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99 francs (14, 99 €)

Электронная книга - «99 francs (14, 99 €)». Краткое содержание книги:

«Un rédacteur publicitaire, c'est un auteur d'aphorismes qui se vendent». Octave, riche concepteur-rédacteur de 33 ans, se rebelle et s'insurge contre l'univers superfétatoire de la publicité qui brasse des millions d'euros en vendant des produits inutiles à de pauvres ménagères. Le rédacteur publicitaire détient le pouvoir absolu des mots et des formules lapidaires. Il suscite l'envie, influence votre inconscient et décide à votre place ce qu'il vous semblera indispensable d'acheter. À la recherche d'une pureté perdue, Octave écrit son livre pour détruire la publicité et se faire licencier.
Mise en abîme de l'acte d'écrire, 99 francs est une avancée narrative qui progresse au rythme de ses réflexions ironiques, de son existence régentée par l'argent, le sexe et la cocaïne. «Tout s'achète : l'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi». Ce roman est une sorte de diatribe, de confession enragée scandée par des scénarios publicitaires qui interrompent savamment le récit, non sans dérision. Octave, lucide et critique à l'égard de ce système mercantile n'en est pas moins le jouet et le restera jusqu'au bout.
(Nathalie Jungerman)
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Pour la baseline, vous vous en foutez puisque vous en avez une de rechange: «MAIGRELETTE ON A TOUS BESOIN D’UNE DOSE DE LEGERETE». (Voir acte IV, scène 4.)

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Ensuite c’est Cannes, le Festival, oh pas celui du cinématographe, non, l’autre, le vrai, celui qui a lieu en catimini comme les réunions de l’OMC ou les symposiums de Davos, tous les ans au mois de juin, un mois après la mascarade sponsorisée: la Semaine Mondiale de la Publicité, en anglais «48t n International Advertising Festival» ou «Cannes Lions 2001». Là se rendent les discrets tout-puissants, ceux qui financent les longs métrages avec le «placement produit» (comme BMW avec les James Bond ou Peugeot avec Taxi 1 et 2), ceux qui s’achètent les studios de cinéma avec leur argent de poche (comme Seagram avec Universal, Sony avec Columbia-triStar, AOL avec Warner Bros), ceux qui font des films uniquement comme «support de collection» pour vendre leur merchandising (comme Disney ou Lucasfilm), ceux qui possèdent la planète (dans tous les sens du verbe «posséder»). Un film publicitaire de 30 secondes touche beaucoup plus de monde qu’un film de cinéma d’une heure et demie (par exemple, le plan-média du spot Maigrelette a été conçu pour atteindre 75 % de la population des pays exposés).

Dépenses des principaux annonceurs français en publicité (en 1998):

Vivendi: 2 milliards de francs.

L’Oréaclass="underline" 1,8 milliard de francs.

Peugeot-Citroën: 1,8 milliard de francs.

France Telecom: 1,5 milliard de francs.

Nestlé: 1,5 milliard de francs.

Madone: 1,3 milliard de francs.

Toutes ces marques sont rigoureusement inattaquables. Elles ont le droit de vous parler mais vous n’avez pas le droit de leur répondre. Dans la presse, vous pouvez dire des horreurs sur des personnes humaines mais essayez un peu de descendre un annonceur et vous risquez très vite de faire perdre à votre journal des millions d’euros de rentrées publicitaires. A la télévision, c’est encore plus retors: une loi interdit de citer des marques à l’antenne pour éviter la publicité clandestine; en réalité, cela empêche de les critiquer. Les marques ont le droit de s’exprimer autant qu’elles le veulent (et paient ce droit très cher), mais on ne peut jamais leur répondre.

Quant au livre… Il est très probable que ce roman fera l’objet d’une censure pour «dénigrement de marque déposée», «contrefaçon», «parasitisme», «diffamation», «détournement» ou «concurrence déloyale».

En anglais, «publicité» se dit «advertising» — les inventeurs de cette profession ont tenté de nous avertir.

A l’aéroport, une hôtesse vous demande:

— Vous avez des bagages?

Vous répondez:

— Oui, moi j’ai un DESS de marketing et lui il a fait les Beaux-Arts.

Charlie et toi, vous incarnez le sommet de la réussite cannoise: jeunes, bronzés, riches, effrayants, vous arpentez la Croisette en tee-shirt de la Rosse («Ici on va vous Rosser» devant, «A la Rosse c’est fou ce qu’on Bosse» derrière, c’est un petit CDD au SMIC qui a trouvé le titre) avec vos lunettes noires Helmut Lang Opticals et vos New Balance aux pieds, vous êtes des nababs cool. Logiquement, vous devriez cartonner avec les gonzesses arrivistes qui descendent ici pour démarcher du taf, leur book sous le bras au Jane’s Club loué par Première Heure (une grosse boîte de prod venue ici passer la brosse à reluire dans le dos des créatifs). Pour le moment, vous allez déjeuner gratuit sur la plage du Carlton à la table d’Alain Bernard et Aram Kevorkian, les patrons de la Pac (les pires ennemis de Première Heure, venus ici entretenir de bonnes relations commerciales avec leurs amis d’enfance). Vous traversez parfois des instants de joie passagère, de brefs moments de bonheur inexplicable: vous les baptisez des «Near Life Expérience».

Au buffet, vous reconnaissez tous les nouveaux pontes du métier, déguisés en SDF, une bande de chevelus (ou tondus) mal rasés, en tee-shirts déchirés, jeans délavés et baskets pourries, engrangeant les plus gros salaires du pays. Leurs noms sont marqués sur leurs badges:

— Christophe Lambert, pédégé de CLM-BBDO (62,5 millions d’euros de marge brute, l’agence de Total «Vous ne viendrez plus chez nous par hasard», France Telecom «Nous allons vous faire aimer l’an 2000», Pepsi Cola «The choice of a new génération»)

— Pascal Grégoire, Président et DC de Leagas Delaney (petite agence auteur d’un énorme coup pendant la Coupe du Monde de Football de 98: Adidas «La victoire est en nous»)

— Gabriel Gaultier, Président du Club des Directeurs Artistiques, association qui regroupe tous les créatifs français, et DC de Young amp; Rubicam (73,5 millions d’euros de marge brute, l’agence d’Orangina «Il faut bien secouer Orangina sinon la pulpe elle reste en bas», Stimorol «Mâchez danois», Ricard «Respectons l’eau»)

— Christian Blachas, le patron de CB News (vous le voyez tous les dimanches soir sur M6 présenter «Culture Pub» avec Thomas Hervé)

— Eric Tong Cuong, comme son nom l’indique Président d’Euro RSCG Babinet Erra Tong Cuong (marge brute non communiquée, l’agence d’Evian «Déclarée source de jeunesse par votre corps», Peugeot «Pour que l’automobile soit toujours un plaisir», Canal + «Pendant qu’on regarde Canal +, au moins on n’est pas devant la télé»)

— Benoît Devarrieux, fondateur de devarrieuxvillaret (19,21 millions d’euros de marge brute, l’agence du Crédit Lyonnais «Votre banque vous doit des comptes», Volvic «L’eau de Volvic est une chance»)

— Bernard Bureau, vice-président d’Ogilvy amp; Mather (72 millions d’euros de marge brute, l’agence de Perrier «L’eau, l’air, la vie», Ford Ka «On ne pense Ka ça»)

— Gérard Jean, cofondateur de Jean amp; Montmarin (l’agence de Yop «Les années Yop», Teisseire «Vous n’auriez pas dû les priver de Teisseire», Herta «Ne passons pas à côté des choses simples»)

— Jean-Pierre Barbou, un des nombreux DC de BDDP@TBWA (127 millions d’euros de marge brute, l’agence de McDonald’s «McDo pour les intimes», SNCF «A nous de vous faire préférer le train», 1664 «Quatre chiffres plus forts que tous les mots»)

— Christian Vince, vice-PDG du groupe DDB France (128,6 millions d’euros de marge brute, l’agence de Volkswagen «C’est pourtant facile de ne pas se tromper», FNAC «Agitateur depuis 1954», Badoit «Peut-on envisager un repas sans Badoit?»)

— Bertrand Suchet, fondateur et président de Louis XIV (l’agence d’Audi «Les apparences sont faites pour être dépassées», Regina Rubens, «Respirez, vous êtes une femme», Givenchy, «un peu plus loin que l’infini»)

Il y a aussi Zzz, ainsi surnommé parce qu’il se fait offrir des voyages à l’île Moustique par toutes les maisons de production (partout où il entre, il est accueilli par un bourdonnement, tous ses collègues qui se mettent à faire «zzzzzz», c’est marrant mais curieusement, lui, ça ne le fait pas rire du tout).

Il y a aussi tous ces bonshommes un peu bedonnants qui ont eu deux-trois idées marrantes il y a vingt ans et vivotent là-dessus depuis. L’un d’entre eux a ainsi bâti toute sa fortune en vendant le même slogan à des clients différents: «La chaussette, c’est Kindy», «Le fromage, c’est Kiri», «Le cacao, c’est Banania», «La montre, c’est Kelton», «La chaussure, c’est Bâta»… Vous faites tous de gros efforts pour avoir l’air de vous amuser. S’amuser, c’est la même chose que se suicider, sauf qu’on peut le faire tous les jours. Dès qu’on prononce devant Charlie et toi le nom de Marronnier, vous tirez la tronche de circonstance: «ah là là là là là là là là, m’en parle pas, il nous manque çui-là, tu sais qu’on reçoit toujours du courrier pour lui, des catalogues ImageBank à son nom, putain ils pourraient actualiser leurs fichiers, merde, la profession est en deuil, de toute façon Cannes c’est fini… On se retrouve au bar du Martinez ce soir, après la short-list?»

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