L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]
- Автор: Гуин Урсула К. Ле
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0083-8
- Переводчик: Francoise Maillet
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'ultime rivage [The Farthest Shore - fr]». Краткое содержание книги:
L’Ultime rivage, troisième volet de la trilogie de Terremer, est le récit de l’ultime combat d’un monde condamné à l’abîme.
Il pensa au bout d’un moment qu’il fallait se lever, ce qu’il fit : il trouva son corps fort amaigri et comme brûlé, et ses jambes tremblantes mais en état de fonctionner. Il écarta la tenture qui constituait les murs de l’abri et sortit dans la lumière de l’après-midi. Il avait plu pendant son sommeil. Le bois du radeau, d’immenses rondins lisses et équarris, assemblés avec précision et calfatés, était noir d’humidité et les cheveux des gens maigres, à demi nus, étaient noirs et aplatis par la pluie. Mais la moitié du ciel était claire, à l’ouest, où brillait le soleil, et les nuages glissaient maintenant vers le lointain nord-est, en amas argentés.
L’un des hommes se dirigea vers Arren, et, avec circonspection, s’arrêta à quelques pas de lui. Il était mince et de petite taille, guère plus grand qu’un garçonnet de douze ans ; ses yeux étaient allongés, larges et sombres. Il portait une lance à pointe d’ivoire barbelée.
Arren lui dit : « Je vous dois la vie, à vous et à votre peuple. »
L’homme hocha la tête.
« Voudriez-vous me conduire maintenant à mon compagnon ? »
Faisant volte-face, l’homme des radeaux poussa un cri aigu, perçant comme le cri d’un oiseau de mer. Puis il s’accroupit sur les talons, comme en attente, et Arren fit de même.
Les radeaux étaient pourvus de mâts, bien que celui du radeau sur lequel ils se trouvaient ne fût pas dressé. On pouvait y hisser des voiles, qui étaient petites par rapport à la largeur du radeau, faites d’un matériau brun qui n’était ni de la toile ni du lin, mais une étoffe fibreuse, non pas tissée, mais foulée, comme du feutre. Un radeau, distant d’un quart de mille environ, largua sa voile brune et se fraya lentement un chemin, repoussant à l’aide de gaffes et de perches les radeaux qui les séparaient, pour venir accoster celui sur lequel se tenait Arren. Lorsqu’il n’y eut plus entre eux que trois pieds d’eau, l’homme accroupi auprès d’Arren se leva et sauta nonchalamment de l’autre côté. Arren l’imita et atterrit gauchement, à quatre pattes : ses genoux n’avaient plus aucune souplesse. Il se releva, et découvrit le petit homme en train de le regarder, non pas avec ironie, mais avec approbation : le sang-froid d’Arren avait de toute évidence forcé son respect.
Ce radeau était plus large que tous les autres et plus haut de flottaison, fait de rondins de douze mètres de long et un mètre cinquante de large, noircis et polis par l’usage et par les intempéries. Des statues de bois curieusement sculptées se dressaient autour des divers abris et enclos, et de hauts poteaux garnis de touffes de plumes d’oiseau de mer étaient plantés aux quatre coins. Son guide le conduisit vers le plus petit des abris ; et là il vit Épervier, endormi.
Arren s’assit à l’intérieur de l’abri. Son guide repartit vers l’autre radeau, et nul ne vint le déranger. Au bout d’une heure environ, une femme de l’autre radeau lui apporta à manger : une sorte de ragoût de poisson, froid, avec des morceaux d’une matière verte et transparente, d’un goût salé mais agréable, et une petite tasse d’eau, croupie, et qui avait pris le goût du goudron calfatant le tonneau. Il vit, à la façon dont elle lui présenta l’eau, que c’était un trésor qu’elle lui donnait, une chose qu’il fallait honorer. Il la but avec respect et n’en redemanda pas, bien qu’il eût pu en boire dix tasses.
L’épaule d’Épervier avait été habilement pansée ; il dormait profondément, paisiblement. Quand il se réveilla, ses yeux étaient clairs. Il regarda Arren, et sourit de ce sourire doux et joyeux qui surprenait toujours sur son visage dur. Arren eut soudain à nouveau envie de pleurer. Il mit sa main sur celle d’Épervier sans rien dire.
Un de ceux du peuple des radeaux s’approcha, et s’accroupit dans l’ombre du vaste abri voisin : une sorte de temple, à ce qu’il semblait, comportant un motif carré d’une grande complexité au-dessus de la porte, dont les montants étaient faits de rondins sculptés représentant des baleines grises en train de plonger. Cet homme était petit et maigre comme tous les autres, de la stature d’un garçonnet, mais les traits vigoureux et patinés par l’âge. Il ne portait rien d’autre qu’un pagne, mais la dignité le vêtait amplement. « Il faut qu’il dorme », dit-il ; et Arren quitta Épervier et alla à lui.
« Vous êtes le chef de ce peuple ? » dit Arren, qui savait reconnaître un prince au premier regard.
— « Oui », dit l’homme, avec une brève inclination de la tête. Arren était debout devant lui, immobile. Au bout d’un court instant, les yeux sombres de l’homme se plantèrent dans les siens, sans s’attarder : « Vous êtes également un chef », fit-il observer.
— « Oui », répondit Arren. Il eût bien aimé savoir comment l’homme des radeaux l’avait appris, mais il resta impassible. « Mais je sers mon seigneur, qui est ici. »
Le chef du peuple des radeaux dit quelque chose qu’Arren ne comprit point du tout : des mots changés au point d’en être méconnaissables, ou des noms qu’il ne connaissait pas ; puis il dit : « Pourquoi êtes-vous venus à Balatran ? »
— « En quête… »
Mais Arren ne savait ce qu’il pouvait en dire, ni même en fait que dire. Tout ce qui s’était passé, ainsi que l’objet de leur quête, semblait très lointain et confus dans son esprit. Enfin il dit : « Nous allions à Obehol. Ils nous ont attaqués lorsque nous avons débarqué. Mon seigneur a été blessé. »
— « Et vous ? »
— « Je n’ai pas été blessé », dit Arren, et la froide maîtrise de soi que lui avait enseignée son enfance à la cour lui fut alors d’un grand secours. « Mais il y avait-il y avait comme une folie autour de nous. Un homme qui était avec nous s’est noyé. Il régnait une peur… » Il s’interrompit, et resta silencieux.
Le chef l’observa, de ses yeux noirs presque opaques. Il dit enfin : « C’est donc par hasard que vous êtes arrivés ici. »
— « Oui. Sommes-nous toujours dans le Lointain Sud ? »
— « Le Lointain ? Non. Les îles… » Le chef fit décrire à sa main noire et fine un arc – guère plus que le quart du compas, du nord à l’est. « Les îles sont là » dit-il. « Toutes les îles. » Puis, montrant toute la mer vespérale s’étendant devant eux, du nord au sud en passant par l’ouest, il dit : « La mer. »
— « De quelle terre êtes-vous, seigneur ? »
— « D’aucune terre. Nous sommes les Enfants de la Mer Ouverte. »
Arren contempla son visage ardent. Il regarda autour de lui, sur l’immense radeau, avec son temple et ses hautes idoles, chacune sculptée dans un arbre entier, immenses figures divines où se mêlaient le dauphin, le poisson, l’homme et l’oiseau de mer ; il observa les gens affairés, tissant, gravant, pêchant, cuisinant, sur des plates-formes surélevées, soignant les bébés ; il vit les autres radeaux, soixante-dix au moins, éparpillés sur l’eau en un grand cercle de peut-être un mille de diamètre. C’était toute une ville : de la fumée montait en volutes minces de maisons éloignées, et le vent apportait des voix aiguës d’enfants. C’était une ville, et en dessous d’elle s’étendaient les abysses.
« N’allez-vous jamais à terre ? » demanda le jeune garçon à voix basse.
— « Une fois par an. Nous allons à la Longue Dune. Nous y coupons du bois et réparons les radeaux. Nous faisons cela en automne, et ensuite nous suivons les baleines grises vers le nord. En hiver nous nous séparons, chaque radeau de son côté. Au printemps nous nous rendons à Balatran, pour nous rencontrer. On passe alors d’un radeau à l’autre, il y a des mariages, et on célèbre le Long Bal. Nous sommes sur les Routes de Balatran ; à partir d’ici, le grand courant emporte vers le sud. En été, nous dérivons sur le grand Courant, jusqu’à ce que nous apercevions les Puissantes, les baleines grises, virer de cap vers le nord. Alors nous les suivons, et regagnons enfin les rivages d’Emah sur la Longue Dune, où nous demeurons un certain temps. »