L'Etoile Bleue [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #1
- Год: 1994
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «L'Etoile Bleue [fr]». Краткое содержание книги:
À force d’y songer sans trouver de réponse valable, il se laissait gagner par l’assoupissement quand un bruit léger le réveilla. Il tourna la tête vers la porte dont il vit la poignée bouger, s’arrêter, bouger encore comme si la personne qui était derrière hésitait. Aldo crut entendre une petite plainte faible, une sorte de sanglot contenu...
D’un bond silencieux il fut debout, tira le verrou sans faire de bruit et ouvrit d’un coup sec : il n’y avait personne.
Il s’avança dans le couloir où les lumières étaient déjà atténuées, ne vit rien du côté du conducteur qui avait dû s’absenter mais, de l’autre, il aperçut une femme enveloppée d’un peignoir blanc qui s’éloignait en courant. Une femme dont les longs cheveux clairs tombaient presque jusqu’à la taille et qu’il reconnut d’instinct : Anielka !
Le cœur battant, il s’élança sur ses pas, envahi par un espoir fou : se pouvait-il qu’elle fût venue jusque chez lui au risque d’encourir la colère de son père ? Fallait-il qu’elle fût malheureuse car, jusqu’à présent, il doutait beaucoup de lui être seulement sympathique...
Il l’atteignit au moment où, secouée de sanglots, elle s’efforçait d’ouvrir la portière dans l’évidente intention de se précipiter au-dehors.
– Encore ? gronda-t-il. Mais c’est une manie !
Une lutte s’ensuivit, courte parce que trop inégale, cependant Anielka fournissait une défense honorable au point que Morosini hésita une fraction de seconde à la frapper pour la mettre K.-O., mais elle mollit juste à temps pour éviter un bleu au menton.
– Laissez-moi, balbutiait-elle, laissez-moi... Je veux mourir...
– Nous en reparlerons plus tard ! Allons, venez avec moi pour vous remettre un peu... et puis vous me direz ce qui ne va pas.
Il la ramena en la soutenant le long du couloir. Ce que voyant, le conducteur accourut :
– Que se passe-t-il ? Est-ce que mademoiselle est malade ?
– Non, mais vous avez failli avoir un accident ! Allez me chercher un peu de cognac ! Je la ramène chez moi...
– Je vais faire prévenir sa femme de chambre, e est dans la voiture suivante...
– Non... non, par pitié !..., gémit la jeune fille, Je...je ne veux pas la voir !
Avec autant de précautions que si elle eût été en porcelaine, Aldo fit asseoir Anielka sur sa couchette et mouilla une serviette pour lui rafraîchir le visage, puis il lui donna à boire un peu de l’alcool parfumé rapporté par le conducteur avec une célérité digne d’éloges. Elle se laissait faire comme une enfant qui, après une longue errance dans les ténèbres glacées, vient de trouver enfin un endroit chaud et éclairé pour s’y abriter. Elle était ainsi infiniment touchante et aussi jolie que d’habitude, grâce à ce privilège de la grande jeunesse que les larmes n’arrivent pas à enlaidir. Finalement, elle poussa un énorme soupir.
Vous devez me prendre pour une folle ? articula-t-elle.
Pas vraiment. Plutôt pour quelqu’un de malheureux... C’est toujours le souvenir de ce garçon qui vous obsède ?
– Bien sûr... Si vous saviez que vous ne reverrez plus jamais celle que vous aimez, ne seriez-vous pas désespéré ?
– C’est peut-être parce que j’ai vécu, jadis, quelque chose d’analogue que je peux vous dire qu’on n’en meurt pas. Même en temps de guerre !
– Vous êtes un homme et je suis une femme : cela fait toute la différence. Je suis persuadée que
Ladislas, lui, n’a pas la moindre envie de se supprimer. Il a sa « cause »...
– Et c’est quoi cette cause ? Le nihilisme, le bolchevisme ? ...
– Quelque chose comme ça ! Je n’y connais rien, moi. Je sais qu’il déteste les gens nobles ou riches, qu’il veut l’égalité pour tous...
– Et que ce genre d’existence ne vous tentait pas ? C’est pourquoi vous avez refusé de le suivre ? ...
Les grands yeux dorés considérèrent Morosini avec une admiration craintive.
– Comment pouvez-vous le savoir ? Nous parlions polonais à Wilanow...
– Sans doute, mais votre pantomime était fort expressive et je ne peux pas vous donner tort : vous n’êtes pas faite pour une vie de taupe assoiffée de sang.
– Vous n’y comprenez rien ! s’écria-t-elle, son ancienne agressivité retrouvée. Le rejoindre dans sa pauvreté ne me faisait pas peur. Quand on s’aime, on doit pouvoir être heureux dans une mansarde. Si je n’ai pas accepté, c’est parce que je me suis rendu compte qu’en allant habiter avec lui je le mettrais en danger... S’il vous plaît, donnez-moi encore un peu de cognac : j’ai... j’ai très froid !
Aldo se hâta de la servir puis, ôtant sa pelisse du portemanteau, il la lui posa sur les épaules.
– Ça va mieux ? demanda-t-il.
Elle le remercia d’un sourire un peu tremblant,
qui acheva de le faire fondre tant il était frais, fragile, timide, délicieux...
– Beaucoup mieux, merci ! Vous avez une certaine tendance à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas mais vous êtes tout de même très gentil.
– C’est agréable à entendre. J’ajoute que je ne regrette pas d’être intervenu par deux fois dans votre vie et que je suis prêt à recommencer. Mais revenons à votre ami : pourquoi dites-vous qu’en allant vivre avec lui vous lui feriez courir un danger ?
Fidèle à ce qui semblait une habitude, elle répondit par une question :
– Que pensez-vous de mon père ?
– Vous m’embarrassez. Que puis-je penser d’un homme que je viens de rencontrer pour la première fois ? Il a grand air, des manières et une courtoisie parfaites. Il est intelligent, cultivé... très au fait des événements extérieurs. Pas très commode peut-être ? ajouta-t-il en évoquant la figure granitique et les yeux pâles du comte sous le reflet du monocle et son maintien empreint de morgue qui l’apparentaient davantage à un officier prussien qu’à ces nobles polonais dont l’élégance naturelle se teintait souvent de romantisme.
– Le terme est faible. C’est un homme redoutable contre lequel il vaut mieux ne pas entrer en lutte. Si j’avais suivi Ladislas, il nous aurait retrouvés et... Je n’aurais jamais revu celui que j’aime. En cette vie tout au moins...
– Vous voulez dire qu’il l’aurait tué ?
– Sans hésiter... et moi aussi s’il avait acquis la certitude que je n’étais plus vierge... !