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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- Et cette destination serait ?

- Le quartier général de Brunswick. On va lui offrir une partie des trésors des rois de France et, surtout, j'en ai bien peur, la Toison d'Or de Louis XV qui vaut à elle seule plusieurs millions !

- A ce point ?

- Vous allez comprendre.

Se tournant vers sa bibliothèque, Batz y prit un livre relié en maroquin et le feuilleta jusqu'à la page qu'il cherchait. C'était une planche en couleurs représentant un étonnant joyau :

- Tenez, montra le baron. Cette énorme pierre qui est au centre est le célèbre diamant bleu de Louis XIV acheté par le souverain au voyageur Tavernier. Sa couleur est admirable et il pèse plus de 67 carats. Cet autre diamant, légèrement teinté de bleu, en pèse 32. Quant à ce long rubis ciselé en forme de dragon, c'est le Côte de Bretagne, apporté par la duchesse Anne lors de son mariage avec le roi Charles VIII. On n'en connaît pas le poids mais voyez sa taille. Il y a encore ici trois belles topazes : deux longues venues d'Orient et celle-ci des Indes. Voici en outre quatre diamants carrés de 4 carats chacun et, enfin, dans les flammes qui composent le fond du bijou sont sertis quatre cent soixante-dix-huit petits diamants. Seul, le Bélier de l'Ordre se contente d'or pur.

- Inouï ! souffla le journaliste. Il y a ici la rançon d'un roi.

- C'est pourquoi Danton veut en faire celle de Paris, mais comme il ignore la valeur des choses il y a sûrement ajouté d'autres pierres et, moi, je ne veux pas que cette merveille devienne allemande... Pourtant, il faut que Brunswick vienne sauver le Roi.

- Tâche difficile ! Si vous êtes sûr de vos informations il a peut-être déjà reçu le joyau...

- Peut-être ! En ce cas je vais devoir mettre tout en ouvre pour le lui arracher. Ah, voici nos jeunes dames ! ajouta-t-il en allant au-devant de Marie et d'Anne-Laure qui entraient en se tenant par le bras car, au fil des jours, une véritable amitié était née entre elles. Dans leurs " sauts de lit " de batiste et de rubans, elles formaient un tableau charmant, l'une brune et l'autre blonde. Batz sourit à sa maîtresse, détacha d'elle sa compagne qu'il amena par la main dans le cercle lumineux projeté par la lampe.

- Ma chère, lui dit-il, le moment est venu pour vous de commencer une autre vie. Dans un moment nous allons partir, vous et moi, pour une mission qui peut être dangereuse. Vous sentez-vous prête à jouer, pour la première fois, ce rôle dont nous sommes convenus ?

Elle le regarda droit dans les yeux et un sourire s'étendit lentement sur son visage.

- Je crois... Oui, il me semble que je suis prête.

- Il faut que vous compreniez que, dès cet instant, vous abandonnez votre ancienne personnalité. Vous n'êtes plus Anne-Laure de Laudren, marquise de Pontallec, et personne ne vous appellera plus ainsi. Même ici. A présent dites-moi qui vous êtes !

- Je suis Laura Jane Adams, née à Boston, Massachusetts, le 27 octobre 1773. Mon père, négociant en thé, est mort il y a cinq ans et j'ai, l'an passé, perdu ma mère, Jane Mac Pherson, cousine de l'amiral John Paul-Jones, mon seul parent, que je suis venue rejoindre à Paris pour y vivre sous sa protection...

La voix était toujours la même. Pourtant, le léger accent que Laura -puisque Laura il y aurait désormais ! - avait pris avec une extrême facilité en changeait les inflexions et un peu la tonalité. La jeune femme elle-même avait beaucoup changé. La forme des sourcils modifiée, de légers artifices de maquillage, une autre coiffure et un maintien plus assuré en faisaient une femme toute différente de ce qu'elle avait été. Et chose étrange, ce nouveau personnage dans lequel on l'avait glissée rendait -sans l'effacer bien sûr! - son chagrin beaucoup plus supportable. L'élégance de la toilette faisait le reste : en quinze jours Marie et Batz en avaient fait un être complètement transformé. Et Ange Pitou, qui ne l'avait pas vue depuis quelque temps, la contemplait avec un étonnement flatteur tandis que tous applaudissaient et que Laura, contente de sa réussite, saluait avec grâce...

- Comme la Grandmaison en scène! apprécia Batz. C'est parfait, Laura. A présent, allez vous préparer : nous partons dans une heure.

- Nous?

- Vous et moi avec Biret comme cocher...

- Un instant, coupa Pitou. Je vais avec vous. Batz fronça le sourcil. Lorsqu'il établissait un plan, il n'aimait pas beaucoup les ingérences.

- Pour quoi faire ?

- Mon métier! Je suis journaliste, donc curieux, et vous allez vers le théâtre de futures opérations. Cela m'intéresse. En outre, je peux vous être utile... en tant que garde national!

- Il vous faudrait un ordre de mission ? Pitou lui dédia un sourire goguenard :

- Je suis bien sûr que vous avez ça dans vos fontes, baron!

Celui-ci ne put s'empêcher de rire :

- Après tout vous avez raison. Vous pouvez être très utile ! Et puis, plus on est de fous plus on rit !

Tandis que les deux jeunes femmes remontaient à l'étage pour préparer le départ, Batz commençait à remplir les blancs de deux passeports - il en avait toujours, dûment signés et timbrés, à sa disposition - établis au nom du Dr John Imlay, de New Jersey, se rendant à l'armée du Nord du général Dumouriez, afin d'y donner ses soins, si c'était encore possible, à son unique neveu, le colonel Eleazar Oswald, engagé volontaire et grièvement blessé. Il le déclarait accompagné de la fiancée dudit Oswald. L'autre passeport étant destiné à miss Laura Jane Adams, etc. Il prépara ensuite, sous l'oil intéressé d'Ange Pitou, un ordre de mission fort convaincant qui, avec la carte de civisme que possédait déjà le jeune homme, devait lui permettre de circuler sans difficultés. Après quoi il se munit d'argent - en assignats et en or ! -, d'une trousse médicale aussi bien agencée que possible puis, après réflexion, il glissa dans son gousset le diamant bleu rapporté par Pitou... Cela fait, il alla changer une nouvelle fois d'apparence : le citoyen Agricol, dont il avait d'ailleurs ôté la perruque, le système pileux et les morceaux de caoutchouc en rentrant chez lui, fit place à un Américain entre deux âges, vêtu et chapeauté de noir comme un quaker, le nez chaussé de lunettes et dont les cheveux gris, rejetés en arrière du front, retombaient droit, coupés carrément au-dessous des oreilles. Quant au visage strictement rasé, quelques habiles artifices réussirent à l'arrondir tout en le dotant de légères rides. Comme dans ses précédents avatars, Batz était méconnaissable et en eut la certitude quand, offrant la main à Laura pour l'aider à monter en voiture, elle eut pour lui un regard suffoqué :

- C'est bien vous ?

- C'est bien moi, rassurez-vous ! Et j'espère que vous vous habituerez vite à ma nouvelle apparence, ajouta-t-il avec un sourire qu'elle jugea beaucoup moins séduisant que celui dont elle avait l'habitude.

Pitou, en uniforme, et le colossal Biret qui ne lâchait pas trois paroles à l'heure, prirent place sur le siège, munis d'épais manteaux et de toiles cirées destinées à les protéger de la pluie car le temps s'annonçait mauvais. Le coq du vigneron voisin entreprenait de réveiller les alentours quand la voiture attelée de quatre chevaux franchit le portail de la propriété et s'élança sur la route.

Plus tard, comme on venait de relayer à Vaujours et qu'un timide rayon de soleil s'efforçait de percer les nuages noirs pour faire croire que le jour était bien là, Laura, qui avait dormi jusque-là, s'étira, bâilla, jeta un regard dépourvu d'intérêt à la plaine onduleuse, piquée de bouquets d'arbres, que l'on traversait et demanda :

- Consentez-vous à m'en dire un peu plus sur ce que nous devons accomplir?

Pour toute réponse, Batz lui tendit les passeports qu'elle parcourut d'un oil surpris :

- Si je comprends bien, dit-elle en les lui rendant, nous sommes tous deux américains pour la circonstance? Est-ce une protection? Les gens d'ici détestent les étrangers.

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