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François Le Champi

Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:

D'inspiration champêtre, 'François le Champi' est un roman où il n'est question que d'amour, écrit dans un style limpide et lumineux. Dans son livre, George Sand s'attache à reproduire le parler berrichon, et met en avant la grandeur de la vie à la campagne, décrivant avec poésie et sensibilité personnages et paysages.
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– Là-dessus, Sévère, fit la Mariette en se récriant, vous me l’avez donné à entendre plus d’une fois; mais je n’y saurais point croire; ma belle-sœur est d’un âge…

– Non, non, Mariette, votre belle-sœur n’est point d’un âge à s’en passer; elle n’a guère que trente ans, et ce champi n’était encore qu’un galopin, que votre frère l’a trouvé en grande accointance avec sa femme. C’est pour cela qu’un jour il l’assomma à bons coups de manche de fouet et le mit dehors de chez lui.

François eut la bonne envie de sauter à travers le buisson et d’aller dire à la Sévère qu’elle en avait menti, mais il s’en défendit et resta coi.

Et là-dessus la Sévère en dit de toutes les couleurs, et débita des menteries si vilaines, que François en avait chaud à la figure et avait peine à se tenir en patience.

– Alors, fit la Mariette, il tente à l’épouser à présent qu’elle est veuve: il lui a déjà donné bonne part de son argent, et il voudra avoir au moins la jouissance du bien qu’il a racheté.

– Mais il en portera la folle enchère, fit l’autre; car Madeleine en cherchera un plus riche, à présent qu’elle l’a dépouillé, et elle le trouvera. Il faut bien qu’elle prenne un homme pour cultiver son bien et, en attendant qu’elle trouve son fait, elle gardera ce grand imbécile qui la sert pour rien et qui la désennuie de son veuvage.

– Si c’est là le train qu’elle mène, dit la Mariette toute dépitée, me voilà dans une maison bien honnête, et je ne risque rien de bien me tenir! Savez-vous, ma pauvre Sévère, que je suis une fille bien mal logée, et qu’on va mal parler de moi? Tenez, je ne peux pas rester là, et il faut que je m’en retire. Ah bien oui! voilà bien ces dévotes qui trouvent du mal à tout, parce qu’elles ne sont effrontées que devant Dieu! Je lui conseille de mal parler de vous et de moi à présent! Eh bien! je vas la saluer, moi, et m’en aller demeurer avec vous; et si elle s’en fâche, je lui répondrai; et si elle veut me forcer à retourner avec elle, je plaiderai et je la ferai connaître, entendez-vous?

– Il y a meilleur remède, Mariette, c’est de vous marier au plus tôt. Elle ne vous refusera pas son consentement, car elle est pressée, j’en suis sûre, de se voir débarrassée de vous. Vous gênez son commerce avec le beau champi. Mais vous ne pouvez pas attendre, voyez-vous; car on dirait qu’il est à vous deux, et personne ne voudrait plus vous épouser. Mariez-vous donc, et prenez celui que je vous conseille.

– C’est dit! fit la Mariette en cassant son bâton de bergère d’un grand coup contre le vieux pommier. Je vous donne ma parole. Allez le chercher, Sévère, qu’il vienne ce soir à la maison me demander, et que nos bans soient publiés dimanche qui vient.

XXIII

Jamais François n’avait été plus triste qu’il ne le fut en sortant de la berge de rivière où il s’était caché pour entendre cette jaserie de femelles. Il en avait lourd comme un rocher sur le cœur, et tout au beau milieu de son chemin en s’en revenant, il perdit quasi le courage de rentrer à la maison et s’en fut par la traîne aux Napes s’asseoir dans la petite futaie de chênes qui est au bout du pré.

Quand il fut là tout seul, il se prit de pleurer comme un enfant, et son cœur se fendait de chagrin et de honte; car il était tout à fait honteux de se voir accusé, et de penser que sa pauvre chère amie Madeleine, qu’il avait toute sa vie si honnêtement et si dévotement aimée, ne retirerait de son service et de sa bonne intention que l’injure d’être maltraitée par les mauvaises langues.

– Mon Dieu! mon Dieu! disait-il tout seul en se parlant à lui-même en dedans, est-il possible que le monde soit si méchant, et qu’une femme comme la Sévère ait tant d’insolence que de mesurer à son aune l’honneur d’une femme comme ma chère mère? Et cette jeunesse de Mariette, qui devrait avoir l’esprit porté à l’innocence et à la vérité, un enfant qui ne connaît pas encore le mal, voilà pourtant qu’elle écoute les paroles du diable et qu’elle y croit comme si elle en connaissait la morsure! En ce cas, d’autres y croiront, et comme la grande partie des gens vivant vie mortelle est coutumière du mal, quasi tout le monde pensera que si j’aime madame Blanchet et si elle m’aime, c’est parce qu’il y a de l’amour sous jeu.

Là-dessus le pauvre François se mit à faire examen de sa conscience et à se demander, en grande rêverie d’esprit, s’il n’y avait pas de sa faute dans les mauvaises idées de la Sévère, au sujet de Madeleine; s’il avait bien agi en toutes choses, s’il n’avait pas donné à mal penser, contre son vouloir, par manque de prudence et de discrétion. Et il avait beau chercher, il ne trouvait pas qu’il eût jamais pu faire le semblant de la chose, n’en ayant pas eu seulement l’idée.

Et puis, voilà qu’en pensant et rêvassant toujours il se dit encore:

– Eh! quand bien même que mon amitié se serait tournée en amour, quel mal le bon Dieu y trouverait-il, au jour d’aujourd’hui qu’elle est veuve et maîtresse de se marier? je lui ai donné bonne part de mon bien, ainsi qu’à Jeannie. Mais il m’en reste assez pour être encore un bon parti, et elle ne ferait pas de tort à son enfant en me prenant pour son mari. Il n’y aurait donc pas d’ambition de ma part à souhaiter cela, et personne ne pourrait lui faire accroire que je l’aime par intérêt. Je suis champi, mais elle ne regarde point à cela, elle. Elle m’a aimé comme son fils, ce qui est la plus forte de toutes les amitiés, elle pourrait bien m’aimer encore autrement. Je vois que ses ennemis vont m’obliger à la quitter si je ne l’épouse pas; et la quitter encore une fois, j’aime autant mourir. D’ailleurs, elle a encore besoin de moi, et ce serait lâche de laisser tant d’embarras sur ses bras quand j’ai encore les miens, en outre de mon argent, pour la servir. Oui, tout ce qui est à moi doit être à elle, et comme elle me parle souvent de s’acquitter avec moi à la longue, il faut que je lui en ôte l’idée en mettant tout en commun par la permission de Dieu et de la loi. Allons, elle doit conserver sa bonne renommée à cause de son fils, et il n’y a que le mariage qui l’empêchera de la perdre. Comment donc est-ce que je n’y avais pas encore songé, et qu’il a fallu une langue de serpent pour m’en aviser? J’étais trop simple, je ne me défiais de rien, et ma pauvre mère est si bonne aux autres qu’elle ne s’inquiète point de souffrir du dommage pour son compte. Voyons, tout est pour le bien dans la volonté du ciel, et madame Sévère, en voulant faire le mal, m’a rendu le service de m’enseigner mon devoir.

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