L'ombre du Bourreau [The Shadow of the Torturer - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #1
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'ombre du Bourreau [The Shadow of the Torturer - fr]». Краткое содержание книги:
Elevé depuis toujours dans la Guilde des Bourreaux, Sévérian est nommé Exécuteur dans une cité lointaine qu’il doit rejoindre à pied, par villes, monts et vaux, alors qu’il ignore tout des usages du monde. Voyage pittoresque dans l’espace et le temps, mais aussi voyage initiatique qui le confronte aux situations les plus étranges, dans un univers qui ne dévoile jamais complètement ses mystères. Premier volume d’une saga en passe de devenir l’une des plus belles de la SF, l’Ombre du Bourreau réconcilie avec une subtile audace le lyrisme de l’heroic fantasy et la vérité aiguë de la science-fiction dans un futur si lointain qu’il ressemble à un passé très ancien.
— Vos amis ?
— Mes amis, oui. »
Ses mains recommencèrent à se déplacer, et un peu de sang goutta de sa bouche. « Me donnerez-vous ce couteau ?
— Je l’ai sur moi », répondis-je en le sortant de dessous mon manteau. Il s’agissait d’un vulgaire couteau de cuisine, avec une lame d’environ un empan.
« Il paraît bien aiguisé.
— Il l’est. Je connais l’art d’affiler une lame, et celle-ci est un vrai rasoir. » Tels furent les derniers mots que je lui adressai. Je glissai le couteau dans sa main droite et sortis.
Je savais que pendant un certain temps, sa volonté l’empêcherait d’agir. Cent fois, l’envie de retourner dans sa cellule et de lui reprendre l’arme m’assaillit : personne n’en aurait jamais rien su. Et j’aurais pu continuer tranquillement à vivre ma vie au sein de la guilde.
Je ne l’ai pas entendue râler ; peut-être n’a-t-elle même pas poussé un soupir. Mais alors que j’observais la porte depuis un long moment, je vis soudain s’écouler par-dessous un filet pourpre. Je me rendis aussitôt chez maître Gurloes, et lui avouai ce que je venais de faire.
13. Le licteur de Thrax
Je vécus, pendant les dix jours suivants, une vie identique à celle des clients ; j’avais été relégué dans l’une des cellules du premier niveau – à peu de distance, en fait, de celle occupée jusqu’ici par Thècle. Mais afin que la guilde ne se trouvât pas accusée de m’avoir incarcéré illégalement, sans procès, la porte n’était pas fermée à clef. Simplement, elle était gardée en permanence par deux compagnons, l’épée à la main, et je n’en franchis qu’une seule fois le seuil, le deuxième jour, lorsque l’on m’amena auprès de maître Palémon, à qui je dus répéter mon histoire. Cette entrevue, si l’on veut, tint lieu de procès. Pendant tout le reste du temps, la guilde réfléchit au verdict qu’elle allait prononcer.
On prétend que l’un des avantages du temps, dans sa façon de conserver les faits, est la manière particulière dont il transforme en vérités nos mensonges passés. Il en alla ainsi pour moi. J’avais menti lorsque j’avais proclamé aimer la guilde, et ne rien désirer d’autre que de rester en son sein. J’étais en train de m’apercevoir que ces mensonges devenaient vérités. Je trouvai soudain infiniment attrayante la vie d’un compagnon – et même celle d’un apprenti ; non pas simplement parce que j’avais la certitude que j’allais mourir, mais authentiquement attrayante en elle-même. Car c’était la vie que je venais de perdre. Je voyais maintenant tous les frères du point de vue des clients, c’est-à-dire comme des êtres puissants, principes actifs d’une machine inamicale mais presque parfaite.
Je savais que mon cas était tout à fait sans espoir, et je pus faire sur moi-même l’expérience de ce que maître Malrubius s’était efforcé de m’inculquer alors que je n’étais encore qu’un enfant : à savoir que l’espoir est un mécanisme psychologique parfaitement indépendant de la réalité extérieure. J’étais jeune, on me nourrissait correctement et on me laissait dormir : j’espérais donc. Que ce soit pendant mon sommeil ou mes heures de veille, sans cesse je rêvais que Vodalus interviendrait au moment où je serais sur le point de mourir. Et non pas tout seul, comme lorsque je l’avais vu se battre dans la nécropole, mais à la tête d’une puissante armée qui balaierait des siècles de décadence et ferait de nous, à nouveau, les maîtres des étoiles. J’avais souvent l’impression d’entendre enfler, dans les couloirs sonores qui desservaient les cachots, le bruit de bottes de cette armée, et il m’arrivait même parfois de m’avancer, la chandelle à la main, jusqu’au guichet de la porte, ayant cru apercevoir le visage de Vodalus dans l’obscurité.
Comme je l’ai déjà mentionné, je m’attendais à être condamné à mort. La question qui m’occupa le plus l’esprit, durant ces journées qui n’en finissaient pas, concernait les moyens qui seraient employés. J’avais appris toutes les techniques utilisées par les bourreaux ; mais maintenant, je ne pouvais pas m’empêcher de les imaginer, soit les unes après les autres comme elles m’avaient été enseignées, soit toutes ensemble dans une apocalypse de douleur. Rester nuit et jour dans une cellule confinée dans un sous-sol, à penser à des tortures, est en soi une torture.
Maître Palémon me convoqua le onzième jour. Je pus voir de nouveau la lumière rouge du soleil et respirer ce vent humide, qui, vers la fin de l’hiver, est comme l’annonce du printemps. Mais oh, ce qu’il m’en coûta, en passant devant la porte ouverte de la tour, d’apercevoir au loin le portail dit « des cadavres », lequel est percé dans le mur d’enceinte, et le vieux frère Portier se promenant devant…
Le bureau de maître Palémon me parut très grand lorsque j’y pénétrai – mais aussi très précieux, comme si tous les livres poussiéreux et les papiers qui s’y trouvaient étaient ma propriété. Il me pria de m’asseoir. Il n’était pas masqué et me parut plus vieux que dans mon souvenir. « Nous avons discuté de ton cas avec maître Gurloes, me dit-il sans préambule. Nous nous sommes vus dans l’obligation de mettre non seulement tous les compagnons dans la confidence, mais aussi les apprentis. Il vaut mieux qu’ils sachent tous la vérité. La plupart estiment que tu mérites la mort. »
Il attendit apparemment que je fasse un commentaire, mais je gardai le silence.
« Malgré tout, beaucoup de choses ont été dites pour ta défense. Au cours de plusieurs rencontres privées, un certain nombre de compagnons ont insisté aussi bien auprès de maître Gurloes que de moi-même, pour que tu sois autorisé à mourir sans souffrances. »
Je ne saurais dire pourquoi, mais il devint pour moi d’une importance vitale de savoir combien d’amis s’étaient ainsi manifestés et je posai la question.
« Plus de deux, et même plus de trois ; le nombre exact n’a pas d’importance. Estimes-tu mériter de mourir dans les tourments ?
— Par la Révolutionnaire », répondis-je, dans l’espoir qu’en ayant l’air de rechercher cette mort comme une faveur, elle ne me serait pas accordée.
« Oui, voilà qui conviendrait. Néanmoins…» Il choisit cet instant pour faire une pause. Une minute passa, puis une deuxième. La première mouche à abdomen cuivré de la saison se mit à bourdonner contre la meurtrière. J’aurais voulu l’écraser, l’attraper et la relâcher, dire en hurlant à maître Palémon de parler, fuir son bureau ; mais je ne fis rien de tout cela et me contentai de rester assis sur la vieille chaise de bois, devant sa table. J’avais l’impression d’être déjà mort et en même temps de devoir encore mourir.
« Nous ne pouvons pas te tuer, vois-tu. J’ai eu toutes les peines du monde à convaincre Gurloes de ce fait ; et cependant, rien n’est plus vrai. Si nous t’exécutons sans en avoir reçu l’ordre de la justice, nous ne valons pas plus que toi. Ce n’est pas parce que tu t’es montré parjure vis-à-vis de nous, que nous devons en faire autant vis-à-vis de la loi. Et qui plus est, nous ferions courir de grands risques à la guilde, et pour toujours : un Inquisiteur serait en droit de nous accuser de meurtre. »
Il attendit ma réaction, et je lui dis : « Mais étant donné ce que j’ai fait…
— Une telle sentence serait juste, oui. Cependant, nulle part la loi ne nous autorise à prendre la vie de quelqu’un de notre propre chef. Ceux qui détiennent le droit de le faire sont à bon droit jaloux de leur privilège. Nous pourrions nous présenter devant eux : le verdict ne fait aucun doute. Mais au cas où nous prendrions cette décision, la réputation de la guilde se trouverait publiquement et irrévocablement atteinte. Une bonne partie de la confiance qui nous est faite disparaîtrait, de façon permanente. Il faudrait s’attendre que quelqu’un, à l’avenir, vienne contrôler nos affaires. Te plairait-il de voir nos clients gardés par les soldats, Sévérian ? »