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L'ombre du Bourreau [The Shadow of the Torturer - fr]

Электронная книга - «L'ombre du Bourreau [The Shadow of the Torturer - fr]». Краткое содержание книги:

Une autre civilisation, aux moeurs étranges, très loin dans l’avenir.
Elevé depuis toujours dans la Guilde des Bourreaux, Sévérian est nommé Exécuteur dans une cité lointaine qu’il doit rejoindre à pied, par villes, monts et vaux, alors qu’il ignore tout des usages du monde. Voyage pittoresque dans l’espace et le temps, mais aussi voyage initiatique qui le confronte aux situations les plus étranges, dans un univers qui ne dévoile jamais complètement ses mystères. Premier volume d’une saga en passe de devenir l’une des plus belles de la SF, l’Ombre du Bourreau réconcilie avec une subtile audace le lyrisme de l’heroic fantasy et la vérité aiguë de la science-fiction dans un futur si lointain qu’il ressemble à un passé très ancien.
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Elle me regarda comme pour dire : « Y retournerai-je vraiment, en fin de compte ? » et je profitai de ma position – elle était entre maître Gurloes et moi – pour serrer fortement sa main. Elle était glacée.

« Un peu plus loin…

— Un instant. Puis-je choisir ? Est-ce que d’une manière ou d’une autre, je peux vous convaincre de… d’utiliser une machine plutôt qu’une autre ? » Il y avait encore du courage dans sa voix, devenue cependant encore plus ténue.

Gurloes secoua la tête. « C’est une question sur laquelle nous n’avons même pas notre mot à dire, châtelaine. Vous non plus. Nous nous contentons d’exécuter les sentences, telles qu’elles sont données ; nous ne faisons rien de plus que ce qui est demandé, ni rien de moins, et n’y apportons aucun changement. » Pour cacher son embarras, il s’éclaircit la gorge. « Le modèle suivant est également intéressant, je crois. Nous l’appelons le collier d’Allowin. On attache le client sur cette chaise, et cette pièce rembourrée vient peser sur son sternum. À chacune de ses respirations, ses liens se resserrent légèrement, si bien que plus il respire, moins il peut avaler d’air ; en théorie, ce supplice pourrait se prolonger indéfiniment. Des respirations très courtes, en effet, augmentent à peine la pression de la pièce rembourrée.

— Mais c’est horrible ! Et la machine qui se trouve derrière ? Celle avec tous ces fils et un grand globe de verre au-dessus de la table ?

— Ah, oui, dit maître Gurloes. Nous l’appelons la Révolutionnaire. Le sujet doit s’y étendre, ici même. Je vous en prie, châtelaine. »

Le geste d’invitation de Gurloes avait été clair ; pendant un long moment, Thècle resta immobile, complètement figée. Elle avait une stature plus élevée que le plus grand d’entre nous, mais on pouvait lire une peur tellement terrible sur son visage qu’elle n’avait plus rien d’imposant.

« Si vous ne vous y installez pas de vous-même, reprit maître Gurloes, nos compagnons seront dans l’obligation de vous y forcer. Cela vous déplaira certainement, châtelaine. »

Dans un murmure, Thècle répondit : « J’avais cru que vous alliez tout me montrer.

— Jusqu’à ce que nous atteignions l’appareil qui vous était destiné, oui, châtelaine. Il vaut mieux que le client ait l’esprit occupé. Veuillez vous étendre, maintenant, s’il vous plaît. Je ne vous le redemanderai pas. »

Elle s’allongea immédiatement sur la table, d’un mouvement vif et gracieux, comme je l’avais si souvent vue faire dans sa cellule. Les sangles avec lesquelles Roche et moi-même l’attachâmes étaient si vieilles et craquelées que je me demandai si elles allaient tenir.

Il fallait ensuite relier certains câbles d’un point à un autre de la salle d’examen, et régler des rhéostats ainsi que des amplificateurs magnétiques. Sur le panneau de contrôle, l’œil d’un rouge sanglant d’antiques lampes se mit à clignoter, et un bourdonnement, semblable à celui de quelque énorme insecte, s’éleva et remplit tout le lieu. Pendant quelques instants, le moteur si ancien de la tour se remit à vivre. L’un des câbles était mal connecté, et des étincelles bleues, comme de l’alcool en train de flamber, se mirent à jaillir irrégulièrement d’un branchement en bronze.

« La foudre », expliqua maître Gurloes, après avoir resserré la mauvaise connexion. « Il existe un autre mot plus juste, mais je l’ai oublié. Peu importe ; c’est la foudre qui actionne la Révolutionnaire. Bien entendu ce n’est pas quelque chose qui va vous frapper, châtelaine, comme pendant un orage. Mais c’est le principe qui dirige cette machine.

— Pousse la poignée qui est devant toi, Sévérian, jusqu’à ce que cette aiguille atteigne la graduation rouge. »

Un bobinage, que j’avais trouvé aussi froid qu’un serpent un moment auparavant, diffusait maintenant une douce chaleur.

« Quel effet cela fait-il ?

— Je suis incapable de vous le décrire, châtelaine. De toute façon, je ne l’ai jamais vu appliquer, vous comprenez. » La main de Gurloes toucha un commutateur du tableau de contrôle, et Thècle se trouva baignée dans une lumière tellement blanche et éblouissante qu’elle faisait disparaître toutes les autres couleurs de ce qu’elle touchait. La jeune femme hurla. J’ai entendu pousser bien des hurlements dans ma vie, mais celui-ci est resté le pire de tous ; il n’était cependant pas le plus puissant. Il allait en augmentant et en diminuant, mais sans s’interrompre, comme le font, quand elles crissent, les roues des charrettes.

Elle était encore consciente, lorsque s’éteignit la lumière blanche. Ses yeux, grands ouverts, regardaient fixement vers le haut ; néanmoins, elle n’eut pas l’air de voir ma main, ni de me sentir lorsque je la touchai. Sa respiration était courte et rapide.

Roche demanda : « Attendrons-nous qu’elle soit de nouveau capable de marcher ? » À sa façon de poser la question, je compris qu’il pensait qu’une femme de cette taille ne serait pas facile à transporter.

« Emmenez-la tout de suite », répondit maître Gurloes. Nous allâmes chercher le fardier.

Une fois toutes mes corvées de la journée accomplies, je me rendis dans sa cellule pour la voir. Elle avait entre-temps retrouvé tous ses esprits, mais était encore incapable de se lever. « Je devrais vous haïr », me dit-elle.

Il me fallut me pencher sur elle pour arriver à entendre ce qu’elle avait soufflé. « C’est normal, répondis-je.

— Mais je ne vous hais pas. Ce n’est pas pour vous, Sévérian ; mais si je hais mon dernier ami, que me restera-t-il ? » Il n’y avait rien à répliquer à cela, et je restai silencieux. « Avez-vous la moindre idée de ce que cela fut ? Il m’a fallu un grand moment avant de pouvoir seulement y penser. »

Sa main droite remonta lentement le long de son visage, cherchant les yeux. Je la lui saisis et l’obligeai à la reposer.

« J’ai cru voir mon pire ennemi, une sorte de démon. Et ce démon, c’était moi. »

Elle saignait du cuir chevelu. Je renouvelai le pansement, mais en l’assujettissant, je savais qu’il serait bientôt arraché. Les boucles noires de l’une de ses mèches de cheveux restaient prises dans ses doigts.

« Depuis, je n’arrive pas à contrôler les mouvements de mes mains… C’est-à-dire, je peux y arriver si je me concentre sur ce qu’elles sont en train de faire ; mais c’est très difficile, et je me sens tellement épuisée. » Sa tête roula de côté et elle cracha du sang. « Je me mords. Le dedans des joues, la langue et les lèvres. J’ai même senti mes mains qui essayaient de m’étrangler, et j’ai pensé oh, c’est merveilleux, je vais pouvoir mourir maintenant. Mais j’ai simplement perdu conscience ; elles ont dû être privées de leur force, car je me suis réveillée. C’est un peu comme l’effet produit par cette machine, n’est-ce pas ? »

J’acquiesçai. « Le collier d’Allowin.

— Oui, mais en pire. Mes mains tentent maintenant de m’aveugler, de m’arracher les paupières. Deviendrai-je aveugle ?

— Oui, répondis-je.

— Combien de temps mettrai-je à mourir ?

— Environ un mois. La chose qui est en vous et qui vous hait s’affaiblira en même temps que vous perdrez vos propres forces. La Révolutionnaire lui a donné vie, mais l’énergie dont se nourrit cette haine est la vôtre, et finalement, vous mourrez ensemble.

— Sévérian…

— Oui ?

— Je comprends, dit-elle. C’est quelque chose qui vient d’Érèbe, d’Abaïa. Un compagnon parfait pour moi. Vodalus…»

Je me rapprochai encore d’elle, mais ne pus distinguer ses paroles. Je finis par lui dire : « J’ai essayé de vous sauver. Je le voulais. J’ai volé un couteau et j’ai passé toute la nuit à guetter une occasion. Seul un maître, hélas, a autorité pour faire sortir un prisonnier d’une cellule, et il m’aurait fallu tuer…

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