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99 francs (14, 99 €)

Электронная книга - «99 francs (14, 99 €)». Краткое содержание книги:

«Un rédacteur publicitaire, c'est un auteur d'aphorismes qui se vendent». Octave, riche concepteur-rédacteur de 33 ans, se rebelle et s'insurge contre l'univers superfétatoire de la publicité qui brasse des millions d'euros en vendant des produits inutiles à de pauvres ménagères. Le rédacteur publicitaire détient le pouvoir absolu des mots et des formules lapidaires. Il suscite l'envie, influence votre inconscient et décide à votre place ce qu'il vous semblera indispensable d'acheter. À la recherche d'une pureté perdue, Octave écrit son livre pour détruire la publicité et se faire licencier.
Mise en abîme de l'acte d'écrire, 99 francs est une avancée narrative qui progresse au rythme de ses réflexions ironiques, de son existence régentée par l'argent, le sexe et la cocaïne. «Tout s'achète : l'amour, l'art, la planète Terre, vous, moi». Ce roman est une sorte de diatribe, de confession enragée scandée par des scénarios publicitaires qui interrompent savamment le récit, non sans dérision. Octave, lucide et critique à l'égard de ce système mercantile n'en est pas moins le jouet et le restera jusqu'au bout.
(Nathalie Jungerman)
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La short-list, c’est le choix du jury des 100 meilleurs films publicitaires du monde (sur 5 000 candidats). Et vous y figurez, avec votre «Maigrelette, It’s so good when it cornes in your mouth». Le jury, composé de confrères japonais, anglais, allemands, américains, brésiliens et français a trouvé la scène si osée qu’il l’a retenue, malgré quelques sifflets dans le grand auditorium. Vous avez inscrit la version Dogma in extremis, après l’avoir diffusée une seule fois à trois heures du matin sur Canal Jimmy. Ainsi, juridiquement, elle est considéré comme une vraie campagne alors que le client n’en a jamais voulu et que le public ne l’a jamais vue (en revanche, la version «cautère sur moignon» est diffusée en rotation maximale sur TF1 tous les soirs avec sa nouvelle signature: «MAIGRELETTE. ON A TOUS BESOIN D’UNE» de dire qu’elle n’a pas passé le premier tour ici). Tamara devrait vous rejoindre demain, ce serait tout de même fabuleux que vous gagniez un prix un mois à peine après votre nomination à la tête de Rosserys & Witchcraft France. Vous monteriez sur la scène, vous seriez cités à la télé et dans la presse: «La France, toujours à la traîne des autres pays occidentaux au niveau de la création publicitaire, a tout de même décroché quelques récompenses, dont un Lion d’Or pour Maigrelette de Madone, le pastiche de film pornographique de l’agence Rosserys & Witchcraft, qui vient de se doter d’une nouvelle direction de création bicéphale». Dans Stratégies, vous auriez votre photo avec cette légende: «Octave Parango et Charlie Nagoud nous déclarent: Ce qu’il faut, c’est fédérer les enthousiasmes au rendez-vous des carrefours de demain».

Propos glanés sur le ponton de ski nautique du Majestic, entre personnes se tapant dans les mains pour se dire bonjour:

— Dior m’ennuie.

— Tu as vu le 30 secondes avec le lapin qui saute à l’élastique?

— Et celui pour la Mégane avec les freins qui déforment les cheveux?

— Carton. To-tal mé-tal.

— Le nouveau Air France de Gondry est parfait.

— Je suis moins sûr des nouveaux Diesel, c’est rameux.

— La campagne Tag Heuer est un drame.

— Par contre les derniers Pepsi m’ont troué le cul.

— Qu’est-ce que tu penses du Kiss FM avec le gros black qui chante dans sa Coccinelle?

— Telmor. Over the top.

— Les Norvégiens vont encore tout rafler.

— Il va y avoir une standing ovation pour le pédé dragué par une fille.

— C’est une vraie idée.

— T’as vu les deux mecs dans le sauna? ça sent l’or à vingt mètres.

— J’adore ton Maigrelette mais c’est con qu’il n’y ait pas d’animaux dedans. Les chiens, les chats, c’est ultra-cannois.

— Nos pères ont failli être associés, tu le savais?

— Ah bon? Embrassons-nous. Tu t’appelles comment?

— Nathalie Faucheton.

— Oui, vous savez, moi, je suis celui qui aime bien être insolent…

Sourire tout plissé.

— Je vais te dire un truc: si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi.

— Ah Ah Ah! J’ai cru que t’étais sérieux!

— Moi maintenant c’est ter-mi-né: en hiver, je suis dans l’hémisphère Sud.

— T’as vu notre petit Maigrelette?

– Überfashion.

— J’adore l’idée mais pas l’exé.

— Non mais sérieusement, t’aimes ou t’aimes pas?

— Entre «j’aime» et «j’aime pas», c’est plutôt «j’aime pas».

— Arrête, je suis immuno-déprimé.

— Non, je déconne. Franchement, c’est excellent mais vous auriez dû garder la baseline française, «it cornes in your mouth», ça fait trop jeu de mots.

— Quoique. Les Ricains sont tellement puritains qu’ils vont tous voter pour. Dès qu’il y a du cul, ils trouvent ça vachement osé parce qu’ils sont infoutus de le fourguer chez eux.

Pouce en l’air.

— L’autre jour, j’étais en réunion et un client me sort: «c’est bien mais il faudrait rajouter de l’aujourd’huité», tu sais ce que je lui ai répondu? «Et de la demainnitude aussi?»

Rire vaginal.

— Moi j’ai un chef de groupe qui me parle tout le temps de la «gustativité»! Il ne connaît pas le mot «goût»!

— On n’apprend pas le goût dans les écoles de commerce.

— De toute façon, il vaut toujours mieux dire «je t’adore» que «je peux pas te blairer».

— Le mieux du mieux, c’est celui avec le mec qui chante «get up… ah» en attendant la bagnole qui passe tous les jours.

— Je l’ai pas vu, tu me fais déposer la cassette?

— C’est à fond sur le produit et en même temps complètement pur sur l’idée.

— C’est trop éthéré.

— Oui mais c’est très hétéro.

— J’en reviens pas que les Nike soient short-listés alors que le testimonial de la femme de Hulk est sorti.

— C’est sûrement les Japonais qui n’ont rien pigé.

— Le Maigrelette porno, fallait quand même oser.

— C’est tellement con que ça fonctionne à donf.

– Ça va être une boucherie.

— T’es au courant de la dernière de Tony Kaye? Il a exigé la construction d’un tunnel avec 600 daurades clouées sur les murs et ne s’en est jamais servi.

— Je lance un nouveau média, il faut absolument que je t’en parle, ça s’appelle le «magalogue»: c’est entre le magazine et le catalogue.

— Pourquoi tu ne l’appelles pas le catazine?

Yeux au ciel.

— Comment va Sophie?

— Elle attend un enfant.

– Ça alors! C’est drôle, moi, j’attends un canapé.

— e-salut.

Voici Mathieu Cocteau, un ancien rédac de chez BDDP qui s’est lancé dans la conception de sites Internet.

— e-bonjour. Alors ça marche ton petit e-business?

— e-ouaips. Je me suis fait e-200 millions en six e-mois.

— Mais qu’est-ce que tu e-fous e-là?

— On a e-besoin de vous. Il faut de la pub pour faire connaître mes sites de merde et aussi de la pub dedans, pour les financer en vendant des bandeaux. La nouvelle économie n’est pas nouvelle du tout. Comme l’ancienne, elle n’existe que par la publicité.

— Je vais te dire: notre prouesse, après avoir dégoûté le public de la pub dans les années 80, fut de leur faire croire que nous étions démodés dans les années 90 et dépassés par le Net dans les années 00. Alors que nous n’avons jamais été aussi powerful!

— e-bon. Pas trop le e-temps de vous e-causer. Faut que j’aille au cybercafé de la plage pour checker mes mails. Allez, e-ciao.

— bye-bye.com!

Et la nuit, au Nibarland, vous dansez tous assis sur vos fauteuils, comme des tétraplégiques. La mode vient de New York: là-bas, le maire a tellement restreint les autorisations de boîtes de nuit que tous les fêtards s’agglutinent dans des bars où il est interdit de danser. Au Spy, au Velvet, au Jet, au Chaos, au Liquid, au Life, on écoute donc de la house music à tue-tête en se contentant d’agiter les bras sans jamais se lever de son tabouret. Et maintenant la tendance a traversé l’Atlantique. Il est du dernier vulgaire de s’agiter debout sur une piste de danse. Dans le monde entier, il importe de rester assis dans la cacophonie générale pour être dans le coup. Dans la discothèque cannoise, vous reconnaissez vite les autochtones, à ce qu’ils dansent avec des jolies filles du cru, en se marrant comme des baleines, tandis que les publicitaires demeurent assis sur les banquettes à siroter leurs boutanches pour montrer aux confrères qu’ils reviennent de New York City. Et vous, Charlie et toi, vous faites exprès de vous lever dix fois de table pour aller aux chiottes, attendre cinq minutes là-bas, et revenir tout décoiffés, en reniflant et buvant de grands verres d’eau en vous grattant le nez pour faire croire aux Japonais de Dentsu que vous avez de la coke et pas eux.

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