Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Joséphine pensa à Antoine. Hortense avait été très proche de son père, mais elle n’en parlait jamais. Elle devait trouver cela inutile. Le passé est le passé, occupons-nous du présent.
Elle n’osa pas poser davantage de questions et préféra demander si le bœuf-carottes était bon.
C’était leur dernière soirée ensemble. Joséphine repartait le lendemain pour Paris.
— Et si on allait au concert ? lança Shirley en entrant dans la chambre qu’occupait Joséphine. J’ai deux fauteuils très bien placés que m’a filées une copine… Un empêchement de dernière minute, un enfant malade…
Joséphine répondit que c’était une bonne idée et demanda s’il fallait être habillée.
— Fais-toi belle, répondit Shirley d’un air mystérieux, on ne sait jamais…
Joséphine lui lança un regard inquiet.
— T’as manigancé quelque chose ?
— Moi ? s’écria Shirley, faussement outrée, pas du tout ! Qu’est-ce que tu t’imagines ?
— Je ne sais pas… T’as un air de conspiratrice…
— J’ai un air de flûte enchantée… J’adore aller au concert…
Elle ne me force même pas à mentir, poursuivit Shirley se parlant à elle-même, je n’ai rien arrangé du tout. Je sais juste que Philippe sera dans la salle, ce soir.
Elle avait appelé chez lui dans la matinée pour demander comment allait Alexandre, il était maussade, grippé depuis quelques jours. Elle avait parlé à Annie, la nounou, une solide Bretonne, la cinquantaine bien portante et rebondie. Elle avait appris à l’apprécier et le sentiment de sympathie semblait être réciproque. La nounou, de nos jours, remplace la suivante des pièces de Racine. Elle sait tout et livre ses secrets si on sait la faire parler. Annie était une brave femme sans malice qui bavardait facilement. Elle avait expliqué qu’Alexandre allait mieux, que la fièvre était tombée, et Shirley avait demandé si elle pouvait passer le voir. Annie avait répondu bien volontiers, mais M. Dupin ne sera pas là, il va au concert ce soir. Au Royal Albert Hall, avait-elle ajouté fièrement, on y joue les sonates de Scarlatti et M. Dupin les aime beaucoup. Annie cachait mal sa flamme pour son employeur.
Shirley avait raccroché, un plan en tête. Aller au concert et s’arranger pour que Philippe et Jo se rencontrent au détour d’un escalier lors d’un entracte. En amour, « qui ne ruse, n’obtient » et comme ces deux-là s’entêtaient à jouer les amants maudits, elle allait se travestir en entremetteuse.
Il tombait une petite pluie fine quand elles prirent un taxi pour Kensington Gore et Shirley s’enveloppa dans une longue étole en cachemire rose en frissonnant.
— J’aurais dû prendre un manteau, dit-elle en indiquant l’adresse au chauffeur.
— Tu veux que je remonte t’en chercher un ? proposa Joséphine.
— Non, ça va aller… Et au pire, je mourrais en crachant mes poumons… Ce sera très romantique !
Elles coururent du taxi à l’entrée du théâtre et se mêlèrent à la foule qui s’engouffrait dans le hall. Shirley tenait les places à la main et se fraya un chemin en recommandant à Joséphine de ne pas se laisser distancer.
La loge était spacieuse et comprenait six fauteuils en velours rouge avec des petits pompons accrochés aux accoudoirs. Elles s’assirent et regardèrent la salle se remplir. Shirley avait sorti des jumelles de son sac. On dirait qu’elle passe ses troupes en revue, se dit Joséphine, amusée par l’air sérieux de son amie. Puis elle songea, demain je pars et je ne l’aurai pas vu, demain je pars et il ne sait même pas que je suis venue… demain je pars, demain je pars… Elle se demanda comment elle supporterait de quitter Londres en laissant Philippe derrière elle, comment il lui serait possible de reprendre sa vie à Paris alors qu’elle avait été pendant une semaine si près de lui… Elle leva la tête vers la coupole en verre qui coiffait la salle de concerts pour dissimuler les larmes qui lui venaient aux yeux.
Vouloir oublier quelqu’un, c’est y penser tout le temps.
Elle tremblait du désir de se lever et de courir le retrouver. Je n’aurais jamais dû venir à Londres, il est partout ici, il pourrait être là, ce soir… Elle scruta la salle. Frémit. Et s’il n’était pas seul ? Il sera sûrement venu, accompagné…
Je ferme les yeux, je les rouvre et je le vois, se dit-elle en abaissant les paupières et en se concentrant.
Je ferme les yeux, je les rouvre, il est devant moi et il me dit Joséphine et…
Shirley, à ses côtés, balayait la salle de ses jumelles telle une habituée qui tente de repérer des connaissances. Joséphine se dit qu’elle pourrait trouver une excuse, se lever, courir, courir jusqu’à l’appartement de Philippe… Elle imaginait la scène, il serait chez lui, en train de lire ou de travailler, il ouvrirait la porte, elle se jetterait dans ses bras et ils s’embrasseraient, ils s’embrasseraient…
Shirley s’était immobilisée et la main qui tenait les jumelles ajusta la molette de mise au point pour affiner la vision. Elle mordilla sa lèvre supérieure.
— T’as vu quelqu’un ? demanda Joséphine pour dire quelque chose.
Shirley ne répondit pas. Elle semblait absorbée par un spectacle dans la salle et ses doigts minces serraient les jumelles. Puis elle les reposa et fixa Joséphine d’un air étrange, comme si elle ne la voyait pas, comme si elle n’était pas assise à côté d’elle. Ce regard embarrassa Joséphine qui s’agita sur son fauteuil en se demandant quelle mouche avait piqué son amie.
— Dis, Jo…, commença Shirley en cherchant ses mots… Tu n’as pas chaud ?
— T’es folle ? Le théâtre est à peine chauffé ! Et tout à l’heure tu mourais de froid !
Shirley ôta l’étole en cachemire de ses épaules et la tendit à Joséphine.
— Tu n’irais pas me la porter au vestiaire… je meurs de chaleur !
— Mais… tu n’as qu’à la mettre sur le dossier de ton fauteuil.
— Non ! elle va tomber, je vais marcher dessus et je risque même de l’oublier. Je m’en voudrais toute ma vie, c’est un cadeau de ma mère.
— Ah…
— Ça t’ennuie ?
— Non…
— J’irais bien moi-même, mais j’ai aperçu un ancien… ami dans la salle et je ne voudrais pas le perdre des yeux…
Ah ! se dit Joséphine, c’est pour cela qu’elle a ce regard étrange. Elle veut l’épier, le suivre dans le rond de ses jumelles, et ça l’ennuie que je sois témoin de la scène. Elle préfère m’écarter sous un prétexte idiot quitte à mourir de froid.
Elle se leva, prit l’étole et adressa un petit sourire de connivence à Shirley. Un sourire qui disait ça va, j’ai compris ! Je te laisse seule !
— Et tu vas au vestiaire de l’orchestre, ordonna Shirley alors que Joséphine s’éloignait. Les autres sont toujours embouteillés !
Joséphine obéit et se dirigea vers le vestiaire du rez-de-chaussée. Des hommes pressés, des femmes aux bouches rouges la bousculaient en se dirigeant vers la salle. Elle s’effaça, cherchant des yeux la queue pour le vestiaire.
Il y en avait plusieurs. Elle en choisit une, déposa l’étole de Shirley, prit le ticket qu’on lui donna et revint sur ses pas.
En traînant les pieds. En méditant sur son manque de décision et de courage. Pourquoi je n’ose pas ? Pourquoi ? J’ai peur du fantôme d’Iris. J’ai peur de faire de la peine au fantôme d’Iris…
Elle s’arrêta un instant, réfléchit.
Elle n’avait ni sac ni manteau. Il lui faudrait retourner dans la loge, expliquer à Shirley…
C’est alors que…
Ils s’aperçurent au détour d’un couloir.