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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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Super.

Retour la case vingt ans.

Il assura son service distraitement.

La seule fille de l'univers capable de porter une charpe tricote par sa mme tout en restant jolie, ne serait jamais pour lui.

C'tait bte la vie...

Il fit un dtour par la ptisserie avant de partir, se fit engueuler parce qu'il n'avait toujours pas appel son ancien apprenti et rentra se coucher.

Il ne dormit qu'une heure parce qu'il devait se rendre la laverie. Il ramassa toutes ses fringues et les rassembla dans la housse de sa couette.

15

Dcidment...

Elle tait encore, l. Assise prs de la machine numro sept avec son sac de linge mouill entre les jambes. Elle lisait.

Il s'installa en face d'elle sans qu'elle l'et remarqu. a le fascinait toujours ce truc-l... Comment elle et Philibert taient capables de se concentrer... a lui rappelait une pub, un type qui mangeait tranquillement son Boursin pendant que le monde s'croulait autour de lui. Beaucoup de choses lui rappelaient une pub d'ailleurs... C'tait srement parce qu'il avait beaucoup regard la tl quand il tait petit...

Il joua un petit jeu : imagine que tu viens de rentrer dans cette Lavomatic pourrie de l'avenue de La Bourdonnais un 29 dcembre cinq heures de l'aprs-midi et que tu aperois cette silhouette pour la premire fois de ta vie, qu'est-ce que tu te dirais ?

Il se cala dans son sige en plastique, enfona ses mains dans son blouson et plissa les yeux.

D'abord, tu penserais que c'est un mec. Comme la premire fois. Peut-tre pas une folle, mais un type vachement effmin quand mme... Donc t'arrterais de mater. Quoique... Tu aurais des doutes malgr tout... cause de ses mains, de son cou, de cette faon qu'il avait de promener l'ongle de son pouce sur sa lvre infrieure... Oui, tu hsiterais... C'tait peut-tre une fille finalement ? Une fille habille en sac. Comme si elle cherchait cacher son corps ? Tu essayerais de regarder ailleurs mais tu ne pourrais pas t'empcher d'y revenir. Parce qu'il y avait un truc, l... L'air tait spcial autour de cette personne. Ou la lumire peut-tre ?

Voil. C'tait a.

Si tu venais d'entrer dans cette Lavomatic pourrie de l'avenue de La Bourdonnais un 29 dcembre cinq heures de l'aprs-midi et que tu apercevais cette silhouette sous la lumire triste des nons, tu te dirais exactement ceci : ben merde... Un ange...

Elle leva la tte ce moment-l, le vit, resta un moment sans ragir comme si elle ne l'avait pas reconnu et finit par lui sourire. Oh, presque rien, un lger clat, petit signe de reconnaissance entre habitus...

C'est tes ailes ? lui demanda-t-il en dsignant son sac.

Pardon ?

Nan, rien...

Une des scheuses s'arrta de tourner et elle soupira en jetant un coup d'il la pendule. Un clodo s'approcha de la machine, il en sortit un blouson et un sac de couchage tout effiloch.

Voil qui tait intressant... Sa thorie mise l'preuve des faits... Aucune fille normalement constitue ne mettrait ses affaires scher aprs celles d'un clochard et il savait de quoi il parlait : il avait presque quinze ans de laveries automatiques dans les pattes...

Il scruta son visage.

Pas le moindre mouvement de recul ou d'hsitation, pas l'ombre d'une grimace. Elle se leva, chargea ses vtements en vitesse et lui demanda s'il pouvait lui faire de la monnaie.

Puis elle retourna sa place et reprit son livre.

Il tait un peu du.

C'tait chiant les gens parfaits...

Avant de se replonger dans sa lecture, elle l'interpella :

Dis-moi...

Oui.

Si j'offre une machine laver qui fait aussi schoir Philibert pour Nol, tu crois que tu pourras l'installer avant de partir ?

...

Pourquoi,tu souris, l ? J'ai dit une btise ?

Non, non...

Il fit un geste de la main :

Tu peux pas comprendre...

H, fit-elle en tapotant son majeur et son index contre sa bouche, tu fumes trop en ce moment, toi, non?

En fait, t'es une fille normale...

Pourquoi tu me dis a ? Bien sr que je suis une fille normale...

Tu es du ?

Non.

...

C'est quoi ce que tu lis ?

Un carnet de voyage...

C'est bien ?

Super...

a raconte quoi ?

Oh... Je ne sais pas si a t'intresserait...

Nan, je te le dis carrment, a m'intresse pas du tout, ricana-t-il, mais j'aime bien quand tu racontes... Tu sais, je l'ai rcout le disque de Marvin hier...

Ah bon ?

Ouais...

Et alors ?

Ben le problme, c'est que je comprends rien... C'est pour a que je vais aller bosser Londres d'ail, leurs... Pour apprendre l'anglais...

Tu pars quand ?

Normalement, je devais prendre une place aprs l't, mais l, c'est le bordel... cause de ma grand-mre justement... cause de Paulette...

Qu'est-ce qu'elle a ?

Pff... j'ai pas trs envie d'en parler... Raconte-moi ton livre de voyages plutt...

Il approcha sa chaise.

Tu connais Albrecht Durer ?

L'crivain ?

Non. Le peintre.

Jamais entendu parler...

Si, je suis sre que tu as vu certains de ses dessins... Il y en a qui sont trs clbres... Un livre... Des herbes folles... Des pissenlits...

...

Moi, c'est mon dieu. Enfin... j'en ai plusieurs, mais lui c'est mon dieu numro un... T'en as des dieux, toi?

Euh...

Dans ton travail ? Je sais pas, moi... Escoffier, Carme, Curnonsky ?

Euh...

Bocuse, Robuchon, Ducasse ?

Ah, tu veux dire des modles ! Oui, j'en ai mais ils ne sont pas connus... enfin moins connus... Moins bruyants, quoi... Tu connais Chapel ?

Non.

Pacaud ?

Non.

Senderens ?

Le type de Lucas Carton ?

Oui... C'est dingue tout ce que tu connais... Comment tu fais ?

Attends, je le connais, comme a, de nom, mais je n'y suis jamais alle...

Lui, c'est un bon... J'ai mme un livre dans ma chambre... Je te montrerai... Lui ou Pacaud, pour moi, ce sont des matres... Et s'ils sont moins connus que les autres, c'est parce qu'ils sont dans leur cuisine, justement... Enfin, je te dis a, j'en sais rien... C'est l'ide que je m'en fais... Peut-tre que je me goure compltement...

Mais entre cuisiniers, vous parlez quand mme ? Vous vous racontez vos expriences ?

Pas tellement... On est pas trs bavards, tu sais... On est trop crevs pour jacter. On se montre des trucs, des tours de mains, on change des ides, des morceaux de recettes qu'on a piques ici ou l, mais a va rarement plus loin...

C'est dommage...

Si on savait s'exprimer, faire des belles phrases et tout a, on ferait pas ce boulot-l, c'est clair. Enfin moi en tout cas, j'arrterais tout de suite.

Pourquoi ?

Parce que... a rime rien... C'est de l'esclavage... T'as vu ma vie ? C'est n'importe quoi. Bon... euh... j'aime pas du tout parler de moi... Alors, ton livre, l ?

Oui, mon livre... Justement, c'est le journal tenu par Durer pendant son voyage aux Pays-Bas entre 1520 et 1521... Une espce de carnet ou d'agenda... C'est surtout la preuve que j'ai bien tort de le considrer comme un dieu. La preuve que c'tait un type normal lui aussi. Qui comptait ses sous, qui enrageait quand il ralisait qu'il venait de se faire rouler par les douaniers, qui laissait toujours tomber sa femme, qui ne pouvait pas s'empcher de perdre de l'argent au jeu, qui tait naf, gourmand, macho et un peu orgueilleux aussi... Mais bon, ce n'est pas trs important tout a, au contraire, a le rend plus humain... Et... Euh... Je continue ?

Oui.

Au dpart, c'est un voyage qu'il a entrepris pour un motif grave, savoir sa survie, celle de sa famille et des gens qui travaillaient avec lui dans son atelier. Jusqu' prsent, il tait sous la protection de l'Empe reur Maximilien Ier. Un type compltement mgalo qui lui avait pass une commande de folie : le reprsenter en tte d'un cortge extraordinaire pour l'immortaliser tout jamais... Une uvre qui sera finalement imprime quelques annes plus tard et qui fera plus de cinquante-quatre mtres de long... T'imagines le truc ?

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Сюжет
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Главный герой
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