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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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Mademoiselle,

Franck n'a pas su me dire de quelle couleur taient vos yeux alors j'ai mis un peu de tout. Je vous souhaite un Joyeux Nol.

Paulette Lestafier.

Camille se mordit la lvre. Avec le livre des Kessler qui comptait pour du beurre puisqu'il sous-entendait encore quelque chose du genre Eh, oui, il y en a qui font une uvre... , c'tait son seul cadeau.

Ouh qu'elle tait laide... Oh qu'elle tait belle...

Elle se mit debout sur son lit et la titilla autour de son cou la manire d'un boa pour amuser le marquis.

Pou pou pi dou wouaaah...

C'tait qui Paulette ? Sa maman ?

Elle termina son livre au milieu de la nuit.

Bon. Nol tait pass.

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De nouveau le mme ronron : dodo, mtro, boulot. Franck ne lui adressait plus la parole et elle l'vitait autant que possible. La nuit, il tait rarement l.

Camille se bougea un peu. Elle alla voir Botticelli au Luxembourg, Zao Wou-Ki au Jeu de paume mais leva les yeux au ciel quand elle vit la file d'attente pour Vuillard. Et puis, il y avait Gauguin en face ! Quel dilemme ! Vuillard, c'tait bien, mais Gauguin... Un gant ! Elle tait l, comme l'nesse de Buridan, prise entre Pont-Aven, les Marquises et la place Vintimille... C'tait affreux...

Finalement elle dessina les gens dans la queue, le toit du Grand Palais et l'escalier du Petit. Une Japonaise l'aborda en la suppliant d'aller lui acheter un sac chez Vuitton. Elle lui tendait quatre billets de cinq cents euros et se trmoussait comme si c'tait une question de vie ou de mort. Camille carta les bras :

Look... Look at me... I am too dirty... Elle lui dsignait ses croquenots, son jean trop large, son gros pull de camionneur, son charpe insense et la capote militaire que Philibert lui avait prte... They won't let me go in the shop... La fille grimaa, remballa ses billets et accosta quelqu'un d'autre dix mtres plus loin.

Du coup, elle fit un dtour par l'avenue Montaigne. Pour voir.

Les vigiles taient vraiment impressionnants... Elle dtestait ce quartier o l'argent proposait ce qu'il avait de moins amusant offrir : le mauvais got, le pouvoir et l'arrogance. Elle pressa le pas devant la vitrine de chez Malo : trop de souvenirs, et rentra par les quais.

Au boulot, rien signaler. Le froid, quand elle avait fini de pointer, tait encore ce qu'il y avait de plus dur supporter.

Elle rentrait seule, mangeait seule, dormait seule et coutait Vivaldi en serrant ses bras autour de ses genoux.

Carine avait un plan pour le Rveillon. Elle n'avait pas du tout envie d'y aller, mais avait dj pay ses trente euros de participation pour avoir la paix et se retrouver au pied du mur.

Il faut sortir, se sermonnait-elle.

Mais je n'aime pas a...

Pourquoi tu n'aimes pas a ?

Je ne sais pas...

Tu as peur ?

Oui.

De quoi ?

J'ai peur qu'on me secoue la pulpe... Et puis... J'ai aussi l'impression de sortir quand je me perds l'intrieur de moi-mme... Je me balade... C'est grand quand mme...

Tu veux rire ? C'est tout petit ! Allez, viens, elle sent le ranci ta pulpe...

Ce genre de conversation entre elle et sa pauvre conscience lui grignotait le cerveau des heures durant...

Quand elle rentra, ce soir-l, elle le trouva sur le palier :

T'as oubli tes clefs ?

...

a fait longtemps que tu es l ?

Il fit un geste agac devant sa bouche pour lui rappeler qu'il ne pouvait pas parler. Elle haussa les paules. Elle n'avait plus l'ge de jouer ce genre de conneries.

Il alla se coucher sans prendre une douche, sans fumer, sans chercher l'emmerder. Il tait explos.

Il sortit de sa chambre vers dix heures et demie le lendemain matin, il n'avait pas entendu son rveil et n'eut mme pas l'nergie de rler. Elle tait dans la cuisine, il s'assit en face d'elle, se servit un litre de caf et mit un moment avant de se dcider le boire.

a va ?

Fatigu.

Tu ne prends jamais de vacances ?

Si. Les premiers jours de janvier... Pour mon dmnagement...

Elle regarda par la fentre.

Tu seras l vers quinze heures ?

Pour t'ouvrir ?

Oui.

Oui.

Tu sors jamais ?

Si, a m'arrive, mais l je ne vais pas sortir puisque tu ne peux pas rentrer...

Il hocha la tte comme un zombi :

Bon, il faut que j'y aille, l, sinon je vais me faire dcalquer...

Il se leva pour rincer son bol.

C'est quoi l'adresse de ta mre ?

Il s'immobilisa devant l'vier.

Pourquoi tu me demandes a ?

Pour la remercier...

La... rrrre..., il avait un chat dans la gorge, la remercier de quoi ?

Ben... pour l'charpe.

Aaaah... Mais c'est pas ma mre qui te l'a faite c'est ma mm ! rectifia-t-il soulag, y a que ma mm pour tricoter aussi bien !

Camille souriait.

H, t'es pas oblige de la mettre, tu sais...

Je l'aime bien...

J'ai pas pu m'empcher de sursauter quand elle me l'a montre...

Il riait.

Et attends, toi c'est rien... Tu verrais celle de Phi-libert...

Elle est comment ?

Orange et verte.

Je suis sre qu'il la mettra... Il regrettera simplement de ne pas pouvoir lui faire un baisemain pour la remercier...

Ouais, c'est ce que je me suis dit en repartant... Une chance que ce soit vous deux... Vous tes les deux seules personnes au monde que je connaisse qui soient capables de porter ces horreurs sans avoir l'air ridicule...

Elle le dvisagea :

H, tu t'en rends compte que tu viens de dire quelque chose de gentil, l ?

C'est gentil de vous traiter de clowns ?

Ah pardon... Je croyais que tu parlais de notre classe naturelle...

Il mit un moment avant de lui rpondre :

Nan, je parlais de... de votre libert, je crois... De cette chance que vous avez de vivre en vous en foutant complte...

ce moment-l, son portable sonna. Pas de chance, pour une fois qu'il essayait de dire un truc philosophique...

J'arrive chef, j'arrive... Mais c'est bqn, l, je suis prt... Eh ben, Jean-Luc il a qu' les faire, lui... Attendez, chef, je suis en train d'essayer d'emballer une fille qu'est vachement plus intelligente que moi, alors, c'est sr, a prend plus de temps que d'habitude... De quoi ? Nan, je l'ai pas appel encore... De toute faon, je vous j'ai dit qu'il pourrait pas... Je le sais qu'ils sont tous dbords, je le sais... OK, je m'en occupe... Je l'appelle tout de suite... De quoi ?... De laisser tomber avec la fille ? Ouais, vous avez srement raison, chef...

C'tait mon chef, lui annona-t-il en lui adressant un sourire niais.

Ah bon ? s'tonna-t-elle.

Il essuya son bol, quitta les lieux et retint la porte de justesse pour l'empcher de claquer.

D'accord cette fille tait conne mais elle tait loin d'tre bte et c'est a qui tait bien.

Avec n'importe quelle autre nana, il aurait raccroch et puis voil. Alors que l, il lui a dit c'tait mon chef pour la faire rire, et elle, elle tait tellement maligne qu'elle avait mim l'tonne pour lui retourner sa blague. De parler avec elle, c'tait comme de jouer au ping-pong : elle tenait la cadence et t'envoyait des smashs dans les coins au moment o tu t'y attendais le moins, du coup, t'avais l'impression d'tre moins con.

Il descendait les escaliers en se tenant la rampe et entendait le cric-cric des pignons et des engrenages au-dessus de sa tte. Avec Philibert, c'tait pareil, il aimait bien discuter avec lui cause de a...

Parce que lui, il le savait qu'il n'tait pas aussi bourrin qu'il en avait l'air, mais son problme, c'tait les mots justement... Il lui manquait toujours des mots alors il tait oblig de s'nerver pour se faire comprendre... C'est vrai, c'tait vraiment gonflant la fin, merde !

C'tait pour toutes ces raisons que a l'ennuyait de partir... Qu'est-ce qu'il allait foutre quand il serait chez Kermadec ? Picoler, fumer, mater des DVD et feuilleter des magazines de tuning dans les chiottes ?

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Главный герой
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