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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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L’Académie dédie son œuvre à Louis XIV en des termes plutôt courtisans. Tout en le flattant, elle décrit une langue dominante. Je vous reproduis le texte tel quel afin que vous vous fassiez une idée de son orthographe.

Nous ne doutons point que le respect qu’on aura pour une Langue que vous aurez parlée, que vous aurez employée à dicter vos Conseils, & à donner vos ordres à la liste de vos Armées, ne la fasse triompher de tous les siecles. La superiorité de vostre Puissance l’a desja rendue la Langue dominante de la plus belle partie du monde. Tandis que nous nous appliquons à l’embellir, vos armes victorieuses la font passer chez les Étrangers, nous leur en facilitons l’intelligence par nostre travail, & vous la leur rendez necessaire par vos Conquestes ; & si elle va encore plus loin que vos Conquestes, si elle voit aujourd’huy establie dans la pluspart des Cours de l’Europe, si elle réduit pour ainsi dire les Langues des Païs où elle est connue, à ne servir presque plus qu’au commun du Peuple, si enfin elle tient le premier rang entre les Langues vivantes, elle doit moins une si haute destinée à sa beauté naturelle, qu’au rang que vous tenez entre les Rois et les Heros.

Cet extrait témoigne non seulement de la flagornerie des académiciens, mais aussi de l’orthographe qu’ils ont retenue. Elle ignore l’accent grave et le circonflexe que Corneille défendait. Tel Robert Estienne, elle ne met qu’une seule fois par mot l’accent aigu. Elle utilise les trémas et se sert des majuscules de manière anarchique. Le « et » est toujours représenté par &.

Sa Majesté les accueillera en disant : « Messieurs, voicy un Ouvrage attendu depuis longtemps. » Le compliment est ambigu !

En 1718, l’Académie publie la deuxième édition de son Dictionnaire, la première à être organisée par ordre alphabétique : dans la première, les mots avaient été rangés par familles. Régnier-Desmarais y prend un rôle dominant ; or il n’était pas vraiment un partisan de l’écriture phonétique et des innovations typographiques. Par conséquent, le Dictionnaire continue de refuser l’accent circonflexe. Néanmoins, dans un souci pédagogique, il précise les mots dont le s se prononce, comme « hospitalité ». L’Académie préfère cette solution à une « réformation de l’orthographe ».

Elle change peu, mais nous pouvons ressentir une hésitation dans sa préface. « L’usage, qui en matière de langue est plus fort que la raison, introduit peu à peu une manière d’écrire toute nouvelle, l’ancienne nous échappe tous les jours […] il ne faut point se presser de la rejeter, on ne doit pas non plus faire de trop grands efforts pour la retenir. »

Visiblement, le vent est en train de tourner !

L’édition de 1740 le confirme, et provoque le plus grand changement auquel la vénérable institution consentit. Cette troisième édition fait ressortir la personnalité de l’abbé d’Olivet. Jésuite, il devient académicien en 1723. Particulièrement assidu et dévoué, il se voit confier en 1735 la responsabilité de normaliser l’orthographe. Il ne traîne pas. En 1736, la lettre A est chez l’éditeur.

Cette édition marque une étape dans l’évolution de l’orthographe. Selon Marcel Cohen (Histoire d’une langue, le français), un quart des mots change. Dans la préface, l’abbé d’Olivet répond à l’avance à ses détracteurs. Il explique que les gens sont naturellement attachés à l’orthographe apprise dans leur jeunesse, même si « la génération qui vient après eux en [suit] déjà une différente. Ce n’est qu’après qu’ils ne sont plus, que les changements dont nous parlons, et qu’ils avaient refusé d’adopter, se trouvent généralement reçus ». Ensuite, il explique : « L’on ne doit point en matière de Langue, prévenir le Public, mais il convient de le suivre, en se soumettant, non pas à l’usage qui commence, mais à l’usage généralement reçu. »

En 1762, l’Académie publie sa quatrième édition. L’abbé d’Olivet est toujours à la manœuvre. Il sera soutenu par l’entrée de plusieurs philosophes, tels Voltaire, Buffon, d’Alembert… On a souvent opposé les philosophes au bel abbé. Le philologue Michel Dessaint, dans sa présentation des préfaces au Dictionnaire de l’Académie, démontre que cette opposition n’est pas si évidente. Les partisans de l’Encyclopédie apporteront beaucoup de mots, mais laisseront l’abbé continuer son œuvre orthographique.

En 1778, Voltaire, académicien peu assidu jusque-là, convainc d’Alembert de se lancer dans un dictionnaire qui donnera l’étymologie des mots, la conjugaison des verbes irréguliers, des exemples tirés des auteurs reconnus, des expressions pittoresques d’auteurs tels Montaigne ou Charron… Son objectif est de créer un dictionnaire aussi agréable que nécessaire. Il lui en fait part le 30 mars, mais meurt le 30 mai. L’idée tombe à l’eau, mais inspirera bien des dictionnaires du XIXe et du XXe siècle. Ce sacré Voltaire avait le sens du commerce !

En 1798, l’Académie publie son cinquième dictionnaire. Cette édition subit les affres de la Révolution. L’institution a été supprimée et remplacée par un Institut qui influencera le vocabulaire, mais pas vraiment l’orthographe.

Sous l’impulsion de son frère Lucien, Napoléon rétablit l’Académie, installe les académiciens quai de Conti et demande à David de leur dessiner un beau costume. Louis-Philippe, quant à lui, leur accordera de nouveaux statuts. En 1832, le gouvernement Guizot décide que tous les fonctionnaires devront savoir écrire le français sans fautes et rend obligatoire l’enseignement de l’orthographe. Le patois est interdit dans les écoles. Le temps où chacun écrivait comme il voulait est bien passé.

Trois ans plus tard, l’Académie publie son Dictionnaire. Cette édition arrive à un moment où l’orthographe, devenue obligatoire et un outil de promotion, va se figer. Les décisions prises à cette époque sont toujours en vigueur près de deux cents ans plus tard. L’Académie décide de limiter le pluriel en oux à sept mots que les écoliers apprendront par cœur. Elle remet le t à « des enfants », au grand dam de Chateaubriand qui regrette l’époque où l’on écrivait « des enfans ». Dans le même ordre d’idées, elle remet les autres consonnes qu’on enlevait au pluriel : « un drap, des draps ». D’où cette idée que l’orthographe de l’Académie française date de 1835.

Tout de même, depuis, les académiciens ont un peu travaillé.

En 1877, ils publient la septième édition de leur Dictionnaire qui confirme la victoire de l’écriture étymologique. Dans sa préface, elle enterre définitivement l’écriture phonétique.

L’orthographe et la prononciation sont deux choses essentiellement distinctes. Elles n’ont ni la même origine ni le même but. L’orthographe est pour les yeux, la prononciation pour l’oreille. L’orthographe est la forme visible et durable des mots […] L’orthographe conserve toujours un caractère et une physionomie de famille qui rattachent les mots à leur origine et les rappellent à leur vrai sens, que la prononciation ne tend que trop souvent à dénaturer et à corrompre.

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