieux?» «Écoutez-moi bien, vous, discutons l’affaire. Le capitaine Achab vous a cogné, n’est-ce pas?» «Oui, c’est bien ce qu’il a fait et juste là.» «Bon! Et il a utilisé sa jambe d’ivoire, n’est-ce pas?» «En effet!» «Eh bien alors! sage Stubb, de quoi vous plaignez-vous? Ce coup n’était-il pas bien intentionné? Il ne vous a pas touché avec une jambe de pitchpin, n’est-ce pas? Non, Stubb, vous avez été frappé par un homme grand et avec une jambe d’un magnifique ivoire. C’est un honneur, je considère cela comme un honneur! Écoutez-moi, sage Stubb. Dans la vieille Angleterre, les plus grands seigneurs tirent une très grande gloire d’avoir été souffletés par une reine, et ainsi investis de l’Ordre de la Jarretière. Ainsi, Stubb, glorifiez-vous d’avoir été botté par le vieil Achab qui vous a, ce faisant, infusé la sagesse. Souvenez-vous de ce que je vous dis: être frappé par lui, c’est un honneur insigne, et ne lui rendez ce coup sous aucun prétexte car vous êtes démuni. Ne voyez-vous pas cette pyramide?» Sur ce, il parut tout soudain se dissoudre dans les airs. Je ronflais. Je me retournai… et je me retrouvai dans mon hamac! Eh bien! que pensez-vous de ce rêve, Flask?