Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
- Qui l'a commandé?
- Danton et Roland pour que le duc renonce à marcher sur Paris. Donne-moi encore à boire, citoyen Agricol! Il est fameux ton pinard... et j'ai soif, ce soir ! ajouta-t-elle sur un tout autre ton.
Quand Rougier s'approcha, elle lui arracha la bouteille qu'elle posa devant elle d'un air de défi.
- J'ai idée qu' la soirée va t'coûter cher, citoyen Agricol, ricana le cabaretier en filant vers une autre table.
- Bof ! C'est pas tous les soirs qu'on hérite, pas vrai ? Encore un coup, Lalie ?
- C'est pas d'refus ! T'es un bon gars, citoyen Agricol! Tu sais vivre... Puis, tout bas, elle murmura : Dans un moment je vais m'effondrer et vous me ramènerez chez moi. Nous avons à parler...
Quelques instants plus tard, en effet, elle s'écroulait sur la table, la tête dans les bras, en renversant le verre encore à moitié plein. Son compagnon jura superbement puis éclata d'un rire énorme en essayant de la secouer :
- C'est pas vrai qu'j'ai réussi à t'saouler, Lalie !... Ben dis donc, tu t'nais l'coup mieux qu' ça jusqu'ici ? Hé, Lalie, tu m'entends ?
- Ah, dame, c'est pas un vin pour fillettes, commenta Rougier qui venait essuyer la table, mais tout d'même c'est bien la première fois que j'la vois comme ça. Pour une cuite, c't' une cuite !
Afin d'ancrer davantage sa conviction, Lalie se redressa soudain, clama quelques mesures d'un " Ça ira " tonitruant auquel l'assistance fit écho avec enthousiasme avant de s'écrouler à nouveau sur la table en réclamant du vin.
- Eh bé ! soupira le citoyen Agricol, l'est fraîche ! Va falloir que j'ia r'conduise chez elle! Pourra jamais toute seule !
- Tu veux qu' jaille avec toi, proposa obligeamment le cabaretier.
- Oh, ça d'vrait aller. L'est pas si lourde. Aide-moi juste à la remettre debout...
Ainsi fut fait. Passant un bras sous la taille de la femme après avoir jeté l'un des bras de celle-ci sur ses épaules, Batz marcha cahin-caha vers la porte.
- J'garde son tricot! précisa la citoyenne Rougier venue à la rescousse de cette bonne cliente. J'iui rapporterai demain matin...
- T'es une brave femme, citoyenne Rougier ! A tout à l'heure vous autres ! J'la rentre chez elle et je r'viens !
On sortit dans la nuit. Le cabaret étant situé au coin de la rue des Deux-Portes, la rue du Coq n'était pas loin, mais les deux complices continuèrent leur comédie jusqu'à ce que l'on soit à l'abri du vieil immeuble décrépi, comportant tout juste deux étages dont Lalie occupait le premier, le second étant le lot du propriétaire, un notaire de Sucy qui n'y venait jamais et pour cause : la maison appartenait à Batz.
Une fois les portes fermées, celui-ci prit une chaise tandis que Lalie s'étirait pour remettre son dos en place.
- Eh bien, ma chère, quelle comédienne vous faites ! Je le savais déjà mais ce soir vous avez été magistrale.
- Il le fallait bien, mon ami. J'ai appris beaucoup de choses aujourd'hui. Le pillage du garde-meuble a fait scandale à l'Assemblée et Roland a été malmené. On lui a reproché la carence des gardiens avec une violence qui l'a mis hors de lui : " Je demande, a-t-il crié, si les fonctions de ministre de l'Intérieur consistent à surveiller le garde-meuble. J'ai une correspondance immense. Je suis commis à la surveillance de la France entière et ce soin est bien plus important que la surveillance du garde-meuble. " II a ajouté que la police tenait déjà deux des voleurs et que, très certainement, on retrouverait bientôt les pierres envolées... Mais la surprise de la journée a été d'entendre Danton prendre la défense d'un collègue qu'il n'aime pas et, plus étrange encore, Marat a fait chorus en disant qu'il fallait faire confiance aux bons citoyens de la police et qu'elle saurait bien faire parler les deux voleurs qu'elle tient...
- On sait qui ils sont ?
- Deux malandrins qui étaient enfermés à la Force avant qu'on ne jette dehors les repris de justice pour y entasser la noblesse de France. Ils s'appellent Chambon, dit Chabert, et Douligny. Le premier était le valet de Charles de Rohan-Rochefort chez qui je me souviens de l'avoir vu.
- Ce qui va accréditer la thèse des émigrés à la source...
- Sans doute, mais je l'ai vu aussi à la Truie-qui-file en conciliabule avec d'autres hommes de mauvaise mine et d'une femme guère plus avenante. J'ai entendu des bribes de phrases que je n'arrivais pas à mettre bout à bout et qui à présent prennent tout leur sens... En gros, ils allaient faire la meilleure affaire de leur vie, sans le moindre risque parce que quelqu'un de haut placé les protégerait. L'un a dit alors que s'il fallait travailler pour quelqu'un d'autre il n'était pas d'accord, mais on l'a assuré que la bande pourrait garder la plus grande part du butin et la revendre à son gré. On a même ajouté qu'avec le reste on éviterait de grands malheurs...
- Et vous pensez que Roland et Danton ont commandé le vol ?
- Roland, je n'en suis pas certaine ; on a dû en faire bon gré mal gré un complice en agitant sous son nez la menace prussienne. J'ai même entendu dire qu'en arrivant au garde-meuble la nuit dernière à quatre heures du matin, il a ordonné aux policiers d'arrêter leurs investigations car cela regardait les commissaires politiques. C'est l'un d'eux qui a confié ça à sa femme. Il était fou furieux paraît-il.
- Bizarre en effet ! Et Danton ?
- Il a tempêté pour la forme en disant qu'avec l'ennemi aux portes et tant de braves qui montaient aux frontières pour faire au pays un rempart de leurs corps, une assemblée qui vit ses derniers jours avait d'autres chats à fouetter que s'occuper de bricoles...
- Bricoles!... Rien que les joyaux, il y en a au moins pour quarante millions, sans compter les objets d'art. C'est tout ce que vous savez sur Danton ?
- Non. Un détail encore qui pourrait avoir son importance : Robert, son dévoué secrétaire, son inséparable, son ombre, aurait quitté Paris en direction de l'Est ce matin de bonne heure...
- Seigneur!... Mais c'est d'une importance capitale ! Je ne vous remercierai jamais assez, ma chère comtesse! Vous êtes vraiment mon meilleur agent...
- Et vous êtes ma meilleure arme pour accéder à ma vengeance ! Vous partez ?
- Oui, en hâte!... Malheureusement, le citoyen Agricol doit reparaître au cabaret. Il va essayer de ne pas y rester longtemps! Prenez soin de vous, mon amie !
Quiconque aurait pu voir, à cet instant, le farouche sans-culotte baiser la main de Lalie la tricoteuse aurait trouvé le tableau bizarre mais, pour les protagonistes de la scène, liés depuis longtemps par une véritable amitié, il était on ne peut plus normal...
Bien qu'il eût fait aussi vite que possible, il était deux heures du matin quand Batz rentra à Charonne. Il y trouva Pitou et Devaux qui avaient choisi de l'attendre. Les deux femmes s'étaient retirées. Pitou rendit compte de ce qu'il avait appris et qui confirma, vu du côté de la Garde nationale, ce que Lalie avait rapporté : l'étrange conduite du ministre Roland et l'indignation des policiers, gênés dans leur travail, les noms des voleurs et l'assurance que la plus grande partie s'était enfuie sans que l'on se donnât beaucoup de mal pour courir après.
Tout en écoutant le journaliste, Batz avait déroulé sur son bureau la carte des régions de l'Est et se penchait dessus après avoir envoyé réveiller Marie et Anne-Laure et ordonné à son valet Biret-Tissot de préparer sa chaise de voyage.
- Vous partez ? demanda Pitou que cette agitation inquiétait. Vous n'auriez pas dans l'idée de courir après les diamants, par hasard ?
- C'est tout à fait cela! Évidemment, je ne pense pas pouvoir rattraper le messager de Danton qui a quelque vingt-quatre heures d'avance sur moi. Il est peut-être déjà à destination.