Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
Satisfait de son examen, Jean de Batz remonta dans son cabinet, ouvrit une petite armoire prise dans la boiserie, en tira un registre dont il examina les chiffres avant d'en ajouter d'autres. Après quoi, pensant qu'il avait bien mérité quelque repos, il gagna l'étage, hésita un instant devant la porte d'Anne-Laure, constata qu'aucun rai de lumière ne filtrait et pensa qu'elle dormait. De toute façon, il lui en avait dit très suffisamment pour ce jour-là... En revanche, Marie devait l'attendre comme d'habitude et, après avoir frappé légèrement à sa porte, il entra.
La chambre, dont les couleurs jaune et blanc convenaient à la beauté brune de la comédienne, baignait dans la douce lumière d'un bouquet de bougies étagées dans un candélabre posé sur une table-bouillotte. Marie était assise, bras croisés, dans un petit fauteuil devant la fenêtre grande ouverte sur le parc et sur le rideau de pluie qui semblaient la fasciner. Elle ne détourna même pas la tête à l'entrée du baron.
- Vous allez prendre froid, reprocha celui-ci. C'est très mauvais pour la voix cette humidité...
- Je ne chante guère. Même plus pour vous qui n'avez jamais le temps de m'entendre... Et puis j'aime la pluie.
Il tira un fauteuil près du sien et prit sa main qu'il baisa tendrement et garda dans la sienne.
- Vous n'avez jamais eu les goûts de tout le monde, mon ange. C'est un peu pour cela que je vous aime.
- Vous le disiez mieux quand vous étiez mon voisin, rue Ménars, et que vous me permettiez encore de chanter aux Italiens.
- Je le dis comme je le pense, Marie, et c'est parce que je vous aime que je vous ai enlevée en quelque sorte. Il m'était odieux de vous savoir livrée aux jalousies mesquines de vos petites camarades et aux galanteries de vos admirateurs. Surtout ceux d'aujourd'hui, qui ont de moins en moins de ressemblance avec ceux d'hier : un seigneur reste toujours un seigneur, mais un brasseur ou un boucher ne sauraient s'adresser sur le même ton à une femme telle que vous. Pour tout le monde, votre santé fragile vous a conduite dans cette maison qui appartient officiellement à votre frère -directeur des Postes à Beauvais -, et j'en suis infiniment heureux. Cela me permet de veiller sur vous mieux que je ne saurais le faire partout ailleurs, en particulier dans les conditions qui s'annoncent. En acceptant de me suivre, vous m'accordez un esprit libre et un cour plein d'amour mais paisible...
Soudain, Marie se leva et alla fermer la fenêtre.
- Il pleut toujours, vous savez, fit Batz en souriant.
- Je sais, mais vous avez raison, c'est mauvais pour la voix et c'est pour la vôtre que je crains. Vous n'ignorez pas à quel point mon oreille musicale y est sensible et vous en jouez si bien !
Sans répondre il se leva, la rejoignit, la prit dans ses bras et lui donna un baiser si long qu'elle en défaillit un peu. Après quoi il l'enleva, la porta sur le lit et entreprit de lui démontrer, de façon fort convaincante, la chaleur de ses sentiments. Le temps des paroles était passé, venait à présent celui des soupirs...
Pourtant, un moment plus tard, alors que Jean étendu sur le dos s'abandonnait à la douce torpeur qui suit l'amour, Marie demanda soudain :
- Cette jeune dame que vous avez sauvée aujourd'hui... qu'allez-vous en faire?
- Je n'en sais rien, répondit-il sans ouvrir les yeux, mais en attirant Marie contre son épaule.
- Ne m'aviez-vous pas dit que vous comptiez la conduire en Bretagne auprès de sa mère ?
- C'était ma première idée, en effet, mais nous avons affaire à une désespérée. Elle m'a reproché de l'avoir sauvée et n'avait à la bouche que le mot mort ! Il est vrai qu'il y a un peu de quoi quand on a perdu son enfant et que l'on découvre que l'homme aimé n'a pas de plus cher désir que devenir veuf.
- Vous avez dit " avait ". Lui avez-vous fait changer d'idée ?
- Oui. En passant avec elle une sorte de pacte : au lieu de se tuer bêtement ou de se laisser égorger, je lui ai en quelque sorte racheté une vie dont elle ne veut plus, en lui promettant de lui fournir l'occasion de mourir pour quelque chose qui en vaille la peine.
- Et elle a accepté ?
- Elle a accepté et s'en remet à moi pour infléchir son existence dans le sens que je jugerai bon. Mais maintenant c'est à vous de jouer, ma douce.
- Moi ? Que devrais-je faire ?
- D'abord me dire si elle vous est sympathique. Sinon, je trouverai un autre arrangement...
- Le contraire serait difficile. Elle est charmante et pourrait l'être davantage si elle abandonnait cet air effacé qui fait penser à une nonne tirée de force de son couvent. Et l'on sent en elle une grande fierté naturelle. Du courage aussi...
- Alors faites en sorte qu'elle devienne une jeune femme jolie, élégante, un peu coquette même. Elle vous obéira. Aussi va-t-elle rester ici quelques jours. Ensuite, il se peut qu'une fois transformée et pourvue d'une autre identité - car il faut que Pontallec pense qu'il a réussi son mauvais coup -, je verrai à qui la confier. Peut-être à Nivernais qui l'aime beaucoup...
- Le mari n'est-il pas lié aussi au duc ?
- Sans doute mais il est loin. C'est lui, selon mes déductions, qui représente Monsieur auprès du roi de Prusse d'après le rapport de Devaux... Au fait, Michel est rentré tout à l'heure. Le duc de Brunswick est à quelque cinquante lieues de Paris.
- Je me doutais que c'était Devaux mais j'ai préféré vous laisser entre vous...
- Toujours toutes les délicatesses, Marie ? Vous méritez vraiment mieux que le sort que je vous fais...
- Il me convient. Rester auprès de vous est tout ce que je désire... Quant à votre protégée, je vais m'en occuper de façon que vous soyez content de moi.
- Rendez-lui le goût de se battre. C'est ce qui compte avant tout. Je ne la connais pas assez pour savoir comment je peux l'utiliser...
- Avez-vous une idée de ses capacités?
- Elle est intelligente, courageuse, capable de réactions assez violentes, elle est cultivée et parle trois langues. L'espagnol qu'elle a appris chez elle, l'anglais et l'italien qu'elle doit à Nivernais...
- C'est beaucoup plus que n'en offrent les dames de son rang.
- Certes, il faut que je réfléchisse... mais j'ai peut-être une idée...
- Encore une question. Ce... pacte que vous avez conclu avec elle, pensez-vous vraiment y jouer votre partie jusqu'au bout? Je veux dire... en lui permettant de mourir?
S'il eut une hésitation, elle fut imperceptible.
- Sans hésiter... si le jeu en vaut la chandelle!
- Je ne vous crois pas. Vous ne pouvez être à ce point dénué de pitié ?
- Pitié? Elle n'en demande pas. Elle veut la mort, elle aura la mort, à mes conditions. Jusque-là, je veux qu'elle vive au mieux... Ne me regarde pas ainsi, Marie ! ajouta-t-il sur un ton plus doux. Tu sais très bien à quelle cause j'ai voué ma vie. A chaque instant je suis prêt à la donner. Il doit en être de même pour ceux qui veulent bien me suivre sur le chemin que j'ai choisi. Je ne te l'ai pas caché, n'est-ce pas ?