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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- Pas les enfants des États-Unis ! C'est le seul pays dont les ressortissants ont gardé tout leur prestige aux yeux des enragés qui prétendent gouverner la France...

- Alors expliquez-moi pourquoi le général La Fayette qui est si fort leur ami a été obligé de s'enfuir ?

- Parce que La Fayette, se rendant compte que cette révolution tant souhaitée allait trop loin, a voulu ramener l'armée du Nord sur Paris pour délivrer le Roi. Cela n'a pas marché et il a dû fuir. Il serait actuellement prisonnier des Autrichiens. Mais, pour en revenir à l'Amérique, il est important aux yeux des hommes au pouvoir que les échanges commerciaux avec elle se poursuivent puisque le reste de l'Europe nous tourne le dos. En outre, plusieurs citoyens des États-Unis servent dans l'armée de Dumouriez, dont votre... fiancé. Enfin, en ce qui me concerne, il se trouve que Gouverneur Morris, leur ambassadeur à Paris, est de mes amis et que j'en peux obtenir ce que je veux... comme des passeports approuvés par le Comité de surveillance. Cela répond-il à votre question ?

- Pas entièrement. Me voilà fiancée à un homme que je ne connais pas, qui ne m'a jamais vue et qui est peut-être en train de mourir dans les troupes françaises. Comment croyez-vous qu'il nous recevra lorsqu'on nous conduira vers lui ?

- J'espère bien qu'on ne nous conduira pas vers lui. Mon intention n'est pas d'aller saluer le général Dumouriez mais de nous faire arrêter par les Prussiens et conduire au duc de Brunswick. C'est avec lui que j'ai à faire...

- Et je peux vous être utile ?

- Une jolie femme peut toujours être utile. Pour l'instant vous êtes surtout mon prétexte : la fiancée douloureuse qui veut revoir celui qu'elle aime et qui va peut-être mourir...

- C'est maigre! J'espérais mieux...

- Quoi ? Que je vous demanderais d'entrer dans le lit de Brunswick?

La brutalité de la question fit pâlir la jeune femme, mais depuis quinze jours elle avait trop réfléchi à l'étrange pacte conclu avec Batz et à ses conséquences possibles pour hésiter un instant :

- Ne dois-je pas vous obéir aveuglément? Encore que vous m'ayez promis de ne jamais rien demander de contraire à l'honneur, je crois que j'obéirais, à charge pour moi de ne pas sombrer dans ce lit. Mais me direz-vous ce que vous souhaitez obtenir de ce prince ?

- Qu'il achève ce qu'il a commencé et vienne nous aider à libérer notre roi. Et aussi qu'il me rende la Toison d'Or de Louis XV qu'un émissaire de Danton a déjà dû lui remettre avec quelques autres pierres pour le convaincre de ne pas livrer bataille et de rentrer chez lui...

- Cela me paraît incompatible... Elle est tellement fabuleuse cette Toison d'Or?

- Plus que je ne saurais dire. Un joyau exceptionnel qui représente pour moi l'unité du royaume : l'énorme diamant bleu en forme de cour c'est la France, le grand rubis ciselé en forme de dragon, c'est la Bretagne. Mais qu'avez-vous besoin de savoir tout cela ? Vous n'avez pas froid ?

- Non, je vous remercie. Tout va bien... sauf le temps, ajouta Laura en se penchant vers la portière. On dirait qu'il se gâte !

C'était le moins qu'on puisse dire. L'horizon vers lequel couraient les chevaux était noir. Une accumulation de nuages menaçants et, quand la voiture aborda la descente vers Claye, des rafales de pluie s'abattirent sur elle avec tant de violence, rendant la chaussée si glissante que Biret et Pitou, sur le siège, durent conjuguer leurs efforts pour maintenir l'attelage et l'empêcher d'emporter la voiture au bas de la pente où elle aurait pu s'écraser contre les maisons. Aussi le baron décida-t-il de relayer une fois de plus afin d'aborder le mauvais temps avec des chevaux frais.

Pendant que les palefreniers s'activaient et que Pitou et son compagnon entraient dans la salle commune pour boire du vin chaud et manger un morceau, les deux voyageurs prirent un agréable petit repas grâce aux provisions prévues par Marie dans un panier d'osier. Cependant, en revenant prendre sa place, Pitou monta les rejoindre :

- J'ai réussi à savoir qu'un cavalier fort pressé, dont la description correspond au fameux Robert, a relayé ici hier à peu près à la même heure... Vous pourriez bien avoir raison, baron !

- Cela ne fait aucun doute pour moi... Mais je crains que vous ne fassiez un voyage fort désagréable, mon ami.

- Un peu de pluie n'a jamais tué personne ! Et puis le jeu en vaut la chandelle !...

On repartit à travers un paysage que l'averse effaçait presque. Au relais de Montmirail, on sut que le mauvais temps était installé sur l'Est depuis des semaines et que, selon les rumeurs courant la campagne, il empêcherait l'avance des troupes prussiennes et autrichiennes, qui seraient retenues dans les défilés de l'Argonne et d'ailleurs fort éprouvées par la dysenterie récoltée au cours de leur traversée de la Lorraine abandonnée par les paysans. Ils n'y auraient trouvé à manger que des raisins verts et des pommes pas mûres. Alors ils ravageaient, brûlaient, pillaient ce qu'ils pouvaient pour se venger.

Ces nouvelles n'empêcheraient pas que l'incessant déluge fût presque aussi difficile à supporter pour les voyageurs que pour l'armée prussienne. On perdait du temps et Batz devenait nerveux. Jusque-là on avait marché bon train, mais il fallait à présent ménager les chevaux sous peine de les voir s'abattre. Enseveli sous sa toile cirée, Pitou ne chantait plus sur son siège et à l'intérieur le silence devenait pesant.

Pour alléger un peu l'atmosphère, Laura demanda à son compagnon s'il avait déjà parcouru cette route. Au lieu de le dérider, la question parut l'assombrir davantage :

- Il m'est arrivé, en effet, de la parcourir mais pas depuis que ce maudit chemin a vu le calvaire du Roi et de sa famille...

- Vous voulez dire que ce fut celui de la fuite...

- ... qui a si mal fini ! Oui. Comme nous, la délirante berline jaune préparée par Fersen est passée à Bondy, Claye, Meaux, Trilport, La Ferté-sous-Jouarre, Bussières, Viels-Maisons, Montmirail et nous allons continuer comme elle par Fromentières, Étoges, Bergères, Chaintrix et Châ-lons. A Pont-de-Somme-Vesles où les hussards de Choiseul auraient dû attendre la voiture royale, je pense que nous pourrons peut-être changer de route afin de rencontrer les hussards du prince de Hohenlohe s'ils ont réussi à franchir l'un des défilés de l'Argonne et à s'avancer vers le chemin de Paris...

Le voyage se poursuivit, monotone, coupé par les relais et les nombreux contrôles, ralenti parfois aussi lorsqu'il fallait doubler une file de volontaires en marche vers l'Argonne. Presque tous étaient jeunes, mal équipés, mal vêtus, portant souvent carmagnole et bonnet rouge, armés n'importe comment d'un vieux fusil ou d'une fourche, mais marchant avec détermination en faisant le dos rond sous la pluie qui les trempait sans entamer leur courage. Quand la voiture les dépassait, ils se rangeaient docilement et, presque toujours, répondaient au salut que clamait Pitou du haut du siège par un unanime " Vive la Nation ! " ; parfois il y avait aussi des jurons, le grondement étouffé d'un " Ça ira ! " et des regards de loup dans les yeux de ces hommes. Le plus souvent c'étaient des sourires et de grosses plaisanteries quand on apercevait le visage de la jeune femme. Ils allaient vers la guerre et la mort sous un temps d'apocalypse comme à une fête. Cet enthousiasme qui faisait fi des contingences extérieures toucha Laura :

- Le sort de ces hommes est pénible et ils vont en connaître un plus cruel encore, murmura-t-elle. Certains mourront, d'autres seront infirmes, et pourtant...

- Et pourtant, fit Batz en écho assombri, ils marchent vers cet horizon noir avec l'espoir au cour. Ils ne se sont pas laissé gagner par le bagout, la boisson distribuée largement et les quelques pièces d'argent d'un sergent recruteur. Ils partent parce qu'on leur a dit que la Patrie est en danger et que l'idée de l'étranger foulant leur terre natale leur est insupportable. Et c'est cela qui me fait peur, bien plus que les énergumènes sortis du pavé parisien, parce que de ces jeunes hommes peut sortir un grand peuple. J'aimerais combattre avec eux...

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