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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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- ... en revanche, continua Batz, il verrait très bien une nouvelle monarchie instaurée en France avec Brunswick sur le trône. Je sais tout cela. Et aussi qu'il songe à l'avenir en mariant le prince de Galles à la fille de Brunswick... Encore une fois, ce que je veux c'est sauver le Roi et voir Danton, Marat, Robespierre et toute leur clique pendus aux arbres des Champs-Elysées. Ensuite on arrivera bien à se débarrasser des Prussiens...

- Il y a quelqu'un que vous oubliez, fit Devaux en cessant de forcer les dernières défenses d'un superbe pâté de volaille...

- J'oublie rarement quelqu'un. Surtout celui-là ! vous voulez parler de Monsieur?

- Eh oui ! Mgr le comte de Provence, frère du Roi... qui a réussi à obtenir de Frédéric-Guillaume qu'il le reconnaisse Régent de France. Il est même venu le voir, à Longwy, après la prise de la ville, dans cette intention...

- Ce n'est pas une nouvelle. Depuis la fuite man-quée du Roi il se pose en sauveur de la monarchie française. Il a même constitué un gouvernement en exil. Il est le pire ennemi de son frère qui le sait bien d'ailleurs, et mieux encore la Reine, qui l'a surnommé " Caïn ". Je suis loin de mésestimer son intelligence perverse. Il est capable de tout pour s'adjuger enfin ce trône de France qu'il guigne depuis l'adolescence. Il n'a reculé devant rien : ni les attentats discrets contre le Roi ou ses fils, ni la dénonciation au Parlement des enfants royaux comme bâtards, ni même... un avis discret, informant des amis qu'il s'est ménagés à l'Assemblée, concernant la fuite imminente de la famille royale et le chemin qu'elle devait prendre. Ce qui lui a permis, à lui, de partir tranquillement. Il a aussi réussi un coup de maître : se faire remettre par le marquis de Bouille, qui devait protéger le voyage royal, le million que Louis XVI lui avait confié afin d'assurer ses activités futures à Montmédy où il voulait se retirer et revenir ensuite sur sa capitale rebelle ! Oh non, je ne l'oublie pas celui-là ! Mais il ne me gêne pas encore. Ce serait différent s'il arrivait malheur à Louis XVI. Le petit Dauphin aurait tout à redouter de ce bon oncle et moi je saurais alors qui est le premier de mes ennemis !

Les deux hommes avaient écouté le baron résumer une personnalité que Michel Devaux - qui était en réalité le secrétaire de Batz et son meilleur agent - connaissait bien mais dont Pitou ignorait les détails. Il s'effara :

- Vous êtes certain de tout cela?

- Je pourrais vous en dire bien davantage, mon ami.

- Que feriez-vous alors au cas où le roi de Prusse entré dans Paris voudrait introniser Monsieur ?

- Oh c'est tout simple : Son Altesse serait victime d'un attentat où je jouerais le premier rôle. Au fait, où est-il en ce moment? Toujours chez son oncle, le prince-évêque de Trêves, au château de Schônbornlust aux portes de Coblence [iv] ?

- Non. Il y a laissé son jeune frère, le comte d'Artois et s'est installé en ville, au palais Leyenhof qui appartient au prince de Leiningen. Mais il aurait un de ses fidèles auprès du roi de Prusse pour le tenir informé et veiller à ses intérêts...

- Qui?

- Je ne sais pas. Votre ami le baron de Kerpen sait seulement qu'il s'agit d'un gentilhomme récemment arrivé mais dont il ignore le nom, Monsieur ne l'ayant pas encore montré à l'une des fêtes du baron. On sait seulement qu'il est accompagné d'une fort jolie femme... Une bonne raison pour que Mme de Balbi ne souhaite pas qu'on la voie trop dans les entours de Monsieur.

- Elle est aussi à Coblence la belle comtesse ?

- Oui. Elle s'ennuyait par trop à Turin où son poste de dame d'atour l'avait obligée à accompagner Madame venue chercher refuge chez son père. Elle est venue rejoindre " son " prince et c'est elle qui fait la loi de compte à demi avec Mme de Polastron, la maîtresse d'Artois, qu'elle déteste et qui, depuis le départ de son héros à la tête de l'armée des émigrés - dite armée des Princes ! -, joue les égéries de héros, ce qui enrage sa rivale. Difficile, n'est-ce pas, de " tenir son rang " auprès d'un homme cloué dans son fauteuil par la goutte ? Peut-être un peu diplomatique d'ailleurs cet accès...

- Et pourquoi?

- Le duc de Brunswick n'a pas permis à l'armée émigrée de prendre la tête de ses troupes comme elle le souhaitait pour entrer triomphalement en France. Tout ce beau monde est " admis " à suivre les Prussiens et même les Autrichiens qui viennent derrière. Cela donne, paraît-il, une assez jolie pagaille car plusieurs dames, persuadées qu'on les ramenait chez elles, sont avec eux... Monsieur n'a pas envie de s'y mêler.

- Et le prince de Condé ? Il n'y est pas ?

- Condé est un grand chef. Son armée à lui est composée de vrais soldats, entraînés, enseignés, soumis à une discipline. Comme il n'a aucune envie de la mêler à cette pagaille, il préfère attendre les résultats et entrera en France où il lui plaira et quand il lui plaira. Pour l'instant, il reste en Brisgau avec son petit-fils, le jeune duc d'Enghien. Seul, son fils, le duc de Bourbon, a emmené quelques troupes avec lui, contre son avis.

Devaux avait réussi l'exploit de faire son rapport tout en absorbant la quasi-totalité du plateau. Il conclut donc son discours en vidant avec délices sa flûte de vin de Champagne après en avoir miré la robe pâle et pétillante en soupirant :

- Entre les armées qui vont lui tomber dessus et le temps affreux qui s'est installé sur l'Est, je crains beaucoup pour la prochaine récolte !

- C'est grand dommage mais, avec les réserves que nous avons, nous allons essayer de survivre, dit Batz en riant. Puis, pesant un instant sur l'épaule de son secrétaire :

- Allez vous reposer, Michel, vous l'avez bien mérité. Votre ouvrage est, comme d'habitude, sans défauts. A nous maintenant de voir ce qu'il convient de faire pour éviter le malheur qui nous menace.

- Où voyez-vous un malheur? demanda Pitou. Si les Prussiens approchent, le Roi sera libre...

- Ou mort! Grâce à Dieu, les rares serviteurs qu'on lui a laissés sont sûrs et j'espère me donner les moyens de pénétrer au Temple en cas de crise grave. De toute façon, j'ai déjà acheté quelques consciences. Dormez en paix, mes amis, et laissez-moi travailler...

Resté seul, Batz demeura un instant sans bouger, écoutant les bruits de la maison. Quand il n'entendit plus rien, il prit un chandelier et descendit à la cave. La propriété était ancienne et il s'agissait d'un vieux et profond cellier commandé par une porte basse, lourdement armée de fer. De nombreuses bouteilles et quelques tonneaux occupaient la majeure partie de l'espace. Le baron se dirigea vers les tonneaux, en choisit un qu'il tira à lui sans difficulté, dévoilant une porte menant dans la seconde partie de la cave qui n'avait rien à voir avec le vin : il y avait là une presse et tout un matériel d'imprimeur au repos, mais qui avait dû fournir un gros travail si l'on en croyait les piles d'assignats entassés dans deux coffres. Le baron en prit un pour s'assurer de sa qualité. Elle était toujours parfaite et, de ce côté, il ne craignait rien, mais, pour acheter les gens du Temple, il allait lui en falloir beaucoup. On verrait donc à reprendre le travail une nuit prochaine. Ce qu'il ne décidait jamais sans une certaine inquiétude bien que la maison soit assez isolée : le plus proche voisin était un asile pour personnes âgées ou dérangées dirigé par un certain docteur Belhomme. Il venait de chez Batz suffisamment de bruits bizarres pour attirer l'attention d'éventuels promeneurs nocturnes. Si bien cachée que soit la presse, elle faisait un peu de bruit et l'on choisissait surtout les nuits de mauvais temps. Jusqu'à présent tout avait marché de façon satisfaisante et l'on disposait de sommes suffisantes pour gagner un petit personnel impécunieux et des gardes toujours plus ou moins assoiffés. Pour les gros requins il faudrait de l'or. Batz, qui avait le génie de la finance, possédait une assez jolie fortune... en Suisse et aux Pays-Bas, un peu aussi en France à la banque Le Coulteux. Il y avait surtout les deux millions confiés par la banque Saint-Charles de Madrid [v], auxdits Le Coulteux et dont pouvait disposer l'ambassadeur en France, le chevalier d'Ocariz - qui était un ami de Batz -, si la sauvegarde du roi de France l'exigeait. Mais il fallait espérer que l'on n'aurait pas besoin de tout cela sinon pour convaincre Brunswick, lorsqu'il approcherait de Paris, de replacer Louis sur son trône et de calmer les appétits d'éventuels pillards.

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iv

Verdun-sur-le-Doubs.

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v

Fondée en 1782 par le banquier français François Cabarrus.

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