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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Chapitre 17

Gabriel Berne s'était arrêté au bord du sentier pour vriller un regard sombre et réprobateur sur un groupe de jeunes filles et d'enfants qui pouffaient et riaient sous cape en regardant les trois fils du vieux Mac Grégor et leur père revêtir leurs plaids à ceinturon. Cela faisait quatre Écossais pour la cérémonie. Si celle-ci présentait un brin de cocasserie et pouvait provoquer l'hilarité juvénile, ou l'intérêt curieux des passants, elle n'avait en soi rien de répréhensible.

Pourtant, elle semblait inspirer à Maître Berne des réflexions fâcheuses et amères qui l'absorbaient tellement que, lorsqu'il aperçut Angélique à quelques pas de lui, il ne pouvait plus la fuir. Ce qu'il n'avait cessé de faire depuis quelques jours.

Angélique qui, elle, l'avait cherché partout, ne voulant pas quitter Gouldsboro sans lui avoir dit son fait, dès qu'elle l'avait aperçu observant un spectacle de rue, s'était empressée de le rejoindre.

Vexé de s'être laissé surprendre, son ancien maître de La Rochelle choisit de passer à l'attaque.

– Voyez-moi donc ces donzelles ! fit-il avec un grand geste vers le groupe des rieuses, et sans même penser à la saluer. Elles gloussent comme des poules, se chuchotent à l'oreille des réflexions libertines sur ces grossiers personnages qui osent, en plein jour, se présenter en chemises sans hauts-de-chausses, hors de leur maison, et s'exhiber ainsi dans un établissement aux mœurs dignes.

Angélique reporta son attention sur la scène qui l'indignait tellement.

Dans l'aimable lumière d'un soleil matinal, les trois solides jeunes gens et leur père non moins robuste malgré ses favoris blancs, venaient de surgir sur le seuil de la cabane où ils avaient passé la nuit. C'était un fait qu'ils n'étaient vêtus que de leurs seules chemises, aux pans flottants.

Ces Écossais du Nouveau Monde portaient la chemise traditionnelle, encore teinte au safran, que l'on disait de toile irlandaise, et qu'ils imprégnaient autrefois de poix pour supporter la pluie et les embruns salés de la mer.

Ils s'avancèrent de quelques pas et se rangèrent à distance les uns des autres, puis commencèrent par se coiffer gravement de leurs grands bérets bleus à pompons, et ensuite enfilèrent ces bas de lainage rouge qui avaient fait surnommer les habitants du Highlands « Red Shankes », et qu'ils lièrent sans façon sous les genoux d'un brin d'herbe ou de paille. Les pans de leurs chemises claquaient au vent, ce qui agaçait Maître Berne.

– Ils ne portent pas de nippes. À Londres, j'ai entendu leurs officiers dire que c'était commode pour les fouetter.

Depuis longtemps, en rupture de toute armée, les Écossais de l'île Monégan étaient loin de tels souvenirs. Après avoir noué un foulard à deux nœuds autour de leur cou, ils entreprenaient la phase importante de leur habillement, c'est-à-dire de se draper dans leurs grands plaids aux dessins et aux couleurs de leur clan, celui des Mac Grégor, venus d'Écosse en 1628 avec Sir William Alexander, et dont la plupart avait essaimé dans la Baie Française pour y faire souche.

Tout d'abord les quatre hommes posaient leurs ceinturons à même le sol, à une distance exacte les uns des autres.

Puis chacun étalait sur son ceinturon son plaid ou tartan à carreaux de couleurs, vaste pièce de ce tissu de « tiretaine » qui lui avait donné son nom, et qui leur servait la nuit de couverture, en prenant garde que la partie qui formerait la jupe ou kilt, fût plus courte que l'autre. Ils plissaient soigneusement le plaid de façon que les deux extrémités de la ceinture finissent par dépasser de part et d'autre, se couchaient dessus en veillant à ce que le bord vers le bas fût à peu près à la hauteur du creux des genoux, rabattaient les pans sur eux.

Ils bouclaient les ceinturons. Ensuite, se relevant, chacun arrangeait à son goût la retombée plus longue du tartan, comme des femmes eussent fait d'un manteau de robe gonflé par-derrière ou rejeté sur l'épaule. Quand il faisait mauvais temps, ils s'en enveloppaient jusque par-dessus la tête comme d'une capuche.

Habitués à amuser les foules quand ils se présentaient hors de leurs îles, ils saluèrent joyeusement les petits spectateurs qui avaient applaudi et les suivirent tandis qu'ils descendaient vers la grand-place et gagnaient l'Auberge-sous-le-fort.

Berne s'était détourné sans répondre à leur salut cordial.

– Nous sommes envahis d'indésirables, de personnages sans décence.

– Je crois plutôt que c'est votre conscience mal à l'aise qui vous fait voir sous un mauvais jour les hôtes de Gouldsboro, dont ces gens de Monégan sont certainement les plus agréables. Tout Écossais qu'ils sont et sans nippes, puisque cela vous préoccupe, il y a grande chance pour qu'ils soient aussi presbytériens, c'est-à-dire, comme vous, adeptes de la Réforme... Mais... Il suffit. J'ai des reproches à vous adresser, Maître Berne, et ne croyez pas que vous pourrez les esquiver !

« Comment avez-vous osé traiter une femme aussi merveilleuse qu'Abigaël, jusqu'à l'emprisonner, l'empêcher de demander du secours, écarter d'elle ses enfants. C'est la première fois que j'entends parler d'un homme civilisé se permettant un tel comportement envers une épouse qui ne le méritait en rien. Et pourtant, Dieu sait que j'ai rencontré de sombres brutes et d'indignes individus dans ma vie ! Aucun, vous dis-je ! Il faut que ce soit vous, Maître Gabriel Berne, de La Rochelle, qui franchissiez les bornes !

« Vous mériteriez qu'elle se conduise comme celle qui lui a donné son nom, l'Abigaël de la Bible, qui finit par se lasser de son ours de mari, Nabal, l'homme de Maon, un homme fort riche, possédant des biens à Carmel. « Le nom de cet homme était Nabal, et sa femme s'appelait Abigaël. C'était une femme de bon sens et belle de figure, mais l'homme était dur et méchant... »

« Vous savez ce qui lui est arrivé à ce Nabal lorsque la pauvre Abigaël s'est lassée de courir en tous sens pour réparer ses injustices et éviter les effusions de sang que la grossièreté et la mauvaise foi de son époux provoquaient ? Vous le savez ?... Ou faut-il que je vous en fasse le récit ?

– Non, pour l'amour du Ciel ! protesta Berne qui avait essayé en vain de l'interrompre. Inutile ! Je connais ma Bible et mieux que vous.

– C'est à voir. En tous cas, je ne feindrai pas d'ignorer les raisons qui vous ont poussé à cet acte impardonnable envers votre Abigaël à vous. Vous vouliez l'empêcher d'accueillir mes amies qui venaient de Salem pour me voir. Avant de vous condamner, j'écoute votre défense. Que vous ont fait ces femmes ?

– Elles sont anglaises, sorcières et pécheresses.

– « Que celui qui est sans péché leur jette la première pierre. »

Elle savait que Maître Berne ne supportait pas de l'entendre citer les Écritures. Tout en l'admirant, la vénérant en secret, il estimait que ses façons de vivre et de penser, jugées par lui « athées et libertines » ne l'autorisaient pas à se référer aux Livres saints, et son rappel de la Bible à propos de la conduite d'Abigaël, épouse de Nabal, l'avait mis sur des épines, d'autant plus qu'il ne pouvait rien lui rétorquer.

– De surcroît, continua Angélique, elles sont belles et aimables, ce qui est, je le sais, une faute rédhibitoire aux yeux de certains... Esprits aigris et misogynes parmi lesquels je ne voudrais pas avoir à vous compter.

– Il a été écrit : « Tu ne permettras pas au sorcier de vivre. »

– Et moi je rétorque : elles ne font que le Bien. Or il a été écrit : « On reconnaît l'arbre à ses fruits ! » Ceci dit, et pour en finir avec l'odieuse attitude que vous vous êtes permis d'afficher non seulement envers Abigaël, mais envers nos invitées anglaises, sachez que c'est pour moi très pénible que de voir des amies qui me sont chères refusées par d'autres amis auxquels mon cœur est également attaché. Cela me met en face d'un choix impossible que je ne peux décider sans chagrin, sans dommage pour mon cœur et que je ne déciderai pas. Mais qui m'entraîne à blâmer ceux qui, par leur manque de charité, me mettent devant ce choix...

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