Angélique et le Nouveau Monde Part 1
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #13
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique et le Nouveau Monde Part 1». Краткое содержание книги:
– Il dit qu'il ne veut ni manger ni fumer avant que nous ayons fait connaître nos décisions au Grand Conseil des Cinq Nations.
L'Iroquois alla s'accroupir devant l'âtre. Il rassemblait les braises que sa chute avait dispersées, jetait dessus du petit bois. Puis il prit à sa ceinture une bourse contenant un peu de farine jaunâtre et très fine. Après en avoir fait tomber une certaine quantité dans le creux de sa main, il jeta un mot en tendant la main dans la direction de Nicolas Perrot.
– De l'eau, dit celui-ci.
Dans un coin il y avait une cruche d'eau fraîche. Angélique la tendit à Perrot qui en versa quelques gouttes dans la main du sauvage.
De l'index, celui-ci mêla eau et farine. Cela donna une pâte translucide, de peu appétissant aspect, qu'il avala par petites bouchées. Ce frugal repas achevé, il rota, s'essuya les mains à ses mocassins et commença à parler.
Nicolas Perrot, accroupi dans la même position, en face de lui, l'écoutait avec une patience amicale, sans laisser paraître aucun de ses sentiments et traduisait ensuite scrupuleusement. Joffrey de Peyrac se tenait sur un escabeau, entre eux deux. Angélique s'était assise sur le lit, dans l'ombre. Voici les paroles que Tahoutaguète, sans paraître songer aux dangers qui pesaient sur lui, seul Iroquois, ayant pénétré au cœur du camp ennemi, apporta à celui qu'ils avaient surnommé Tekonderoga, c'est-à-dire l'Homme du Tonnerre.
– Il y a dix lunes, toi, Tekonderoga, que nous appelons l'Homme du Tonnerre parce qu'il paraît que tu peux faire exploser les montagnes, tu nous as envoyé des présents et deux colliers de Wampum. Il n'a échappé à personne que ces porcelaines étaient d'une valeur inestimable, de celles que l'on échange entre grandes nations, pour les grands traités seulement. Aussi, Swanissit, chef suprême, s'est-il informé de l'homme blanc qui désirait l'alliance des peuples de la Longue Maison au point d'y mettre un prix considérable jamais encore payé.
« Tu m'avais aussi donné ta bague et je parlais pour toi. Et ces autres présents, lui dis-je, étaient-ils à négliger ? De la poudre, des balles, des pièces de drap rouge que ni la pluie ni le soleil ne peuvent faire pâlir, des chaudrons sonnant sous les doigts, d'un métal si noir et si solide que nous n'avons pas voulu les consacrer à la prosaïque nourriture de chaque jour, mais les réserver à nos morts, des haches et des coutelas si étincelants qu'on pouvait y mirer son visage, et enfin une poignée de coquillages si rares que je ne sais sur quel Wampum d'alliance solennelle nous oserions les coudre, et enfin un fusil sans mèche, qui cache son étincelle dans ses entrailles, et dont la crosse est tout incrustée de nacre et que Swanissit porte avec lui depuis, sans qu'il ne l'ait jamais trahi.
« De plus, tu nous promettais une poudre magique pour fertiliser nos plantations et tu nous conviais à venir à Katarunk, ici même, conclure une alliance.
« Ayant vu tout cela, Swanissit a pensé dans son cœur, et il a réuni le Conseil des Mères et aussi celui des Anciens et il leur a dit qu'il fallait accepter de s'entendre avec un Blanc qui n'obéissait ni aux Anglais, ni aux Français, ni aux Robes Noires et qui, de plus, était généreux.
« Car Swanissit est vieux, comme je suis vieux moi-même, et nous savons, tous les deux, que les peuples des Cinq Nations ne sont plus, hélas ! ce qu'ils étaient jadis. Les guerres incessantes nous ont affaiblis et la traite des fourrures qui nous occupe trop fait que nous négligeons nos cultures, de sorte qu'il y a de grandes famines qui nous déciment l'hiver. La jeunesse voudrait toujours être sur le sentier de la guerre pour venger ses morts et ses insultes, mais « Assez de morts, dit Swanissit, sinon le peuple iroquois cessera d'être grand et redouté. Grâce à ce Blanc puissant et providentiel, nous voyons le moyen de reprendre haleine car un jour proche il sera plus fort que les Français de Canada et il réussira l'alliance des peuples dans la paix, ainsi qu'il est prédit et chanté dans notre « saga de Hiawatha ». »
« Voilà ce que disait Swanissit, et une grande partie de la nation l'a compris. Nous sommes donc venus pour te rencontrer, Blanc du Tonnerre, mais qu'avons-nous trouvé à Katarunk ? Nos ennemis qui nous attendaient pour nous achever !
Nicolas Perrot ne se laissa pas impressionner par son indignation peut-être feinte. La délégation à l'Homme du Tonnerre n'avait pas été le seul but du voyage des envoyés iroquois.
– Est-ce que, durant ce voyage vers Katarunk, vous n'avez pas poussé un peu plus loin à l'Est ? demanda Perrot d'un ton innocent.
– Certes, nous avions un petit compte à régler avec les Iroquois de la rivière Saint-Jean.
– Est-ce que vous n'avez pas aussi brûlé quelques villages par là-bas, massacré les habitants ?
– Bah ! À peine quelques-uns de ces putois rouges que les Français adorent tant, mais qui, en fait, ne savent même pas planter dans la terre un épi de maïs et une graine de tournesol, des sauvages et esclaves, quoi !
– Bon ! disons alors qu'au retour de votre campagne de guerre sur la rivière Saint-Jean vous avez décidé de passer par Katarunk pour y rencontrer l'Homme du Tonnerre...
– Mais qu'avons-nous trouvé ? répéta Tahoutaguète avec désespoir et colère. Est-ce toi, Tekonderoga, qui as préparé ce piège pour nous y faire tomber ? Tous nos pires ennemis rassemblés !... Et je ne parle pas seulement de ces traîtres de Hurons et d'Algonquins qui rêvent de nos scalps pour en obtenir un bon prix à Québec. Mais il y a aussi ce Loménie, le colonel, celui qui a promis à son Dieu fou de nous décimer tous avant de mourir, car cela est vrai que rien ne peut l'atteindre, lui, dans les combats, et il y a Pont-Briand qui marche sans bruit sur le sentier de la guerre, un Blanc qu'on n'entend pas venir, bien qu'il soit lourd comme un bison des plaines, et qu'y a-t-il encore avec eux ? Ah ! comment ai-je pu supporter la vue de ces félons ? Trois-Doigts qui fut mon frère aux Onnontagués, et Maudreuil qui fut le fils de Swanissit. Ils sont là, ils parlent de vengeance, eux qui ont agi avec une si grande traîtrise ! Trois-Doigts n'a-t-il pas tué deux de nos frères quand il s'est enfui de notre village, alors que pendant plus d'une année nous avions partagé la même chaudière ? Et Maudreuil, Swanissit l'a eu petit enfant. Il était beau, habile à la chasse, et nos cœurs ont été remplis de tristesse lorsque nous avons dû l'échanger contre deux de nos Principaux que les Français avaient faits prisonniers. Eh bien ! celui-là aussi, Trois-Doigts, il ne se souvient pas des bienfaits reçus de nos mains, ni de la chaleur de notre cabane, mais il est là, aujourd'hui, et il raconte qu'il veut venger la mort de sa famille, de son père, de sa mère, de ses sœurs que Swanissit a tués, jadis. Or ce n'est pas vrai. Swanissit n'a jamais scalpé de ses mains ni une femme, ni un enfant. Et Maudreuil le sait mieux que quiconque. Ce sont les Blancs qui nous ont appris à tuer les femmes et les enfants et qu'y pouvons-nous, nous les Anciens, si nos jeunes guerriers se sont mis à les imiter ? Mais pour moi qui suis vieux, je mourrai aussi dans la tradition de mes pères, sans avoir jamais tué ni une femme ni un enfant.
« Lorsque j'allais à Québec, combien de fois n'ai-je pas entendu moi-même les Français dire : « Fourbe comme un Iroquois » ?... Mais, dis-moi, qui est le plus fourbe de nous ou de ceux qui, comme Maudreuil et Trois-Doigts, trahissent les lois de l'adoption dont ils ont été nantis plutôt que de la mort... Vakia Toutavesa !
Il répéta à plusieurs reprises : « Vakia Toutavesa », ce qui signifie : « Cela me fait frémir et trembler jusqu'aux moelles »...
– Et la Robe Noire Etskon-Honsi qui est à Modesean ? Pour qui est-il venu ? Pour le Sortilège ? et notre envoûtement ? Et Piksarett, le chef des Patsuiketts, l'un de nos pires ennemis, et qui a bien trente chevelures de nos frères accrochées à la porte de son wigwam ? Pour qui est-il venu celui-là ?...