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L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]

Электронная книга - «L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]». Краткое содержание книги:

Des plus lointains horizons de Terremer, la nouvelle venait : la magie allait mourir. De terrifiantes histoires couraient, pareilles à des légendes retrouvées, faisant état de l’échec de la sorcellerie. Il semblait que les sources mêmes des pouvoirs anciens fussent asséchées. Et le prince Arren d’Enlad en vint ainsi à requérir l’assistance de Ged l’Archimage contre ce péril nouveau qui réalisait les très anciennes prophéties de Terremer, qui menaçait de faire basculer les forces de la vie dans le chaos noir de la mort.
L’Ultime rivage, troisième volet de la trilogie de Terremer, est le récit de l’ultime combat d’un monde condamné à l’abîme.
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— « A-t-il été frappé par une lance ? »

— « Il a sauté. »

— « Mais il… il ne savait pas nager. Il avait peur de l’eau ! »

— « Oui. Mortellement peur. Il voulait..., il voulait gagner le rivage. »

— « Pourquoi nous ont-ils attaqués ? Qui sont-ils ? »

— « Ils ont dû croire que nous étions des ennemis. Veux-tu… m’aider un instant ? » Arren vit alors que l’étoffe qu’il tenait pressée contre son épaulé était trempée et rougie.

La lance avait frappé entre l’articulation de l’épaule et la clavicule, déchirant une des grosses veines, si bien que la blessure saignait abondamment. Sous sa direction, Arren déchira en lanières une chemise de lin, et changea le pansement. Épervier demanda la lance et lorsque Arren la lui posa sur les genoux, il mit la main droite sur la pointe, longue et mince comme une feuille de saule, de bronze grossièrement travaillé ; et il tenta de parler, mais au bout d’une minute secoua la tête. « Je n’ai pas maintenant la force de jeter des sorts », dit-il. « Plus tard. Tout ira bien. Peux-tu nous faire sortir de cette baie, Arren ? »

En silence, le jeune garçon retourna aux avirons. Il se mit à l’ouvrage, le dos courbé, et bientôt, car sa charpente souple et svelte recelait de la force, il fit sortir Voitloin de la baie en croissant pour le mener en haute mer. Le long calme des midis des Lointains s’étendait sur l’eau. La voile pendait flasque. Le soleil brillait avec ardeur à travers un voile de brume, et les pics verts paraissaient frémir et palpiter dans la chaleur torride. Épervier s’était étendu au fond du bateau, la tête appuyée au banc de nage, près du gouvernail ; il était immobile, les lèvres et les paupières mi-closes. Arren évitait de regarder son visage, et gardait les yeux fixés au-delà de la poupe. Une brume de chaleur flottait au-dessus de l’eau, comme si une araignée avait filé ses toiles en travers du ciel. Ses bras tremblaient de fatigue, mais il continuait à ramer.

— « Où nous emmènes-tu ? » demanda Épervier d’une voix enrouée, en se redressant un peu. Se retournant, Arren vit la baie en forme de croissant arrondir ses bras à nouveau autour du bateau, et la ligne blanche de la plage devant lui, et les montagnes réunies dans le ciel au-dessus. II avait fait faire demi-tour au bateau sans s’en rendre compte.

— « Je ne peux plus ramer », dit-il, rangeant les avirons, et il alla se blottir à la proue. Il lui semblait toujours que Sopli était derrière lui, près du mât. Ils étaient restés de nombreux jours ensemble et sa mort avait été trop soudaine, trop insensée pour qu’il la comprenne. Et il n’y avait rien à comprendre.

Le bateau était ballotté sur l’eau ; la voile pendait, flasque, à la mâture. La marée qui commençait à pénétrer dans la baie faisait tourner lentement l’embarcation par le travers dans la direction du courant et la poussait à petits coups vers la lointaine ligne blanche du rivage.

« Voitloin », dit le mage d’une voix caressante, et il ajouta un ou deux mots dans la Langue Ancienne ; et doucement le bateau vira, et glissa hors des bras de la baie sur la mer flamboyante.

Mais tout aussi lentement, aussi doucement, en moins d’une heure, il cessa d’avancer, et la voile pendit à nouveau. Arren jeta un regard derrière lui et vit son compagnon étendu comme précédemment, mais la tête légèrement rejetée en arrière et les yeux fermés.

Durant tout ce temps, Arren avait ressenti une horreur pesante, malsaine, qui grandissait en lui, le retenait d’agir, et paraissait dévider son corps en fils minces et obscurcir son esprit. Aucun courage ne se faisait jour en lui pour résister à cette peur, seulement un sourd ressentiment contre son sort.

Il ne devait pas laisser le bateau dériver de la sorte près des rivages rocailleux d’une terre dont la population attaquait les étrangers ; cela du moins était clair dans son esprit, mais ne signifiait pas grand-chose. Et que devait-il faire alors ? Ramener le bateau jusqu’à Roke à la rame ? Il était perdu, complètement perdu, perdu au-delà de tout espoir, dans l’immensité du Lointain. Il ne pourrait jamais ramener le bateau vers une quelconque terre hospitalière, à des semaines de traversée. Il ne pouvait le faire que sous la direction du mage, et Épervier était blessé et impuissant, aussi soudainement et absurdement que Sopli était mort. Son visage avait changé, les traits relâchés et le teint jaunâtre ; peut-être était-il en train de mourir. Arren se dit qu’il aurait dû le transporter sous le vélum pour le protéger du soleil, et lui donner de l’eau ; les hommes qui ont perdu du sang ont besoin de boire. Mais ils étaient à court d’eau depuis plusieurs jours ; le tonneau était presque vide. Et qu’importait ? Rien ne servait à rien, rien. La chance s’était tarie.

Les heures s’écoulaient, le soleil de plomb écrasait le bateau, la chaleur grisâtre enveloppait Arren. Il ne bougeait pas.

Un souffle frais passa sur son front. Il leva les yeux. C’était le soir : le soleil était couché, l’ouest d’un rouge terne. Voitloin voguait avec lenteur sous une douce brise venue de l’est, et longeait les côtes abruptes et boisées d’Obehol.

Arren redescendit dans le bateau, alla soigner son compagnon, lui arrangea une paillasse sous le vélum et lui fit boire de l’eau. Il accomplit ces choses avec précipitation, évitant de regarder le pansement, qui avait besoin d’être changé, car la blessure n’avait pas complètement cessé de saigner. Épervier, faible et languissant, ne parla pas ; tandis qu’il buvait avidement, ses yeux se refermèrent, et il glissa à nouveau dans le sommeil, qui était une plus grande soif. Il gisait, silencieux ; et lorsque dans l’obscurité la brise mourut, nul vent de mage ne la remplaça, et à nouveau le bateau se balança paresseusement sur la mer lisse et palpitante. Mais à présent les montagnes qui se dessinaient à droite étaient noires, contre un ciel resplendissant d’étoiles, et durant un long moment Arren les contempla. Leurs contours lui paraissaient familiers, comme s’il les eût déjà vues, comme s’il les eût connues toute sa vie.

Lorsqu’il s’allongea pour dormir, il se mit face au sud, et là, haut dans le ciel au-dessus de la mer vide, il vit briller l’étoile Gobardon. En dessous d’elle se trouvaient les deux autres, formant avec elle un triangle, et en dessous encore trois autres s’étaient levées en ligne droite, constituant un triangle plus grand. Puis, se libérant des plaines liquides de noir et d’argent, deux autres suivirent, tandis que s’avançait la nuit ; elles étaient jaunes comme Gobardon, bien que plus faibles, et glissaient obliquement de droite à gauche sur le côté droit du triangle. C’étaient donc là huit des neuf étoiles qui étaient censées reproduire la silhouette de l’homme, ou la rune hardique Agnen. Aux yeux d’Arren, le tracé ne ressemblait nullement à un homme, à moins que, comme le sont les personnages stellaires, il ne fût bizarrement distordu ; mais la rune était évidente, avec un crochet et un trait transversal ; il ne manquait qu’un trait à la base pour la compléter : l’étoile qui ne s’était pas encore levée.

En la guettant, Arren s’endormit.

Lorsqu’il s’éveilla, à l’aube, Voitloin avait dérivé plus loin qu’Obehol. Une brume cachait les rivages et toute chose, excepté les pics des montagnes ; le ciel pâlissait au-dessus des eaux violettes du sud, éteignant les dernières étoiles.

Il regarda son compagnon. Épervier respirait de manière irrégulière, comme lorsque la douleur palpite sous la surface du sommeil, sans la déchirer tout à fait. Son visage était vieux et ridé dans la lumière froide et sans ombre. Arren en le contemplant vit un homme en qui nul pouvoir ne restait, ni la magie, ni la force, pas même la jeunesse ; rien. Il n’avait pu sauver Sopli, ni détourner de lui la lance. Il les avait mis en péril, et ne les avait pas sauvés. À présent Sopli était mort, lui moribond, et Arren mourrait aussi. Par la faute de cet homme ; en vain, pour rien.

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