François Le Champi
- Автор: Sand George
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:
Cependant la Sévère et la Mariette, avec leur clique, commençaient à la déchirer hautement à cause de lui, et il avait grand’peur que, le scandale lui en revenant aux oreilles, elle n’en prît de l’ennui et souhaitât de le voir partir. Il se disait qu’elle avait trop de bonté pour le lui demander, mais qu’elle souffrirait encore pour lui comme elle en avait déjà souffert, et il pensa à aller demander conseil sur tout cela à M. le curé d’Aigurande, qu’il avait reconnu pour un homme juste et craignant Dieu.
Il y alla, mais ne le trouva point. Il s’était absenté pour aller voir son évêque, et François s’en revint coucher au moulin de Jean Vertaud, acceptant d’y passer deux ou trois jours à leur faire visite, en attendant que M. le curé fût de retour.
Il trouva son brave maître toujours aussi galant homme et bon ami qu’il l’avait laissé, et il trouva aussi son honnête fille jeannette en train de se marier avec un bon sujet qu’elle prenait un peu plus par raison que par folleté, mais pour qui elle avait heureusement plus d’estime que de répugnance. Cela mit François plus à l’aise avec elle qu’il n’avait encore été et, comme le lendemain était un dimanche, il causa longuement avec elle et lui marqua la confiance de lui raconter toutes les peines dont il avait eu contentement de sauver madame Blanchet.
Et de fil en aiguille, Jeannette, qui était assez clairvoyante, devina bien que cette amitié-là secouait le champi plus fort qu’il ne le disait. Et tout d’un coup elle lui prit le bras et lui dit:
– François, vous ne devez plus rien me cacher. À présent, je suis raisonnable, et vous voyez, je n’ai pas honte de vous dire que j’ai pensé à vous plus que vous n’avez pensé à moi. Vous le saviez et vous n’y avez pas répondu. Mais vous ne m’avez pas voulu tromper, et l’intérêt ne vous a pas fait faire ce que bien d’autres eussent fait en votre place. Pour cette conduite-là, et pour la fidélité que vous avez gardée à une femme que vous aimiez mieux que tout, je vous estime, et au lieu de renier ce que j’ai senti pour vous, je suis contente de m’en ressouvenir. Je compte que vous me considérerez d’autant mieux que je vous le dis et que vous me rendrez cette justice de reconnaître que je n’ai eu dépit ni rancune de votre sagesse. Je veux vous en donner une plus grande marque, et voilà comme je l’entends. Vous aimez Madeleine Blanchet, non pas tout bonnement comme une mère, mais bien bellement comme une femme qui a de la jeunesse et de l’agrément, et dont vous souhaiteriez d’être le mari.
– Oh! dit François, rougissant comme une fille, je l’aime comme ma mère, et j’ai du respect plein le cœur.
– Je n’en fais pas doute, reprit Jeannette, mais vous l’aimez de deux manières, car votre figure me dit l’une, tandis que votre parole me dit l’autre. Eh bien! François, vous n’osez lui dire, à elle, ce que vous n’osez non plus me confesser, et vous ne savez point si elle peut répondre à vos deux manières de l’aimer.
Jeannette Vertaud parlait avec tant de douceur, de raison, et se tenait devant François d’un air d’amitié si véritable, qu’il n’eut point le courage de mentir et, lui serrant la main, il lui dit qu’il la considérait comme sa sœur et qu’elle était la seule personne au monde à qui il avait le courage de donner ouverture à son secret.
Jeannette alors lui fit plusieurs questions, et il y répondit en toute vérité et assurance. Et elle lui dit:
– Mon ami François, me voilà au fait. Je ne peux pas savoir ce qu’en pensera Madeleine Blanchet; mais je vois fort bien que vous resteriez dix ans auprès d’elle sans avoir la hardiesse de lui dire votre peine. Eh bien, je le saurai pour vous et je vous le dirai. Nous partirons demain, mon père, vous et moi, et nous irons comme pour faire connaissance et visite d’amitié à l’honnête personne qui a élevé notre ami François; vous promènerez mon père dans la propriété, comme pour lui demander conseil, et je causerai durant ce temps-là avec Madeleine. J’irai bien doucement et je ne dirai votre idée que quand je serai en confiance sur la sienne.
François se mit quasiment à genoux devant Jeannette pour la remercier de son bon cœur, et l’accord en fut fait avec Jean Vertaud, que sa fille instruisit du tout avec la permission du champi. Ils se mirent en route le lendemain, Jeannette en croupe derrière son père, et François alla une heure en avant pour prévenir Madeleine de la visite qui lui arrivait.
Ce fut à soleil couchant que François revint au Cormouer. Il attrapa en route toute la pluie d’un orage; mais il ne s’en plaignit pas, car il avait bon espoir dans l’amitié de Jeannette et son cœur était plus aise qu’au départ. La nuée s’égouttait sur les buissons et les merles chantaient comme des fous pour une risée que le soleil leur envoyait avant de se cacher derrière la côte du Grand-Corlay. Les oisillons, par grand’bandes, voletaient devant François de branche en branche, et le piaulis qu’ils faisaient lui réjouissait l’esprit. Il pensait au temps où il était tout petit enfant et où il s’en allait rêvant et baguenaudant par les prés, et sifflant pour attirer les oiseaux. Et là-dessus il vit une belle pive, que dans d’autres endroits on appelle bouvreuil, et qui frétillait à l’entour de sa tête comme pour lui annoncer bonne chance et bonne nouvelle. Et cela le fit ressouvenir d’une chanson bien ancienne que lui disait sa mère Zabelle pour l’endormir, dans le parlage du vieux temps de notre pays:
Une pive
Cortive,
Anc ses piviots,
Cortiviots,
Livardiots,
S’en va pivant
Livardiant,
Cortiviant.
Madeleine ne l’attendait pas si tôt à revenir. Elle avait même eu crainte qu’il ne revînt plus du tout, et en le voyant, elle ne put se retenir de courir à lui et de l’embrasser, ce qui fit tant rougir le champi qu’elle s’en étonna. Il l’avertit de la visite qui venait, et pour qu’elle n’en prît pas d’ombrage, car on eût dit qu’il avait autant de peur de se faire deviner qu’il avait de chagrin de ne l’être point, il lui fit entendre que Jean Vertaud avait quelque idée d’acheter du bien dans le pays.