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Tango chinetoque

Электронная книга - «Tango chinetoque». Краткое содержание книги:

Moi, vous me connaissez ?
J'ai pas l'habitude de vous mener en bateau, et quand ça m'arrive, c'est moi qui rame !
Alors si je vous affirme que vous n'avez pas encore jamais lu un bouquin comme celui-ci, vous pouvez me croire !
Dans le Tango chinetoque, vous allez trouver des trucs qui vous feront dresser les poils des bras sur la tronche ! Vous y verrez comment, en Chine, on fabrique mille kilomètres d'autoroute par jour ! Comment un mouton tombe amoureux de Béru ! Comment Béru opère de l'appendicite un zig qui n'en a pas besoin ! Vous y verrez comment le Gros et moi on se paye une virouze dans le cosmos ! Parfaitement ! Et puis, l'amour à la chinoise, ça ne vous dit rien ?
Cette extraordinaire aventure se passe en Chine, mais on ne rit pas jaune pour autant. Et si le coq gaulois se fait déplumasser le dargif par moments, ça ne l'empêche pas de chanter fort !
Non, franchement, je plains Louis XVI qui est mort trop tôt pour avoir pu lire ça !
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— Couche-toi ! crié-je en me jetant à plat ventre dans le marécage.

Bérurier m'imite sans piger.

— Qu'est-ce que c'est que ce machin incroyable ? balbutie-t-il.

— Un périscope ! Je viens de tout piger, Gros. La base est souterraine. Sa protection est assurée par un système d’œil électronique qui détecte la présence de tout corps étranger dans un périmètre donné. Nous sommes signalés et on tache de nous repérer au moyen de périscopes.

— On n'arrête pas le progrès ! banalise le Gros, vautré dans la fange.

— Le progrès non, mais nos activités, il se pourrait très bien qu'on les arrête avant longtemps.

Je me mets sur le dos pour suivre les mouvement du périscope. Il s'est hissé à deux mètres du sol et sa boule à facettes tournique lentement, monstrueuse prunelle à laquelle on devine que rien ne saurait échapper. Effectivement, la boule coiffée d'une calotte métallique s'est orientée vers le pied de sa tige, c'est-à-dire vers l'endroit où nous sommes. Elle ne bouge plus. Elle nous fixe. L'œil d'un homme, c'est parfois impressionnant, l'œil d'un serpent vous fait froid partout, mais le malaise que vous cause l'œil d'un robot n'est pas racontable. C'est l'œil du néant, l'œil de l'indifférence intégrale !

— Tu crois qu'il nous a vus ? demande Béru.

— Il nous regarde ! dis-je.

Je me redresse. Le champ de riz est hérissé d’autres périscopes, dont toutes les têtes chercheuses sont braquées sur nous. C'est affolant ! Une toile de Salvador Dali ! Un dessin de Procop ! Un cauchemar futuriste !

— On est marron, Gros. Maintenant notre compte est bon. On n'a plus que la satisfaction de caner dans la base que nous avions pour mission de découvrir.

— C'est maigrichon puisque personne ne le saura, remarque-t-il justement.

J'entends alors un léger sifflement. Sorti d'on ne sait où, un projectile en forme de soucoupe volante tournoie au-dessous de nos têtes et explose.

Je rentre la tête dans les épaules, m'attendant à essuyer un jet de mitraille, mais non.

Un gaz jaune-poison, très dense, s'en dégage qui s'abat sur nous. C'est un truc mortel, pas de problème. On va éternuer notre existence dans la rizière. Que faire ! Ah ! San-A., comme tu es génial ! Quel cerveau complet ! Quelle présence d'esprit ! Quelle promptitude dans la décision ! Je dirige le canon de ma mitraillette contre le tube du périscope et je praline.

Le tuyau se déguise en harmonica. Maintenant la nappe de gaz n'est plus qu'à un mètre de nos têtes. La mort s'abat sur nous, lentement, majestueusement.

— Bouche-toi le nez et respire avec la bouche plaquée contre un de ces trous ! dis-je à Béru.

Moi-même je lui donne l'exemple. Si vous nous voyiez, mes gosselines, vous vous fendriez le pébroque jusqu'au pubis tellement on est marrant, les deux, à jouer les Rémus et Romulus en têtant le tuyaux (c'est Béru qui fait Rémus, ou plutôt Raimu).

Bientôt nous ne nous voyons plus. Nous sombrons dans un nuage opaque comme l'œuf du même nom. Nous voici au cœur de la mort. Que notre bouche dévie de son orifice, ou que nous ne nous bloquions pas hermétiquement les deux narines et c'est scié. Je tête le goulet à petites goulées goulues. Le strict nécessaire pour que nos éponges continuent de fonctionner. J'ai le goût du métal dans la bouche. On ne bronche pas. On attend, vivant pour vivre, uniquement, n'ayant plus en tête que la farouche volonté de subsister encore, de durer un peu plus, désespérément. Le nuage soudain se disperse chassé par la brise. Nous conservons notre position. Nous sommes rivés à cette mamelle de fer. J'entends un glissement d'herbe. Deux silhouettes fantastiques s'avancent sur nous. Deux hommes vêtus de combinaisons spatiales en couillonium de soyépolihester marchent dans notre direction.

Rageusement, en retenant ma respiration, je les braque avec ma seringue et je leur virgule une rafale très sèche. Ils s'abattent. Je n'ai pas le temps de revenir m'abreuver d'oxygène au tuyau, l'effort m'a obligé de respirer. Rien ne se produit. La nappe toxique est partie.

— Enfilons ces fringues en vitesse, sans nous relever, dis-je à mon ami. C'est la seule façon de passer inaperçu.

— Mais les périscopes ?

— Si nous demeurons à ras de terre ils ne nous verront pas et celui-ci est déterioré.

Dévêtir ces deux gugus n'est pas un mince travail, passer leurs combinaisons en est un autre aussi délicat. C'est plein de sang frais à l'intérieur.

— Faudra mettre des rustines ! dit Béru, en passant son doigt dans l'un des trous.

Nous coiffons nos casques, nous nous relevons et je me mets à suivre à contre-courant la foulée des deux gars, visible dans le riz haut (de Janeiro). Cette dernière nous conduit à une trappe ouverte dans le sol. Sur le couvercle de celle-ci, on a collé des tiges de riz artificielles afin de le rendre invisible. Diabolique je vous dis !

Un escalier de fer est là, qui nous invite.

Sans hésiter je m'y engage !

CHAPITRE SEIZE

Une vingtaine d'échelons nous conduisent dans une sorte de cabine cylindrique aux parois garnies de caoutchouc-mousse (pour que ça fasse plus champêtre). Deux boutons s'y trouvent en saillie (comme on dit dans les haras). Il y en a un rouge et un vert. J'appuie sur le rouge. Il se produit un petit frisson électrique mais rien n'arrive. Alors je me paie le vert. Du coup, là-haut, la trappe enrizée se rabat, une rampe lumineuse s'éclaire dans la cabine et celle-ci s'enfonce dans les profondeurs de la terre. Du Jules Vernes, les gars ! La plongée est rapide. Derrière son hublot, le Béru badigeonné de jaune par les soins attentifs de Ko Man Kélé m'adresse une grimace, cependant que sa main droite, s'élève à la hauteur de mes yeux. Il oppose le pouce de sa dextre à ses quatre autres doigts groupés pour exprimer la trouille.

Je dois dire que ma témérité insensée donne le vertige. Délibérément voilà que nous pénétrons dans cette fichue base, sans une pensée pour les dangers qui nous attendent en bas.

Je parviens à lever légèrement la tête. Ce que je vois me fait frémir. L'escalier et son couvercle se trouvent à plus de cent mètres au-dessus de nous et nous nous enfonçons toujours, à une allure incroyable. Si nous n'étions pas alourdis par nos scaphandres nous nous envolerions sûrement.

La plongée vertigineuse se poursuit pendant un temps qui me semble infini. On a rejoint l'éternité. A ce train-là nous allons arriver au noyau terrestre, c'est pas possible. Ou alors, c'est le camarade Méphisto qui va nous accueillir. Enfin cela cesse. La cabine stoppe presque instantanément, mais sans secousse. Elle s'ouvre en deux, comme une cabine téléphonique cylindrique lorsqu'on fait coulisser la porte.

Nous sortons et le spectacle le plus impensable se présente à nous. Tout ce qui a précédé n'est rien ! Broutilles, billevesées, gadgets ! Nous touchons au démesuré, à l'impossible (auquel pourtant nul n'est tenu), à la fantasmagorie, au surnaturel ! C'est à crier ! A pleurer ! A béer ! A prendre ou à laisser ! Nous venons, écoutez bien gentes dames et doux seigneurs, de DESCENDRE sur la lune !

Non, je ne suis pas fou ! Je ne suis pas drogué ! Je ne rêve pas ! Mais la réalité (qui dépasse l'affliction) est indiscutable. Ou alors Béru et moi ne sommes nous-mêmes qu'une double illusion, un projet de San-A. et de Béru non abouti ! Un leurre (à propos quel leurre est-il, j'ai oublié ma montre ?).

Nous mettons le pied quelque part dans la mer des Salacités, ou dans celle des Rapatriés, je ne sais. Un sol mort, tout en cratères, s'étend sous nos pieds. Et, tout là-haut, inaccessible et toujours familière, la planète terre tournoie dans un ciel de velours noir, avec son continent américain, pareil à deux côtelettes superposées, avec son Afrique surmontée de son Europe. Son Asie, son Onasis, ses Oasis, ses sots assis, avec la France, avec Paris et toutes les villes, et toutes les sous-préfectures : Mantes, La Tour du Pin, Louhans (en voiture, s'il vous plaît !), et tous les cafés où l'on boit si frais, les restaurants où l'on mange si chaud, les petits hôtels où l'on fait l'amour si bruyamment, sans crainte des voisins grincheux, avant de rentrer chez soi pour regarder le foteballe à la télé. Toute la terre, mignonne dans le fond, possédant une bouille d'amie sous toutes les coutures ! La bonne terre pleine de vivants par-dessus et de braves morts par-dedans.

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