L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]
- Автор: Гуин Урсула К. Ле
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0083-8
- Переводчик: Francoise Maillet
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]». Краткое содержание книги:
L’Ultime rivage, troisième volet de la trilogie de Terremer, est le récit de l’ultime combat d’un monde condamné à l’abîme.
— « Voilà qui est merveilleux, seigneur », dit Arren. « Jamais je n’avais entendu parler d’un peuple tel que le vôtre. Ma patrie se trouve très loin d’ici. Pourtant, là-bas aussi, nous célébrons le Long Bal la veille du solstice d’été. »
— « Vous foulez la terre, et ne courez aucun danger », dit le chef d’un ton sec. « Nous dansons sur la mer profonde. »
Après un temps, il demanda : « Comment s’appelle-t-il, votre seigneur ? »
— « Épervier », dit Arren. Le chef répéta ces syllabes, mais il était clair qu’elles n’avaient aucune signification pour lui. Et cela, plus qu’aucune autre chose, fit comprendre à Arren que son histoire était vraie, que ce peuple vivait toute l’année sur la mer, sur la haute mer loin de toute terre ou de tout parfum de terre, hors de portée du vol des oiseaux terrestres, et inconnu des hommes.
« La mort était en lui », dit le chef « Il doit dormir. Retourne au radeau d’Étoile ; je t’enverrai chercher. »
Il se leva. Bien que parfaitement sûr de lui, il n’était apparemment pas certain de la conduite à tenir à l’égard d’Arren, et ne savait s’il fallait le traiter en égal ou en jeune garçon. Arren, dans cette situation, préféra la dernière solution, et accepta son congé ; mais il dut ensuite faire face à un autre problème. Les radeaux en dérivant s’étaient à nouveau séparés, et cent vergues d’eau satinée clapotaient entre eux.
Le chef des Enfants de la Mer Ouverte lui parla encore, brièvement. « Nagez », dit-il.
Arren se glissa dans l’eau avec précaution. Sa fraîcheur était agréable à sa peau brûlée par le soleil. Il traversa à la nage et se hissa sur l’autre radeau, pour découvrir un groupe de cinq ou six enfants et adolescents en train de l’observer avec un intérêt non déguisé. Une toute petite fille dit : « Tu nages comme un poisson au bout d’un hameçon. »
— « Comment faudrait-il que je nage ? » fit Arren, quelque peu mortifié, mais d’une voix douce ; de fait, il n’aurait pu se montrer rude envers un être humain si petit. Elle ressemblait à une statue d’acajou poli, fragile et exquise. « Comme ça ! » s’écria-t-elle, plongeant comme un phoque dans les tourbillons liquides et aveuglants. Ce n’est qu’au bout d’un long moment, et à une distance invraisemblable, qu’il entendit son cri aigu et aperçut sa tête noire et lisse à la surface.
— « Venez », dit un garçon qui devait avoir l’âge d’Arren, bien qu’il ne parût pas plus de douze ans par la taille et la carrure : un garçon au visage grave, avec un crabe bleu tatoué en travers du dos. Il plongea, et tous plongèrent, même un enfant de trois ans ; Arren fut donc obligé de les imiter, ce qu’il fit en essayant de ne pas faire d’éclaboussures.
« Comme une anguille », dit le garçon, en remontant près de son épaule.
— « Comme un dauphin », dit une belle fille au joli sourire, en disparaissant dans les profondeurs.
— « Comme moi ! » fit le bambin de trois ans d’une petite voix perçante, dansant sur l’eau comme une bouteille.
Ainsi, ce soir-là jusqu’à la nuit, et toute la journée du lendemain long et doré, et les jours qui suivirent, Arren nagea, parla et travailla avec les jeunes du radeau d’Étoile. Et, de tous les événements survenus dans ce voyage, depuis ce matin d’équinoxe où Épervier et lui avaient quitté Roke, celui-là lui parut d’une certaine manière le plus étrange ; car il n’avait rien à voir avec tout ce qui s’était produit auparavant, pendant le voyage comme durant sa vie entière ; et encore moins avec ce qui était à venir. À la nuit tombée, quand il s’étendait au milieu des autres pour dormir sous les étoiles, il se disait : « C’est comme si j’étais mort, et que ceci soit l’après-vie, dans la lumière du soleil, au-delà de la lisière du monde, parmi les fils et les filles de la mer… » Avant de s’endormir, il cherchait, loin au sud, l’étoile jaune et le tracé de la Rune de Fin, et voyait toujours Gobardon, et le petit ou le grand triangle ; mais les étoiles se levaient plus tard maintenant, et il ne pouvait garder les yeux ouverts jusqu’à ce que la figure entière se fût dégagée de l’horizon. De jour comme de nuit, les radeaux dérivaient vers le sud, mais il n’y avait jamais aucun changement dans la mer, car ce qui change constamment ne change pas en réalité. Les pluies torrentielles de mai prirent fin, et toute la nuit les étoiles brillaient, et tout au long du jour le soleil.
Il savait qu’ils ne vivraient pas toujours ainsi, dans cette facilité et ce bien-être de rêve. Il s’enquit de l’hiver, et ils lui parlèrent des longues pluies et de la houle puissante, des radeaux solitaires, tous séparés les uns des autres, dérivant et tanguant dans la grisaille et les ténèbres, semaine après semaine… L’hiver dernier, pendant une tempête qui avait duré un mois, ils avaient vu des vagues si énormes qu’elles ressemblaient à des « nuages d’orage », disaient-ils, car ils n’avaient jamais vu de collines : ils pouvaient les voir arriver l’une derrière l’autre, immenses, à des milles de distance, se précipitant vers eux. Les radeaux pouvaient-ils naviguer sur de telles mers ? interrogea-t-il, et ils dirent que oui, mais pas toujours. Au printemps, quand ils se rassemblaient aux Routes de Balatran, il manquait parfois deux radeaux, ou trois, ou six…
Ils se mariaient très jeunes. Crabe-Bleu, qui portait son homonyme en tatouage, et Albatros la jolie étaient mari et femme, bien que lui n’eût que dix-sept ans et qu’elle fût de deux ans plus jeune ; beaucoup de mariages semblables se nouaient entre radeaux. De nombreux bébés rampaient et trottaient là, attachés par de longues courroies aux quatre poteaux de l’abri central, dans lequel ils s’entassaient tous à l’heure la plus chaude, pour dormir en tas frétillants. Les enfants plus âgés s’occupaient des plus jeunes, hommes et femmes se partageant tous les travaux. Chacun à tour de rôle recueillait les grandes algues brunes, le nilgu des Routes, dentelé comme la fougère, et long de vingt-cinq à trente mètres. Tous participaient au foulage du nilgu pour la fabrication de l’étoffe, et au tressage des fibres rugueuses dont on faisait des cordages et des filets ; ils pêchaient, séchaient le poisson, façonnaient en outils l’ivoire des baleines, et accomplissaient toutes les autres tâches requises par la vie sur les radeaux. Mais il y avait toujours du temps pour nager et bavarder, et aucun travail ne devait être achevé à une heure précise. Il n’y avait d’ailleurs pas d’heures : rien que des jours entiers, des nuits entières. Au bout de quelques-uns de ces jours et de ces nuits, il sembla à Arren qu’il vivait sur le radeau depuis un temps incalculable, qu’Obehol était un rêve, avec derrière des rêves plus flous, et que c’était dans un autre monde qu’il avait vécu sur terre et été prince d’Enlad.
Lorsque enfin il fut convoqué sur le radeau du chef, Épervier le contempla un moment et dit : « Tu ressembles à l’Arren que je vis dans la Cour de la Fontaine : luisant comme un phoque doré. La vie d’ici te convient, mon garçon. »
— « Oui, mon seigneur. »
— « Mais où est-ce ici ? Nous avons laissé les lieux derrière nous. Nous avons vogué hors des cartes… Il y a longtemps, j’ai entendu parler du Peuple des Radeaux, mais je croyais que ce n’était qu’un autre des contes du Lointain Sud, une chimère sans substance. Pourtant nous avons été secourus par cette chimère, et nos vies ont été sauvées par ce mythe. »