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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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Aucun des deux n’a eu gain de cause dans treize cas (26 %). Après la parenthèse se trouve l’orthographe qui a triomphé : avéque (avecque) avec, coûtume (coustume) coutume, éfets (effects) effets, éfroy (effroy) effroi, extréme (extresme) extrême, même (mesme) même, nôces (nopces) noces, parètre (paroistre) paraître, rédeur (roideur) raideur, tête (teste) tête, toûjours (tousjours) toujours, trionfans (triomphons) triomphant, vû (veu) vu.

Notons dans ces exemples que nous comprenons plus facilement l’orthographe de ces dames que celle de l’Académie.

And the winner is… Dans vingt-six cas (52 %), ces dames ont eu raison : aîné (aisnés), âpre (aspre), auteur (autheur), avis (advis), avocat (advocat), défunt (deffunct), éclairée (esclairée), écloses (escloses), écrits (escrits), éloigner (esloigner), établir (establir), fait (faicts), flûte (fluste), goût (goust), hôtel (hostel), méchant (meschant), prône (prosne), réjouissance (resjouissance), répondre (respondre), savoir (sçavoir), solennité (solemnité), suprême (supresme), trésors (thrésors), troisième (troisiesme), être (estre).

Les 2 % restants ne sont qu’un mot : alors que beaucoup, par fidélité à Estienne, s’obstinent à écrire aage, l’Académie française, à son corps défendant, donnera raison aux précieuses et publiera âge.

Elles avaient majoritairement raison. C’est pourquoi elles seront appréciées de partisans de la simplification comme Lesclache. Cela n’empêchera pas, encore en 1845, un certain Francis Wey dans ses Remarques sur la langue française de déplorer « la profonde stupidité, le défaut absolu de logique et de discernement qui présidèrent à cette mutilation, opérée par un trio de pimbêches ». L’obstination dans la bêtise n’est pas l’apanage de notre époque…

105. POURQUOI LA LANGUE FRANÇAISE EST-ELLE MACHISTE ?

Parce que le latin chéri de nos académiciens manque de femmes.

Le masculin l’emporte sur le féminin dans l’accord des participes passés. Prenons la personne la plus nulle en orthographe, la seule règle qu’elle retienne est celle-là ! Et ce quel que soit son sexe ! À ma connaissance, elle n’a jamais été remise en cause ni n’a subi l’ombre d’une discussion. Les femmes ont mis trois cents ans pour entrer à l’Académie alors que rien dans ses statuts ne l’empêchait d’en recevoir.

Tout le monde se souvient des polémiques autour de la féminisation des fonctions. Pourtant, il y eut des tentatives antérieures.

En 1297, dans Le Livre de la taille de Paris, nous trouvons des termes féminins : archiere, bouchere, boursiere, cervoisiere, chambrière, chandeliere, chapeliere, cordoaniere, couturiere, cuisinière, escueliere, estuveresse, estuviere, feronne, fromagiere, lavandiere, liniere, mairesse, marchande, mareschale, merciere, oublaiere, ouvriere, pevriere, portiere, potiere, poulailliere, prevoste, tainturiere, tapiciere, taverniere.

Les femmes de l’époque de Molière ont la réputation d’être rétives à l’orthographe. Nous pouvons en assigner partiellement la faute aux jésuites. Ils sont nés durant la Contre-Réforme, qui insistait sur la nécessité de former des prêtres. Le haut clergé s’exprime en latin, la messe est dite en latin. Or les femmes n’ont pas accès à la prêtrise. Il n’est donc pas nécessaire de leur enseigner la langue de Messaline. Voilà pourquoi le beau sexe n’est pas initié aux délices d’une langue considérée par les écoles religieuses comme une ouverture vers une carrière ecclésiastique. Le français est surtout enseigné dans les écoles de filles et cela durera très longtemps.

Le latin ne figure d’ailleurs pas dans le programme de Saint-Cyr, école de filles fondée par l’adorable marquise de Maintenon. Au XIXe siècle, l’abbé Le Tellier dira : « La science fondamentale de l’instruction des jeunes filles est la connaissance de leur langue. » Pour des raisons religieuses, ces dames sont dispensées de la langue d’Agrippine, considérée comme celle du savoir religieux et scientifique, c’est-à-dire, pour nos barbons, masculin.

Conséquence : n’en déplaise à Jacqueline de Romilly, les dames ont la réputation de ne rien comprendre à l’étymologie qui guidait l’orthographe des cerveaux mâles remplis de latin. À une époque où l’on écrit selon son opinion, elles ont tendance à ignorer l’écriture latine et à écrire plus simplement. Ceci explique certains soutiens, tel celui de Louis Meigret, grammairien lyonnais partisan de l’écriture phonétique, qui loue « les petits enfants, les femmes, les étrangers, c’est-à-dire ceux qui ont le simple naturel, et qui ne sont embrouillés de nos belles raisons étymologiques », et donne comme conseil aux hommes : « Messieurs, faites simple : écrivez comme votre charmante épouse. » Naturellement, certains profiteront de cette simplicité pour émettre des réflexions qui ne passeraient plus aujourd’hui.

Descartes, qui n’en rate pas une, expliquera qu’il publie son Discours de la méthode en français afin que « tout le monde puisse [l]e lire des plus subtils jusqu’aux femmes », et s’empresse d’en fournir une version latine.

Cela explique sans l’excuser une réflexion qui sera longtemps reprochée à l’Académie française. Dans la préface de la première édition de son Dictionnaire, elle est à deux doigts d’écrire : « Parlant généralement de l’orthographe, la Compagnie déclare qu’elle désire suivre l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes. » Sans doute Marguerite Yourcenar leur est-elle apparue en songe, et ils ont biffé la fin.

Cela dit, tous les académiciens ne sont pas machos. M. Charpentier, auteur d’un projet de préface non retenu, désire que l’Académie veille à ce que son Dictionnaire soit accessible à tout Français : « Afin qu’il fut d’usage à ceux qui n’entendent que cette Langue, et entre autres aux Dames qui ont ordinairement de plus agréables occupations que de donner une partie de leur temps à l’étude des Langues anciennes. »

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